BREATHING Entrez dans un monde différent

Partons du bon pieds, chers lecteurs potentiels.
Merci Buulle pour ce magnifique générique ;)


NOUVEAU :


__Chers lecteurs (nouveau, anciens, fidèles, de passage). Vous êtes nombreux à me signaler mon retard, et à me demander à quand la suite (et d'ailleurs vous me stressez trop, j'arrive plus à écrire une ligne ! ^^ ). Je suis navrée de vous informer que vous n'aurez plus de suite. Non pas que j'arrête la fiction (hinhin, où veux tu en venir mathilde ?).
__Je vous explique : Le tome 1 (ouioui, il y aura un tome 2) est pour ainsi dire terminé. Mais je vais - évidemment- le modifier (beaucoup) en supprimant des passages inutiles et longs, en ajoutant des passages incontournables et agréables au lecteurs, en peaufinant mon vocabulaire, en corrigeant les fautes de grammaire et d'orthographe, en rajoutant des chapitres, en modifiant les mauvaises tournures. Bref, faire que ce roman soit moins long, plus littéraire, et plus agréable et simple à la lecture. ca me prendra sûrement quelques mois (je dirais jusqu'à noël à peu près, mais j'en sais trop rien).
__Quand tout ça sera fini, je vais me lancer dans un projet fou. J'aimerais (et je souligne le conditionnel, car je crois bien que, même ultra amélioré, mes écrits ne sont pas assez mûrs et bien tournés) publier le tome 1. Oui, je voudrais qu'il soit dans les bibliothèques et à la fnac. :s N'y voyez aucun manque de modestie, je suis tellement peu sûre de moi que je n'oserais pas.

Je vous demande par contre : DES IDEES POUR LE TITRE

Pas la peine que je précise que j'ai supprimé la liste des prévenus, puiqu'il n'y en aura plus, et que je n'ai pas rajouté les nouvelles demandes.

Amicalement (M)

Ps: Je remercie encore et encore tous ceux qui m'ont particulièrement soutenu (ils se reconnaîtrons). Et je m'excuse des fictions dans lesquelles je l'étais engagée que je n'ai pas lu.
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Ceci est une fiction Romantique / Fantastique


" L'histoire en elle-même, (là il faut que je me contienne, puisque c'est la partie objective) : donc, un savoureux mélange de dialogues et de pensées entre humour, humour noir, cynisme, délicatesse, réalisme, et mélancolie ... l'énumération explique pas grand-chose mais c'est comme ça que je l'ai ressenti en tout cas. Beaucoup de pensées oui et de pensées tantôt percutantes, tantôt dérangeantes toujours euh ... pensives donc savamment désorganisées ! L'histoire disais-je, le style original fait beaucoup, l'histoire ne semble être qu'un support au style d'ailleurs et c'est loin d'être dérangeant. Le fantastique apparait après plusieurs chapitre qui sont loin d'être inutiles au contraire, ça ne va pas trop vite. Le passage au fantastique est toujours périlleux brea-thing n'échappe pas à la règle mais la personnalité d'Elly et la profondeur des personnages fait oublier la lourdeur que pourrait prendre les explications surnaturelles. Sinon les idées sont intéressantes, vraiment on se dit pourquoi pas, il n'y a pas de contradiction alors on suit le fil de l'histoire sans problème. En comparaison de certaines fictions, le passage délicat du fantastique est réussi d'après moi. De la romance également, poésie, torture mentale dérision, de la bonne romance quoi.

Je suis complètement sous le charme, sérieusement c'est rare que ça m'arrive. Les personnalités des personnages sont attachantes, je me suis complètement attachée à eux. Je me suis identifiée à Elly et je crois que c'est pour ça que ça marche, je trouve ça vraiment bien écrit, bien décrit, prenant et surtout percutant. J'ai passé mon temps à sourire et à avoir le c½ur serré. J'ai retrouvé un peu mon système de pensée et donc ça m'a d'autant plus plu et touché. Agréable surprise que je recommande. Quelques conseils cependant : tes 6 premiers articles sont loin d'être inutiles évite de commencer par dire ça ^^. Sans ces article je n'aurai pas pu accrocher à la suite fantastique l'évolution est nécessaire pour apprécier pleinement, peut être que tu pourrais changer ta présentation, ça vaut le coup je ne voudrais pas que les gens qui ne lisent pas mon avis passent à coté. Sous le charme je crois que c'est le bon mot, ça me fait du bien d'être enthousiaste à ce point en tout cas, je repasserai avec Am-i-real te harceler gentillement pour connaitre la suite. En tout cas bonne continuation à toi et à très bientôt. Buulle



Bonne lecture à vous,
Amicalement (M)

# Posté le mardi 10 mars 2009 14:25

Modifié le lundi 17 août 2009 14:35

Chapitre Treize "Je le serrai, alors qu'il voulait partir, s'éloigner de moi"

Chapitre Treize          "Je le serrai, alors qu’il voulait partir, s’éloigner de moi"
- Pacha ! Viens par là, tu veux ?

Je m'énervais contre mon chat depuis une bonne dizaine de minutes. Il s'était réfugié sous le canapé, et refusait de sortir. Je devais lui faire avaler un vermifuge, comme d'habitude depuis cinq ans que nous l'avons. L'énorme chat brun faisait un caprice à chaque fois que nous essayions de lui faire ingurgiter un médicament. J'étais allongée par terre, sur le ventre. L'espace entre le canapé et le sol était si infime que même Pacha avait eut des difficultés à s'y faufiler. J'avais tenté de mélanger le comprimé à du poisson, et de l'attirer avec la gamelle posté devant lui. Il avait reniflé, mais n'avait pas bougé de sa place initiale. J'avais ensuite pris le sèche cheveux et lui avait chauffé le poil, et contrairement à mes espérances, il n'avait pas pris peur et s'était roulé par terre, en ronronnant.

- Tu l'auras voulu, râlais-je.

Je ne voulais pas me servir de mes pouvoirs sur ma famille, et comme Pacha et Béa en étaient, je n'avais pas pratiqué le vol plané sur eux. C'était un cas ingérable, ce chat était bien trop têtu pour renoncer de lui même, ou avec mes vains subterfuges. Je le fis alors voltiger jusqu'à moi, en soupirant. Ses poils se hérissèrent lorsqu'il constata qu'il se déplaçait contre son gré. Il planta ses griffes dans le parquet et son avancée émit un crissement insupportable. Je l'attrapai quand il sortit la tête du canapé. Je le coinçai sous mon bras et lui enfonçait le comprimé dans la gorge. Bien évidemment, il refusa de l'avaler, mais j'avais une astuce, l'expérience accumulée au cours de ces innombrables batailles de vermifuges. Je lui caressai la gorge en la tenant à la perpendiculaire. Forcément, la salive ne pourrait pas rester en place indéfiniment, et il l'avalerait, le comprimé par la même occasion.
Mon hypothèse devint réalité et il ingurgita le tout. Je poussai un cri de victoire, et libérais Pacha qui partit en trombe, la queue basse. J'effectuai une chorégraphie tout juste inventée, aussi stupide et primaire qu'amusante. Pour fêter ma réussite et mes efforts fournis dans cette mission que m'avait confié ma mère, je m'accordai une tartine de pâte à tartiner aux noisettes, ainsi qu'un grand verre de jus multivitaminé.
Béa était à son école et préparait sa rentrée. En effet, elle approchait à grands pas, et mon anxiété ne faisait qu'augmenter à mesure que les jours défilaient. J'allumais l'ordinateur. La connexion était plus rapide que lors du premier mois sur l'île, un collègue – et je doutais qu'il soit également son amant – était venu réparer la machine. Je naviguais distraitement sur le web en attendant que quelque chose sa passe. Je m'ennuyais ces temps ci. Zhou était partie à Madagascar pour une histoire d'Usuelle. Elle n'avait pas voulu me dire de quoi il s'agissait, et évidemment, avait prétexté que c'était pour mon bien, et que je le saurai tôt ou tard. J'en avais assez d'être mise de côté. Pourtant j'étais bien des leurs, à tous ces étranges personnages, pourquoi fallait-il qu'ils me prennent pour l'humaine incapable de comprendre ? Peut être avais-je un visage trop naïf, ou profitaient-ils de mon inexpérience dans ce monde fantastique pour ne pas m'inclure. Je n'en savais trop rien, mais j'en avais assez de lambiner chez moi toute la journée. Je décidais de sortir m'aérer un peu en ville.
Je jetais un ½il par la fenêtre, il pleuvait. Peut importait, je sortirai quand même. J'enfilais ma veste marron et attachais les gros boutons noirs. Du fait qu'elle n'ait pas de capuche, je fouillais dans le tiroir des bonnets. Aucune importance, je me fichais d'être jolie aujourd'hui, et je sortais le premier venu. Il était vert manège, maillé en laine. Il ne s'accordait pas avec ma veste, mais je trouvais l'effet original et attrayant, en ce jour gris. Je griffonnais rapidement un mot pour Béa, pour qu'elle ne s'inquiète pas.

Je ne mis qu'une vingtaine de minutes pour arriver jusqu'à St Paul, énergique, je n'avais pas traîné. Je croisais une bande de fille, mon age peut-être, ou un peu plus vieilles. Je détestais ces situations. Lorsqu'on est seule et qu'on passe devant plusieurs adolescentes en meute, elles me dévisagèrent et repartirent dans leurs chuchotis.
Je fixais le sol en marchant, perdue dans mes songes. Nous étions mi-août et Alec ne m'avait toujours pas donné signe de vie. Souvent le soir, je pleurais. J'étais une idiote amoureuse d'un lâche. J'entretenais cet amour impossible en y pensant chaque jour un peu plus. En tentant d'égorger ma souffrance, et pouvoir revivre ces bons moments, seule pourtant. En vain, car je n'y parvenais pas. Je ne parvenais pas à repenser à lui sans souffrir, et je pensais à lui chaque seconde, je m'imaginais son souffle saccadé, et comptais ses respirations sans les entendre. Ma voix reflétait la sienne, et à chacun de mes mots, je l'entendais. Comme s'il me parlait, comme s'il était là, avec moi. Je voulais passer ma main dans ses cheveux rebels. Un frisson traversa ma poitrine, j'avais cru l'apercevoir au coin de la rue. Mais l'homme était d'autant plus laid qu'il avait l'air idiot. Paré d'un costume gris – et sûrement très cher – il avançait, l'air hautain, en dévisageant les passants comme s'ils étaient inférieur à lui. Je lui tirais la langue, puérile, je détestais ce genre d'homme. Il ne m'aperçut pas, néanmoins. Je continuais ma route, tête baissée sur le ciment gris. Il n'y avait rien à contempler ici, j'étais dans la zone industrielle, et les grandes surfaces s'accumulaient au fil de mes pas.
Un crissement aigu se fit entendre. Je levai légèrement la tête et ravalai un cri lorsque je vis une roue de vélo s'arrêter juste devant mes jambes.

- Espèce de débile ! Tu pourrais pas faire attention ? ! hurlai-je

Jétais telle une furie, les poings serrés et les yeux fermés. Je les rouvrais après avoir lancé une poignée d'insultes. Tyler souriait, assit sur la scelle du vélo. Pourtant il avait l'air aussi surprit que moi, et je ne croyais pas que cet incident fut volontaire de sa part.

- Je te signale que tu es sur une allée cyclable, et qu'il y a un trottoir pour les passants, claironna-t-il

- Les piétons ont toujours raison, pousse toi, idiot.

- Quelle agressivité ! Il n'y a pas mort d'homme.

- Ca aurait pu !

- Mais ça ne l'a pas été, tu viens prendre un café ? J'en connais un pas loin qui est ...

- Tu te fous de ma gueule ? le coupai-je.

Il m'observa longuement, comme s'il cherchait une expression sur mon visage. Moi qui ne pensais croiser personne de ma connaissance aujourd'hui, j'avais été idiote de mettre ce bonnet vert. J'entrepris de l'enlever, mais ç'aurait été encore plus idiot, étant donné qu'il pleuvait encore.

- Non.

- Attends, j'essaie de trouver l'ironie.

Il s'énerva et fronça durement les sourcils.

- Tu m'énerves à la fin ! Il n'y en a pas ! Si tu veux rester seule dans ton coin, tu peux, je ne t'en empêcherai pas. Mais sache que les Agressifs et toi, c'est terminé, tu n'as pas compris qu'ils ne voulaient plus te voir ? !

Un n½ud saisit ma gorge et je manquais de m'étrangler à des paroles si violentes. Comment osait-il mettre un tel sujet sur le tapis ? Comment osait-il me parler sur ce ton ? Je l'avais bien cherché, en même temps.

- Comment sais-tu que je ne les vois plus ? murmurais-je, pour ne pas exploser en larmes.

- Zhou m'a parlé de ta soudaine morosité, c'était tellement évident.

Je fondais, immobile, en fixant Tyler. Les larmes roulaient, roulaient, roulaient sur mes joues noyées. Je ne voyais plus Tyler que comme une ombre floue. Alec ne m'avait jamais aimé, j'étais une pauvre fille. Voilà, j'étais encore une gamine qui se prenait au jeu dès qu'un mec la charmait un peu. Des grands bras s'enroulèrent autour de mes épaules.

- Excuse moi, s'affola-t-il, je ne voulais pas te mettre dans des états pareils.

- Je suis une grosse conne.

Je sanglotais sur son pull chaud. Mes bras ballants sur mon corps étaient pressés entre ses bras et c'était à peine si je pouvais respirer. Je remarquais alors sa taille immense, sûrement plus grand qu'Alec. Je n'étais qu'un simple jouet, une poupée de porcelaine, face à ce corps démesuré.

- Mais non, souffla-t-il, Tu devais faire un choix, et je dois avouer que aucun des deux clans n'a été très tendre avec toi.

J'étais heureuse qu'il admette que son kidnapping n'était pas de circonstance.

- Excuse moi pour le mois dernier, ajouta-t-il en soupirant, un tantinet à contre c½ur.

Je me dégageais doucement de son corps angélique – c'était le cas de le dire. J'essuyais en levant les yeux au ciel mes larmes. Je ne devais pas paraître fragile. Non. Evidemment, je l'avais été, et je l'étais toujours, mais il fallait que je me ressaisisse. Il fallait qu'il ait la sensation que c'était moi qui menait les rennes. J'étais manipulatrice. Juste un peu, me rassurais-je faussement. Tyler était très gentil, finalement, il m'avait consolé d'un amour ridicule après que l'ai insulté. Il avait failli me tuer aussi, c'était normal que je ne me laisse pas faire.
Je riais doucement de mes pensées contradictoires.

- Qu'y a t-il ?

- Je suis bête, c'est tout.

Je faillis rajouter « ne cherche pas », mais il semblait qu'il ne veuille pas poursuivre, alors je laissais tomber. J'ébouriffais distraitement ma tignasse aux boucles sauvages, et me raclais la gorge.

- Salut.

Je commençais doucement à m'éloigner. J'avais abandonné la démarche rapide de tout à l'heure, ne sachant pas pour quelle raison. Il empoigna mon bras, et me gardait avec lui.

- Tu ne viens pas prendre un café ?

- Je suis pressée, m'excusais-je

Je souris faiblement, et tentais de me dégager. Il ne broncha pas et retenait toujours mon bras, resserrant presque son emprise dessus.

- Qu'as tu à faire ? insista Tyler

Je n'avais nul par où aller, et n'avais rien de très urgent à faire, si ce n'était que d'acheter trois bricoles pour la maison. Je voulais m'aérer, être seule.

- Laisse moi, tu me fais mal !

Je poussais alors violemment son empoigne et me dégageais. Il laissa tomber son bras, en me fixant. Je lui lançais un dernier regard, apeuré cette fois, et m'enfuis dans les rues industrielles de St Paul.

POINT DE VUE DE ALEC, DIX MINUTES PLUS TOT

Un colis à la main, je sortais de la tôlerie. La cité industrielle m'agaçait, tous ces humains qui se précipitaient dans les grandes surfaces étaient idiots. Seul l'argent importait, là était leur devise. Je ruminais en silence en marchant vers la sortie. Ma voiture était garée à quelques pas, j'ouvrais le coffre et y déposais l'énorme sac de ferraille. Je m'assis sur le siège conducteur et mis le contact.
Là, elle. Je n'avais pas démarré. Elly avançait, pensive, à une quinzaine de mètres de moi. Je coupais le moteur, et l'observais. Ses cheveux sauvages étaient surmontés d'un bonnet vert, hideux je devais l'avouer. Mais il la rendait d'autant plus belle, et le contraste me satisfaisait pleinement. Sur ma droite, un cycliste déboula à vive allure, lui aussi le regard rivé au sol. Il fonçait droit sur Elly. Je klaxonnais vivement, retenant mon souffle. Le cycliste leva la tête et vit la fille au dernier moment. Le vélo crissa et s'arrêta à quelques centimètres de mon aimée. Je soupirais, soulagé.
En la voyant, l'homme ne pensa plus à se retourner pour voir qui lui avait signalé de s'arrêter. Peut être qu'il pensais que le klaxon ne lui était pas destiné. En effet, une masse importante de voiture grouillaient à cette heure ci. Il était grand, blond, svelte. Je retenais mon souffle. Tyler.
Elly ferma les poings et hurla si fort que je pu l'entendre, vitre fermées.

- Espèce de débile ! Tu pourrais pas faire attention ? !

Elle était divinement belle, ses yeux pétillaient d'une colère indécente. Ses poings s'étaient crispés et c'était presque si elle tapait du pieds.

- Calme toi Elly, murmurais-je, amusé.

Lorsqu'elle leva le regard sur son interlocuteur, elle hoqueta, en fronçant les sourcils. Le connaissait-elle ? Etrangement, je lisais une certaine peur dans son regard. Elle secoua la tête imperceptiblement, et la lueur disparu. Il lui répondit, mais je ne pu entendre sa voix, ainsi que toute leur conversation, ils étaient trop loin. Tyler eut un air amical à un moment, mais Elly, et je ne sais pourquoi, le remit à sa place. Il s'énerva, mais sa voix n'était pas assez forte pour que je puisse comprendre ce qu'il disait. J'entendis un grondement grave, et imprécis. Je caressais nerveusement le cuir de la Nissan. Elly devint pâle. On devinait à sa couleur sa peau glacée. Elle secoua doucement son poignet, et je vis ses lèvres d'enfant s'entrechoquer. Sûrement chuchotait-elle. Tyler était lui resté sur sa colère, et il marmonna sèchement quelque chose. Mon c½ur s'affola. Elly pleurait à chaudes larmes, et j'étais impuissant face à ce tel supplice. Que lui avait-il dit pour qu'elle se mette dans des états pareils ? Je voulais le tuer, l'étrangler, le torturer. Une colère incontrôlable s'empara alors de mon corps. Mes mains tremblaient, mon torse était dur et froid. Je devais rester dans l'engin jusqu'à ce que Elly s'en aille.
Ma colère se dissipa, Tyler la prit dans ses bras. Il la serrait et lui caressait les cheveux. Non, ça aurait dû être moi, à sa place. Et à cause des Anges, à cause de lui, il avait prit la relève. Elle était fragile, pourquoi lui donner de faux espoir. Il était déjà avec Pénélope, l'Ange la plus douce existant en ce bas monde. Pourquoi Elly, rebelle et côtoyant les Agressifs ? Il n'avait pas le droit, il n'avait pas le droit. La jalousie me tordait le ventre.
Elly se dégagea légèrement et je lisais sur ses lèvres un « salut ». Enfin, j'allais pouvoir tuer Tyler. Elle commença à s'éloigner mais Tyler la retint par le bras. Allait-il enfin la laisser ? Elly balbutia quelques mots et essaya une seconde fois de se dégager, mais il resserra son emprise. Au final du bref débat, il la laissa s'en aller. J'aperçus sur son bras de porcelaine une tache bleu. Il lui avait fait mal. Je sortais, la colère brûlant mon corps tout entier, et me ruais sur Tyler.

Lorsqu'il me vit, il soupira, exagérément fort.

- Tiens, voilà Satan, railla-t-il

J'écrasais violemment mon poing sur sa gueule d'Ange.

- Voilà qui est fait, maintenant parlons.

- Espèce de con, tu m'as cassé le nez !

- Je m'en fiche.

La fureur était telle que je grognais presque. Mes mains n'avaient pas cessés de trembler, ni mon corps de brûler. Je m'avançais un peu plus vers lui, il me dominait d'une demi tête, mais je n'en étais pas pour autant moins fort.

- Pourquoi tu as fait pleurer Elly ?

- Oh, je vois. Tu l'espionnais.

Je soupirais.

- Non, je me suis trouvé là par hasard.

- Tu faisais les boutiques dans la zone industrielle ? siffla Tyler

Je n'allais évidemment pas lui dévoiler que j'achetais le matériel pour les armes. Les armes qui serviront à le tuer, ainsi que ses amis.

- Tu ne monopolise pas la conversation, alors réponds à ma question.

- J'imagine qu'il s'agit du fait que j'ai fait pleuré Elly. T'arrêteras tu donc un jour de t'intéresser à elle ? Elle est pourtant assez banale je trouve. Je ne comprends pas ce qui te séduit chez elle. Hormis le fait qu'elle est attachante, peut être. Elle est vraiment à fleur de peau, un rien la fait chavirer. Finalement, ça ne m'ennuierait pas qu'elle soit des vôtres. Ca doit être un sacré boulet à traîner.

- Un mot de plus et je t'étrangle.

- Je ne saisis pas la raison pour laquelle tu t'énerves, nous nous entretuerons bientôt de toute manière. Je sais que tu es au courant, ne prends pas cet air crédule, on a tué ton espion. Ahah, il nous a causé bien des torts. Finalement, je lui ai retiré le cerveau. Il a du souffrir, j'espère que vous ne le connaissiez pas, que vous l'aviez engagé à distance. En même temps je m'en fout tu me diras. Au fait, tu disais que j'avais fait pleuré la petite, mais en réalité c'est toi qui l'a amené à se mettre dans des états pareils.

- Comment ça ?

- C'est à cause de toi qu'elle pleurait. Arrêtes de me regarder de cet air là, je lui ai juste dit que vous ne vouliez plus d'elle. C'est le cas n'est-ce pas ? Elle doit être vraiment pesante à supporter, aucun des deux clans ennemis ne la veulent. Zhou va devoir faire du baby sitting.

Son ricanement abject me fit rentrer dans une fureur telle que je ne me contenais plus. Mon regard ne se portait plus que sur ses lèvres atroces d'où sortaient des infamies sur les gens que j'aimais. Je me rappelais alors le cerf, innocent, que j'avais torturé à mort. Je me rappelais tous ces pauvres Hommes que j'avais fait souffrir, sous un prétexte d'instinct primaires. Sous un prétexte idiot. Je ne voulais plus faire souffrir qui que ce soit. Ni les personnes les plus haïssables qui cherchaient à me déstabiliser.

- La situation est grotesque tu ne trouves pas ? Je croyais que c'était toi le marxiste.

- De toute évidence tu es toujours aussi sophiste.

Je ne répondais pas. Peut-être confirmais-je ces propos, et réfléchissais-je encore à une solution. Pourtant je m'étais pris dans l'engrenage, et ça depuis ma première bouffée d'oxygène, où j'avais tué ma mère. Ma première atteinte, je ne pouvais pas réellement la juger comme le doyen de mes actes de violence. Je n'étais qu'un nourrisson, et il n'était probablement pas à moi d'endosser la mort de ma mère. Mon âme n'existait pas, et je ne pouvais pas éprouver le moindre désir sadique, ni un quelconque plaisir devant ce sang qui coulait. Je jugerais la prise de conscience, la défaillance, le jour où j'ai aperçu ce cerf. Puis-je lui en vouloir ? Lui endosser une part de responsabilité dans cet assassinat malsain ? Je pense que la soif d'une vengeance à débuté à cet instant, à l'instant où son corps gisait sur le sol dur et froid des pays de l'est. Peut-être étais-je en train de chercher la personne, la société surnaturelle, ou encore le créateur de ce monde à qui en vouloir. Je me vengeais, je me vengeais d'un inconnu.

- Au revoir Tyler.

- Comme cette marque de politesse est agréable Alec ! Moi qui croyais être trop vicieux pour la mériter.

- Parfois je me demande si Phoebus n'a pas inversé les rôles.

Mes paroles le firent cogiter un moment. Il s'était arrêté dans son accès de raillerie primaire. Je crois que le fantastique est schématisé par une cour d'école. Plusieurs clan luttent entre eux pour déterminer le plus fort, et un seul peut les arrêter dans leur combat insensé, puérile : le maître. Phoebus représente le maître, et il est d'une évidence frappante que ceux qui incarnent les deux opposés sont les Anges contre les Démons.
Il y a également les neutres, ces enfants à nature sensible et rationnelle, qui viennent compliquer les règles du jeu. Il peuvent être des jokers comme des retour à la case départ. Ou bien même la mort, frappant, maligne, à votre porte. Si vous tombez dans la mauvaise case, vous êtes fichu. Je comprenais alors le dilemme face auquel on laissait Elly. N'ayant pas pris conscience plus tôt de la difficulté de celui ci, je m'excusais en silence.
Devais-je avertir Tyler de ne pas s'approcher d'Elly, ou penser au bien de ma tribu, et le laisser la manipuler à sa guise.

- Passe le bonjour à Pénélope, raillais-je.

Je marchais à vive allure vers ma voiture en comptant mes pas. Il émanait d'un minuscule taudis I'm A Honey Bee de Lary Davis. L'habitacle était cloisonné du monde extérieur par quelques malheureux rideaux qui ne tiendraient probablement pas plus de quelques mois. Je m'arrêtais un instant pour m'apitoyer sur le sort de ces pauvres gens qui se contentaient d'invendus, de meubles à défaut de fabrication ou encore de restes de nourritures glanés pour date de dépassée. Il y avait une ouverture dans une des parures, c'était la grande dorée. Derrière, un petit garçon d'une huitaine d'années aux os apparents dansait sur la musique entraînante. Le son n'était pas bon et l'appareil grésillait de temps à autre. Une femme – probablement sa mère – lui demandait d'arrêter pour qu'elle puisse lire dans le calme. Il s'exécuta, vint s'asseoir sur le matelas qui leur servait de sofa, observa longuement la pièce. Il passa en revue chaque objet et donnait une importance à chacun des atomes, comme s'il était unique, précieux. Comme s'il ne le reverrait plus, et qu'il fallait profiter de cet instant. Evidemment, et je fus idiot de ne pas y avoir songé, il me remarqua, au loin, par delà l'ouverture du rideau doré, en train de le fixer avec intérêt.
Honteux de mon indiscrétion, je souriais bêtement et d'un pas rapide et maladroit, je rejoignais la Nissan grise garée à quelques mètres de là. Je démarrai, calai, râlai, redémarrai, avançai le long des routes sillonnant la ville, puis les plaines, et enfin les montagnes, les ravins, les précipices, les forêts, l'allée familière à la fin de laquelle mon clan résidait.

- Alec ! glapit Alix lorsque j'entrai

Je posai mon manteau sur une chaise et passai une main dans mes cheveux humides. Il s'était agrippé à ma jambe gauche. Je n'avais aucune idée de ce qui se tramait entre ces murs diaboliques, et il me prenait au dépourvu.

- Alix, qu'y a t-il ?

- J'veux pas mourir, j'veux pas.

Il sanglotait à présent. Son corps minuscule sursautait fébrilement sur ma jambe. Ses mains pressaient mon genoux, et je ne pouvais plus me déplacer. Ses paroles étaient violentes, ce n'était qu'un enfant de six ans, il n'avait pas à se soucier de la vie et de la mort. Il aurait du être insouciant, ne penser à rien, hormis son propre plaisir.

- Tu ne vas pas mourir Alix, non. Pourquoi dis tu cela ?

Je lui relevai le menton et regardai ses yeux embués de larmes. Je le dégageai de ma jambe et le portai, de façon à ce que nos deux visages soient l'un en face de l'autre.

- Je veux pas que il y a la guerre.

- Je ne veux pas qu'il y ait la guerre, le repris-je.

J'avais cette fâcheuse manie de le reprendre sur ses formulations hasardeuses, et cela dans n'importe quelles circonstances. Je ne savais pas vraiment quoi lui répondre. Il y aurait la guerre, et il ne pourrait pas l'éviter. L'excitation des premiers jours l'avait délaissé et avait pris place la terreur. Sa première guerre. Pouvait on se le représenter comme un baptême chez l'humain ? Mis à part que l'humain ne risque pas sa vie, et s'en sort relativement bien, après cette festivité religieuse.

- Tu savais qu'il y aurait la guerre Alix, mais tu ne risques rien, on est là, on est là.

- Non je ne le savais pas ! Je ne savais pas que les Anges étaient les gentils et qu'on était les méchants ! Je ne savais pas que j'étais mauvais ! Vous me l'avez caché et m'avez bercé d'une illusion, à laquelle vous saviez que j'allai attacher de l'importance, mais non, vous n'en aviez rien à faire de moi, vous vouliez que je me taise, tout ce que vous vouliez c'était mon silence, voilà !

- Il y a une telle aisance dans tes paroles Alix, comment peux tu employer un tel vocabulaire alors que tu fais des fautes encore si primaires ?

- Tu ne penses qu'à cette fichu langue.

Il se débattait pour échapper à mon étreinte. Je savais pourtant qu'il souffrait, comme j'avais souffert de la mort de ce cerf. Il prenait conscience à son tour, l'absence de culpabilité à son avantage. Je le serrai, alors qu'il voulait partir, s'éloigner de moi. Mais mon corps se pressait d'autant plus contre le sien. Il devait avoir quelqu'un à qui parler, car il n'aurait personne d'autre pour le réconforter dans son combat contre lui même. Il n'y avait que moi qui pouvais l'aider dans cet affront, pourtant je ne savais pas comment lui dire que moi même je souffrais encore, moi même je n'avais pas réussi à trouver la solution, la solution de cette équation insondable. Il arrêta de se débattre et se laissa bercer par le lent mouvement de mes bras, ses sanglots noyant mes épaules d'une souffrance qui m'était bien connue.

- Ce n'est pas ta faute, Alix. Tu n'es pas seul, nous sommes là. On va réussir à mettre fin à ce duel.

- On est pas si méchant que ça hein ? renifla-t-il

Je méditai sur sa question, celle que je me posais depuis de nombreuses années, et il fallait que je lui réponde là, maintenant.

- Non, je ne crois pas.

Je n'avais convaincu personne, ni lui, ni moi. Pourtant il ne releva pas et se contenta de cet espoir, le seul qui pouvait le maintenir encore un peu enfant, crédule et insouciant. Mon devoir de tuteur n'était-il pas de l'aider à grandir, de s'accepter et d'accepter les autres ? Ou peut être devais-je le maintenir enfant encore un peu.

Tourbillonne, tourbillonne en moi une incertitude permanente.


POINT DE VUE DE ELLY

Le métal inconfortable de la citerne sur laquelle j'étai assise me torturait la fesse droite. Je m'essayais à m'orienter sur ma droite, sur ma gauche, ce qui me valu un mal de dos atroce. Je finis par me lever, accroupie sur le grand cylindre, pour m'allonger sur le ventre. Mon menton était appuyé sur mes mains, mais ma mâchoire en pâtit et je tournais ma tête, ma joue écrasée sur le matériau froid de la citerne et mes bras longeant chacun de leur côté la forme ovale du métal. Ma position ne cessait de changer, suivant le fil fastidieux de mes pensées. Mes boucles tournaient autour de ma tourmente. La décision que j'évitais depuis quelques mois était venue se planter sous mes yeux en réclamant mon attention. Une attention que je n'étais pas prête à lui accorder, pourtant il le fallait, et j'allai la lui donner ce jour là. Les Anges se faisaient violemment réconfortant, les Agressifs se faisaient distants et se faisaient désirer. Devais-je penser à lui en utilisant ils pour me persuader de ne plus l'aimer, ou simplement pour inclure Robin, Jude et Alix ?
Si ils ne voulaient plus de moi, comme me l'avait confirmé Tyler, il ne me restait qu'à abandonner l'idée de les changer, de transformer le mal en bien, et de vivre avec lui ... eux une aventure hors du commun. Le retournement de situation aurait sûrement bouleversé Phoebus, qui aurait été troublé par son impuissance face à leur volonté. Peut être alors les Anges et les Démons auraient pu cohabiter. Je me levai brusquement, retenant un cri de joie. Tout était bercé de joie lorsqu'on venait de remporter une victoire, même si infime. Je venais de remporter un combat contre moi-même : j'avais fait mon choix, j'avais trouvé une solution que j'allai exposer au clan pour lequel j'avais un attachement. Il se trouvait que je m'étais épris du mal, et que je ne comptais pas le laisser filer en entre mes doigts. J'étais têtu, et j'avais décidé de faire de ce défaut une arme.
Comment allai-je pouvoir leur annoncer ? Je n'avais pas de numéro de téléphone, pas d'adresse ni de voiture pour m'y emmener. Je me souvenais vaguement du chemin pour me rendre au château, mais je ne pouvais risquer de me perdre dans l'immense étendue de forêts inhabités, ou pas. Je venais de me retrouver, et je ne comptais pas me perdre une seconde fois. Tant pis pour mon corps, je survivrai. Ce qui importait à présent était mon âme, et le nouveau tournant qu'elle venait d'emprunter.
Je me rendais avec empressement et assurance chez moi. Une solution m'avait été greffée, pas question de faire un rejet. J'avais atteint les plaines qui rejoignaient la forêt. Etrangement, ma vitesse me surprit. Mes jambes me semblaient légères et fluides, comme si ce n'était pas les miennes. Comme si mon corps ne m'appartenait pas. Une sensation aérienne s'était éprise de moi, et je m'étais éprise d'elle. Ou était le sol qui rendait mes muscles lourds et pesants ? je jetai un ½il curieux sur le sol. Mon dieu, je volais. Je volais entre les feuilles qui virevoltaient sur elles même. Je volais à l'abri de regards innocents et crédules que ceux des humains. Une caresse sur ma joue, le vent jouant avec mes cheveux. Mes chaussures se délassèrent seules, les boucles dansant avec la brise tiède. Je n'en avais plus besoin, et mon corps l'avait compris. Elles tombèrent lentement sur la terre battue, rebondissant au sol mou et inutile, à cet instant. Mes jambes s'articulaient comme si je courais, mes mouvement se faisaient aquatiques. Hésitante, je penchai mon buste en avant, mon bassin le suivit et je fus parallèle à la terre aux couleurs chaudes en quelques secondes. Je pris de la vitesse par cette position adhérent au vent. Et je ris, je ris, je ris jusqu'à en pleurer. Mon corps se crispant par cet aspect d'hilarité, de joie et d'euphorie. Mais ce rire ne reflétait finalement qu'un soulagement profond. J'étais en phase avec moi-même, pour la seconde fois dans ma vie. La première fois que je l'avais été, je volais également, mais pas avec une telle aisance dans mes mouvements.
N'étant qu'a deux mètres du sol, je jugeai l'altitude bien trop basse. Paupières clauses, je m'imaginai un fil. Un fil très fin qui serait attaché à mon dos. Il tirerait mon corps léger vers lui, l'entraînerait au sommet des arbres, encore et encore. Il atteindrait les nuages, qui humidifieraient ma peau glacée, et continuerait sa route, toujours plus haut, toujours plus rapide. Mes yeux s'ouvrirent doucement. La lumière aveuglante attaquait mes pupilles fragiles. Des larmes roulèrent sur mes joues, et s'écrasèrent cent mètres plus bas, peut-être. Les nuages enveloppaient tendrement mes bras, et je me laissais bercer comme une enfant par les hautes douceurs de la vie. Je refermai les paupières, le soleil étant plus près de moi que jamais il ne l'avait été.
Je n'avais plus besoin de passer chez moi pour emprunter la voiture de ma mère. Je n'aurais plus besoin de mentir, ni de culpabiliser. J'irai directement au château. La peur m'avait quittée et j'étais sereine quand à le revoir, jusqu'à me laisser emporter par l'excitation et l'enjouement. Plus besoin de plan, plus besoin de carte, j'étais au dessus de l'île, cachée par les nuages, je pouvais tout voir, sans être vue. C'était là. La montagne dans laquelle la demeure du mal était installée. Je prenais un peu plus d'altitude, mais la brume m'empêchait de percevoir nettement les murs de briques rouges. L'interminable allée formait un sillon ressemblant à un serpent. La tête était peut être la maison. La maison dans laquelle se trouvait le mal. La tête étant égale aux crocs du serpent. Les crocs étant une métaphore d'eux.
Je n'avais plus à frissonner, j'avais fait mon choix, je les avais choisi, j'avais choisi le mal, les serpents, les crocs. Pourtant je ne pu m'en empêcher, mon corps trembla silencieusement. Mes pensées s'étaient tues. Le fil se détendit, et s'allongea, toujours avec vitesse, vers le parc aux verdures extravagantes. Je remarquai qu'un parterre de fleurs que j'avais complimenté à Alec lors de ma dernière visite avait été négligé. Troublée, je repris le fil de ma réflexion. Pourquoi l' avait-il délaissées ? Je me surpris à imaginer que ça aurait un rapport avec moi. De quelle vanité avais-je donc hérité ! Je laissai mon orgueil de côté et concentrai sur mon atterrissage.
N'ayant aucune expérience encore dans ce domaine là, j'improvisai et me rappelai ces pilotes de grandes lignes dans les feuilletons que je regardai, enfant, avec mon grand-père, le dimanche matin. Je repérai d'abord le lieu idéal et me plaçais correctement, de façon à ce que cela s'effectue en douceur. Je redressai prudemment mon buste, et je me retrouvai debout. Je pliai mes jambes, comme si j'étais assise. Primaire, j'imitai le pilote d'avion.

- Mesdames et Messieurs, nous arrivons à destination de la satanique demeure du mal. Veuillez attacher vos ceintures, nous allons procéder à l'atterrissage. Il fait vingt-trois degrés, temps couvert sur l'allée. Aucune hôtesse ne portera vos bagages : vous n'en avez pas. Vous êtes seuls contre le mal. Vous allez devoir l'affronter, sans arme. Lui imposer votre point de vue, le supplier de vous garder, le supplier de vous écouter. Ne pas avoir pitié de vous, car ce n'est pas ce que vous voulez. L'implorer de ne pas vous tuer, l'implorer de ne pas vous détester, l'implorer de vous aimer, malgré l'humaine qui dort en vous. Malgré ta stupidité constante Elly. Malgré ton idiotie indécente. Tes humeurs rebelles et ta soif de justice ne peuvent pas adhérer avec le mal. Tu es stupide de penser que tu vas pouvoir réconcilier les deux plus antiques contradictions. Il est encore temps de ne pas le faire, de ne pas affronter ta peur. Ecoute ton c½ur, écoute ta peur, et vas t'en.

Je m'arrêtai. Plus je parlais, plus je m'adressais à moi même. Effrayée de mon combat entre ma conscience et mes convictions, le fil ralentit.

- Je vais affronter ma peur, tais toi.

Le fil reprit de la vitesse et je me concentrai une nouvelle fois sur ma cible. L'allée faisait une piste parfaite. Je n'étais plus qu'à une quinzaine de mètres de mon ultime but. Comme je me l'étais fait remarqué, j'avais encore le choix. On a toujours le choix. Là était une phrase que déclarait souvent ma mère, lors des bilans qu'elle faisait de sa vie. Le temps important qu'elle accordait à des regrets me laissait un goût amer au palais, après avoir écouté le roman de ses aventures houleuses avec les hommes. « Les hommes sont des salauds », me certifiait-elle. Et je la croyais. « Les hommes sont des salauds » je répétais. Pourtant aujourd'hui je ne la croyais plus. Aujourd'hui j'en savais plus qu'elle n'en avait déjà appris sur le monde en quarante ans et qu'elle n'en saurait jamais. Les hommes était des Hommes. Et il fallait le comprendre, autant que le prouver. J'allai avoir cette preuve, ou pas, à l'instant où je frapperai à cette porte de chêne.
Mes pieds jonchèrent le sol à une vitesse telle que je crus me briser les os. Pourtant, je rebondissais lentement en courant, jusqu'à ce que je ne fasse plus qu'un avec mon apparence humaine. Je marchais, simplement, naturellement. Les briques rouges s'avançaient vers moi, ou c'était moi qui avançait, je ne savais plus. Mon poignet effectua une feinte sur la gigantesque porte de bois. La dureté du matériau me martelant quelque peu la main. Je remarquai alors mes cheveux mouillés par l'humidité des nuages, bouclant férocement dans mon dos et sur ma poitrine. Nerveuse, je les peignai maladroitement de mes doigts tremblants. J'entendis des pas se diriger vers moi. « Il est encore temps de partir » murmura ma conscience.

- Non, je n'ai plus le choix, soufflai-je, C'est fini.

Le battant de la porte s'entrouvrit. Une créature digne d'Aphrodite apparue dans l'entrebâillement. Les cheveux pâles de Jude descendaient en cascade jusqu'à ses hanches. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit elle qui m'ouvre, et la peur prit place à la surprise. Nos relations chaotiques ne laissaient en rien croire qu'elle allait me laisser entrer. Ni me laisser en vie. Ils étaient le mal, et peut être pensaient ils que j'avais des idées trop établies pour comprendre et accepter leur nature. Pourtant, elle me gratifia d'un sourire plein de mansuétude.

- Entre, fit elle en élargissant plus amplement l'ouverture.

Je m'exécutai en silence. Jamais je n'aurais pu croire à Jude sous cet aspect maternel, avec cette bienveillance nouvelle. Elle m'ôta ma veste marron et je lui donnai mon bonnet. Lorsqu'elle eut accroché mes vêtements sur le porte manteau, elle m'observa, avec un soulagement que je ne compris pas.

- On t'attendais depuis longtemps tu sais, murmura-t-elle.

- Pourquoi ?

- C'est comme s'il était mort, qu'il n'existait plus. On vivait avec un automate.

Je saisis de qui elle parlait.

- Qui est-ce ?

Je frémis. C'était sa voix. Alec apparut à l'autre bout du long corridor. Il s'immobilisa lorsqu'il me vit. Je fis de même, retenant sans m'en rendre compte ma respiration. Jude nous regarda l'un après l'autre, crédule, mais consciente de l'échange entre lui et moi. Il fit un pas, puis un autre, et encore un autre. Il accélérait, et fit vite près de moi. Il s'arrêta lorsqu'un mètre nous séparait encore. Ayant oublié de reprendre mon souffle, j'haletai stupidement. Nos regards n'avaient pas cessés de se noyer entre eux. Il était impossible de douter de sa sincérité, un regard ne ment pas. Ce sont les paroles qui blessent et déchirent. Elles ont le pouvoir, peuvent nous rendre heureux et triste, comme elles peuvent mentir et être hypocrites. Un simple son, une simple sonorité, peuvent basculer une vie. La pause fut de courte durée, et il m'attrapa avec ferveur pour me plaquer contre son torse. J'humai son odeur naturelle dont j'avais tant eu besoin. Sa main gauche réchauffait doucement mes reins et l'autre me caressait nerveusement les cheveux. Sa joue était colée à ma tempe, la mienne à son menton carré.

- Tu m'as atrocement manqué, souffla t'il dans mes cheveux rebels

- Pourquoi m'as tu laissé ?

Il ne répondit pas et renforça son étreinte.

- Pourquoi m'as tu laissé ? insistai-je.

- Elly ...

Je le repoussai, de façon à le voir.

- Quoi Elly ? Qu'y a t-il de si difficile à avouer ? Tu t'es foutu de moi, et tu n'as pas la réponse bateau à faire avaler à des pauvres filles comme moi sous les yeux ? T'as oublié ta réplique ?

- Non ! Arrête, ce n'est pas ça.

- Dommage pour toi, j'ai débarqué à l'improviste, il va falloir me donner quelque chose de convaincant.

- Ne sois pas si dure Elly, tu ne sais rien, lança t-il, sec.

- Je vais vous laisser, chuchota Jude, discrète

- Non Jude, reste s'il te plait. Je suis venue pour vous proposer quelque chose.

Un silence.

- A tous.

Alec essayait d'apercevoir mes yeux, pour y cerner un quelconque sentiment de peur ou d'appréhension. Mais je déviai son regard, car oui, j'avais peur. Après cette discussion violente avec lui, je ne savais plus vraiment si je devais leur faire part d'une idée qui laissait sûrement à désirer, d'une Usuelle débutante.

- Bien, suis moi, fis Alec en haussant les épaules.

Aucune autre attitude n'aurait pu être plus dure celle qu'il adoptait. Je mordis à pleines dents ma lèvre inférieure pour ne pas répliquer une insulte. Il passa devant moi et avançait d'un pas assuré vers le salon. Jude était à mes côtés, me maternant peut être trop, pour une relation aussi tendue que la notre. J'observai distraitement la lignée de portraits aux personnages si beaux et séduisants qu'il était troublant que ce ne soit pas réel. Quelque chose m'arrêta, je comptai en toucher deux mots à Alec lorsque nous serions seuls. Nous entrâmes dans la pièce à la grandeur démesurée, comme toutes celles qui formaient le château, et Jude s'assit sur un des grands sofa de style roman. Alec m'invita à en faire autant et appela Alix et Robin, qui, apprenant mon arrivée, se sont précipités de la véranda (leur lieu dit favori) pour se rendre à mes côtés.

- Et bien Elly ! Tu ne nous a pas rendu beaucoup visite ces derniers temps, s'exclama Robin, aux bords de l'euphorie en s'asseyant sur le canapé perpendiculaire au mien. Une semaine tu viens tous les jours, et hop, tu disparais de la circulation.

- Je..

- Arrête de faire comme si c'était de sa faute. Je vais tout lui expliquer, m'arrêta Alec pour s'adresser à Robin.

Je retins un « Il y a intérêt ». Le petit Alix vint s'installer près de nous et m'adressa un sourire affectueux. Jude prit la parole.

- Mais d'abord, tu voulais nous proposer quelque chose non ?

- Heu oui...

Je me raclai la gorge. Je n'avais nullement réfléchis à la manière dont j'allai leur exposer le sujet. Il fallait que je pense comme un avocat plaidant une cause. Ma cause était la paix. J'allai exposer la paix au mal. Je ricanai faiblement. Premièrement, il fallait que je sache si nous avions les mêmes objectifs.

- Voulez vous la guerre ? Enfin, je veux dire ... Aimez vous ça ?

Après tout, ils pourraient, le côté sadique n'entrait-il pas dans la phase sombre ? Alix inspira bruyamment, comme s'il avait l'intention de gober tout l'air que contenait la pièce.

- Non ! hurla-t-il, Non nous n'aimons pas ça !

Il n'y eut pas que moi qui fut étonnée par sa présence et son refus envers le sujet. Alec, qui était assit seul sur le canapé formant un angle droit avec le mien, chuchota des paroles douces et réconfortantes à Alix, et Robin le prit sur ses genoux. Il formait lentement un cercle avec son index sur sa joue. L'enfant se calma et reprit une respiration à cadence normale.

- Désolé Alix, je ne voulais pas t'effrayer, repris-je, Donc, la guerre ne vous importe pas. Mon marxisme va vous déplaire, je crois. Mais j'ai peut être trouvé une solution. Pour cela, il vous faudra être prêts à faire des sacrifices, et cela serra sûrement très dur pour vous. Je ne sais pas, je ne mesure pas l'ampleur à laquelle le mal est en vous.

- Elly, nous sommes le mal.

Robin avait insisté sur le verbe conjugué et sur son temps, le présent.

- Peut être pas. Peut être pas totalement. Vous croyez être complètement possédé par cet état, le mauvais, mais si vous y réfléchissez vraiment, vous pouvez être bons, sinon je ne verrais pas en vous ce que je vois aujourd'hui.

Les notes de mes mots sonnaient justes, j'étais crédible dans mes propos.

- Que vois tu en nous ? demanda Alec.

- De la peur. Je vous vois effrayés par ce qui pourrait suivre cette guerre. Je vous vois terrorisés à l'idée d'effrayer Alix, je vous vois mort de peur devant votre destin. Vous êtes conscient d'être mauvais. Pour vous, ce n'est pas naturel, tout n'est donc pas perdu.

- Faute avouée, faute à demi pardonnée, marmonna Jude, sarcastique.

Je fis abstraction de sa remarque.

- J'ai pensé que, peut être ... vous pourriez renverser les rôles.

- Comment ça ?

- On pourrait montrer à Phoebus qu'il n'a pas plein pouvoir sur vos actions, que vous pouvez être bons..

- ... Et la guerre n'aurait pas lieu d'être entre bons et bons, poursuivit Robin les yeux dans le vide, Mais oui !

Jude fis la moue, elle n'avait pas l'air convaincue.

- Et comment comptez vous vous y prendre ? Le mal on l'a dans la peau Elly, dans le sang, nous sommes nés avec.

- Je vous aiderai.

- Ahah ! Tu crois peut être que tu vas supporter notre vie quotidienne ? Que tu ne vas pas t'enfuir en courant ? Nous sommes horribles Elly, répugnants. Tu ne devrais même pas être là, nous avons presque chacun déjà essayé de te tuer !

- Mais je ne suis pas morte, Alec, rétorquai-je

- Un miracle, marmonna-t-il

- Je propose cette solution, je comprendrai qu'elle soit trop dure pour vous. Mais vous n'avez plus rien à perdre à présent : ou vous fuyez, ou vous réussissez. Pourquoi ne pas tenter de réussir ?

Un grand silence suivit mes propos. Ils réfléchissaient. Robin pinçait son menton de ses doigts agiles en m'observant avec attention. Je remarquai qu'il s'était rasé le crane depuis le mois dernier. Il était chauve à présent, quelques rayons de soleil donnaient un reflet blond sur sa peau tendue. Etrangement, il paraissait plus mûr et son absence capillaire accentuait son rôle paternel sur le clan. C'était le grand, le premier, celui à qui on doit un respect, sans même le connaître. J'avais rarement rencontré de personnes aussi impressionnantes que lui. On savait qu'il était au dessus de nous, au premier regard. Alix s'était dégagé des genoux de Robin et resta quelques instants immobile. A la première apparence, il fixait le parquet. Mais je m'enfonçai plus loin dans ses yeux bleu profond, et je me rendis compte qu'il ne regardait rien. C'était comme si ses pupilles l'avaient abandonnées, et que ses yeux s'étaient retournés. Ces pupilles étaient bien là pourtant, et ses yeux étaient bien placés, mais ce garçon avait une capacité impressionnante à se faire discret. Il ne regardait nul part, il était immobile, il était silencieux. Jude était anxieuse, et se torturait pour faire un choix. Alec était absorbé par mes cheveux. Je me demandai si j'avais une peluche ou autre coincé dedans, mais je pris mon mal en patience jusqu'à ce qu'il pose son regard sur la bibliothèque.

- Je veux essayer, déclara Robin.

Je lui lançai un sourire plein de gratitude et de reconnaissance. Il sourit à son tour, plus faiblement toutefois. Jude jouait nerveusement à une mèche de ses magnifiques cheveux blonds, toujours aussi anxieuse. Les yeux d'Alix reprirent vie et ils se firent chaleureux.

- Moi aussi, je veux être bon.

- Tu es déjà très pure, tu vas vite y parvenir Alix, lui susurrai-je

- Merci.

Alec détourna le regard de la bibliothèque et plongea ses yeux dans les miens.

- Pour moi ce sera non.

Je ne comprenais pas sa dureté. Pourquoi tant de recul et aussi peu de tact à mon égard ? Qu'avais-je pu faire ? Qu'avais-je pu dire ? Je le suppliai du regard pour avoir une explication.

- Non, c'est tout, acheva-t-il.

- Bien. Jude ?

- Oui, je veux essayer.

Je fus vaguement surprise par son consentement, mais son humeur cajoleuse me l'avait laissé présager.

- Demain matin, on commence. Je vous rejoins à neuf heure, ça va ?

- Oui, acquiesça Robin, on sera prêts.

Je me levai et me dirigeai vers le corridor après les avoir salués d'un signe de main. Je repassai devant les yeux malveillants des acolytes de Phoebus et repris le cours de mes pensées.

- Attends !

Je me retournai, Alec me rejoignait. Je le regardai, hautaine, et jouai la carte de l'indifférence. Je me retournai et continuai ma route sans dire moi, lui à mes côtés.

- Ecoute, je suis désolé. Tout ce que j'ai fais, je l'ai fait pour toi.

Par mon silence, je l'incitai à poursuivre.

- Ce mois d'absence, c'était pour ma tribu. A cause de la guerre. Il fallait que les Anges s'intéressent à toi tu comprends ? Il ne fallait pas que je te vois, il fallait que je t'ignore. Je ne voulais pas Elly, j'ai été obligé.

- Je comprend rien, calme toi, explique moi moins vite.

Il reprit sa respiration.

- Les Anges ont décidé de se rallier entre eux pour nous attaquer en nombre supérieur. Il était évident que nous allions perdre, et mourir. Il ne nous restait que la fuite, mais on ne pouvait pas. Ici, c'est notre vie, et les Anges nous auraient pourchassés jusqu'à l'autre bout du continent s'il le fallait. Alors il fallait qu'on soit prêts. Préparer des armes efficaces, des plans d'attaques plausibles, s'entraîner. Pour tout ça, il faut du temps. Tu me suis ?

- Oui, à peu près.

- Et bien tu représentes le temps.

- Là je te perds.

- Les Anges veulent se mettre les Usuelles dans la poche. Ils ont déjà Zhou, mais toi, tu es nouvelle, donc beaucoup plus intéressante. Tu as un pouvoir à développer, ça les rendraient beaucoup plus puissants. Bref, comme tu es assez têtue et obstinée, nous savions qu'il leur serait difficile de t'avoir. Et dompter la difficulté prend du temps.

- Oh, j'ai saisi. Je suis la difficulté, je représente le temps. Et vous vous êtes tous servis de moi.

- Nous n'avions pas le choix Elly.

- Non, évidemment.

- Ne sois pas si dure.

Je ne relevai pas, saisis ma veste marron et mon bonnet vert et ouvrai violemment la porte. Je devais m'en aller, sinon la colère allait me pousser à l'aimer encore plus. Et j'allai être tentée de l'embrasser, ce qui serait soldé par un nouveau refus, sans aucun doute.

- Attends, je te raccompagne. Tu ne vas pas rentrer à pieds.

- Figure toi que j'ai innové un nouveau moyen de locomotion durant ton absence.

Là ! J'allai lui montrer que j'étais capable de voler, de me débrouiller seule. Elly la petite humaine était plus que ça. Je me plantais devant lui et me concentrai. Malheureusement, son visage diabolique monopolisait toute mes pensées, et je ne parvenais pas à accorder de l'attention à mon vol. Je me retournai alors, de façon à être dos à lui. Je sentais la brise qui chatouillait ma peau. La sensation de légèreté revint, et mes membres ne firent plus qu'un avec l'élément. Ironiquement, je me sentais aquatique. Je rouvrais les yeux que j'avais fermés pour me concentrer, et je constatai que j'étais encore à terre. Non ! Pourquoi ? Je réessayai une seconde fois, puis une troisième. Enfin, je me tournai vers Alec.

- Tu pourras me trouver lunatique, mais je te répondrai que tu l'es autant : Ramène moi.

Il rit doucement et m'ouvrit la portière de la Nissan, gentleman. Je grommelai seule de ma honte, et maudissais mes pouvoir de n'en faire qu'à leur tête.


__________


Et voilà le Treizième chapitre. C'est le plus long, mais tant pis.Je pars en Espagne mercredi avec mon collège (Youpiii), donc le chapitre Quatorze sera plus long à arriver. D'ailleurs il n'est toujours pas terminé, je n'ai fait que 3 pages Word (énorme part de flegme de ma part) En gros, dans deux semaine arrivera le chapitre 14. C'était ou je vous faisais patienter une semaine de plus pour le Treize, ou une semaine de plus pour le Quatorze. Bon, Bonne lecture et pleins d'avis constructifs !

Amicalement (M)

# Posté le vendredi 17 avril 2009 09:14

Modifié le samedi 09 mai 2009 05:26

Chapitre Quatorze _ "Elle me fixa dans la prunelle des yeux quelques secondes, et un effroi de la froideur de la glace traversa de son esprit au mien"

Chapitre Quatorze   _   "Elle me fixa dans la prunelle des yeux quelques secondes, et un effroi de la froideur de la glace traversa de son esprit au mien"
Ma tête penche à droite, ma tête penche à gauche. Je traverse. Machinalement, je regarde une seconde fois lorsque mes pieds ont foulés la première bande blanche. Machinalement, je ne touche pas le goudron gris et sautille sur les pâles rectangles. Un klaxon. Je me retourne. Je pourrais citer aujourd'hui pour décrire cet instant, un de ces films américains, où des effets sont ajoutés pour donner plus d'intensité à la scène. Lorsque j'ai aperçu cette camionnette, parée de milles et uns graffitis, fonçant à toute allure vers moi, le même effet que je trouvais auparavant stupide a eu lieu. Les roues qui brûlaient presque le sol par la vitesse de l'engin ralentirent, et le cri d'une femme s'étouffa en un long grognement sans fin. Je voulu lever mon bras, instinct de survie que j'avais sûrement du adopter lors de ma quasi vie humaine, mais je le sentis lourd, comme s'il était attiré par le sol, par le vide. Mon corps bascula en avant, le cri de la femme redevint aigu et strident, le crissement d'un pneu s'accompagna d'un mouvement du pare brise qui me soutenait.

- Il ne sert à rien de freiner : vous m'avez déjà percuté, murmurai-je douloureusement au conducteur qui se trouvait à présent à quelques centimètres de mon visage, qui avait lui même traversé le pare brise.

Je gémis en tentant d'ouvrir plus amplement mes paupières. Le conducteur, qui était en fait une conductrice, respirait très fort et agitait ses mains autour de moi, comme si elle hésitait à me toucher. Une masse importante de personnes vint s'agglutiner autour du lieu de l'accident. La mort aurait pu avoir lieu, ma mort aurait pu frapper à cause d'une simple fourgonnette. Pourtant elle n'avait pas daigné se présenter à moi aujourd'hui, alors je m'endormais, paisible, car je savais que j'allai me réveiller.

* * *


- ... faute de Phoebus. Je ne crois pas aux coïncidences.

- Penny, arrêtes. Tu le sais tout autant que moi, ne te cache pas derrière ce que tu voudrais qu'il se passe.

- J'étais juste distraite, ce n'est pas comme si elle s'était jeté sur le capot !

Je gardai les yeux fermés. Un « bip » résonnait par intermittences régulières, et la texture sur laquelle j'étais allongée était dure et froide. Silencieusement, je secouai mon poignet. Une perfusion y était placée, elle me confirmait donc que j'étais dans un lit d'hôpital. Je gardai encore les paupières clauses et écoutai la discussion de mes deux visiteurs.

- Evidemment qu'elle n'a pas pu sauter sous tes roues, Phoebus n'aurait jamais prit un tel risque.

- Mais Phoebus n'y est pour rien bon sang ! C'était un ac-ci-dent. This was an accident. Fue un accidente. Et
désolé, je ne maîtrise pas le bulgare !

- Pourquoi t'obstines-tu à nier ?

- Il est inutile qu'on parle, je vais te frapper si tu continus à débiter des fabulations sur Phoebus et sa soit disant emprise sur nous. Nous sommes maîtres de nos actes Tyler enfin !

- Tu continues pourtant à argumenter.

Il n'y eu pas de réponse, juste un long soupir de la part de la fille. Tyler était donc là, avec Penny. Qui était Penny ? Je ne pus m'empêcher de trouver ce prénom ridicule.

Il était temps pour moi de me réveiller.


- Tyler ? demandai-je en tentant une expression surprise

Ma voix sortit dans un grondement rauque et gras. Vive les joies du sommeil. La fille avec qui Tyler débattait quelques secondes plus tôt se tenait adossée au mur situé à ma droite. Des boucles rousses tournoyaient gracieusement sur sa poitrine. Une robe verte lui arrivait aux genoux et redessinait sa taille de guêpe comme l'aurait fait un peintre. Son visage était simple et joyeux, malgré la moue qu'elle arborait à ce moment là. J'enviai jalousement ses tâches de rousseurs et sa beauté naturelle. Ayant suivit silencieusement la conversation, je déduis sans grande difficultés qu'elle était un Ange.

- Elly ! Ca me fait rudement plaisir que tu sois en vie, s'exclama Tyler en m'enlaçant.

- Je t'aurais mis à la porte si c'avait été le contraire, lançai-je hasardeuse, tentant de trouver un point de départ.

Il s'éloigna un peu, tout en me miroitant avec attention. J'étais très gênée de le voir ici après notre dernière altercation. D'autant plus que j'étais clouée sur mon lit, incapable de m'enfuir, et sans doute dans un état affreux.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Oh, excuse-moi, j'ai oublié de te présenter Pénélope, c'est ma petite-amie. C'est elle qui t'as renversé, je suis venu à l'hôpital avec elle lorsqu'elle m'a dit ton nom. Nous sommes ensemble.

- Bonjour Pénélope, tout le plaisir est pour moi, raillai-je.

Il y eut un silence gênant, et je m'en voulu d'avoir touché le point sensible de le leur discussion passée. Elle avait failli me tuer, oui, et alors ? Cela m'arrivait bien souvent, et je n'étais pas à une fois près. De plus, j'avais dépassé le stade de l'étonnement, c'était devenu si banal que je n'y prêtais presque plus attention.

- Ne vous bilez pas, renchéris-je après quelques instants de malaise, je ne vous en veut pas le moins du monde.

Je ne sais pas pourquoi je prenais autant de plaisir à me faire passer pour une mauvaise fille. C'était idiot, mais je jouais souvent à ce jeu avec les gens. J'aimais me montrer telle qu'ils ne voulaient pas que je me montre. Peut être pour voir leur réaction, ou pas. Employer le verbe « biler » ne m'était pas courant, pourtant je sentais qu'avec lui, et ce jour là précisément, j'allais m'amuser.

- Oui, continuai-je, se biler ne résume à rien lorsqu'on voit que je suis toujours vivante. Ces accidents peuvent arriver à tout le monde.

- Si tu le dis, grogna Tyler.

Pénélope m'adressa un grand sourire et vint s'asseoir près de moi.

- Je m'en veux beaucoup tu sais, ta mère est dans un état pas possible.
Sa voix était mûre et posée. Je remarquai sur sa robe des bouts de tissus rajoutés. Du jean s'avoisinait avec de la soie, et du tissu avec du coton. Il était très probable que ce soit elle qui les ait cousus. Cette robe était magnifique, et cette fille avait l'âme d'une artiste.

- Ma mère est là ? m'inquiétai-je

- Elle est allée chercher un café. La pauvre a attendu toute la nuit ici, c'est la seule fois qu'elle s'absente et tu te réveille.

- En effet, acquiesça Tyler, Penny, vas la prévenir.

Je grimaçai. Penny était le surnom le plus laid que je n'avais jamais entendu. Prononcer une syllabe de plus était donc si fatiguant ? Quelques minutes plus tard, ma mère était arrivée. Elle me déclara combien elle s'en voulait de ne pas avoir été là plus tôt. Je lui ai répliqué que personne n'aurait pu prévoir que j'allais me faire renverser par un mini bus ce jour là. Finalement, j'ai décrété avoir besoin de me reposer. Le médecin est venu le soir, dans ma chambre blanchâtre, il m'a annoncé que ma jambe droite était en très mauvais état, et qu'il allait falloir que je suive un cours de rééducation deux fois par semaine.

- Pendant combien de temps ?

- Dans deux mois nous ferons une radio, et si le bilan est bon, ce sera terminé. Sinon nous prolongerons
d'un mois ou plus, si nécessaire.

- Génial, grommelai-je.

- Plutôt pas génial comme perspective hein ?

Je levai les yeux vers l'homme qui m'avait parlé on ne peut plus sérieusement pendant une demi heure. Je sursautai. Alix se tenait devant moi, succédant au médecin naturellement.

- Alix ? Mais...

Je jetai un ½il autour de moi, cherchant le premier homme.

- Il n'est pas là.

Je posai à nouveau le regard sur Alix. Le médecin était revenu, Alix avait disparu. Un étrange vertige s'empara de moi, et je calai violemment ma nuque sur le coussin blanc.

- Monsieur, si vous pouviez me laisser seule, je vous en prie.

- Cela ne va pas être possible, j'en suis désolé, je vais d'abord devoir vous poser un plâtre.

- Sortez, murmurai-je.

- Enfin, mademoiselle, sachez que ce n'est pas moi qui ...

- Sortez !

L'homme m'observa perplexe un long moment. Puis son visage s'aggrava, il était comme vexé ou en colère, je m'en fichais. Décrypter l'expression des personnes de mon entourage m'ennuyait, ce jeu ne m'amusait plus.

- Bien, finit-il enfin par dire.

Il fourra ses mains dans les poches de sa blouse et tourna les talons vers la porte 307, le numéro de ma chambre. J'attendis de ne plus entendre les pas s'éloigner. Enfin, je glissai mes jambes en dehors du lit. J'appuyai, inconsciente, mon bras sur la table où était entreposé l'énorme cardiogramme. Une douleur atroce me lança au poignet et je m'écroulai au sol, roulée en boule. Je plaquai mon bras contre mon ventre et le recouvrais de mes doigts tremblants. Je gémis, crispée sur moi même.

- Alix, soufflai-je.

Je n'obtins pas de réponse.


TROIS JOURS PLUS TARD

Mes jambes balayant le vide, j'observai le cours du ruisseau paisible. Le ponton n'était pas confortable et je m'essayais à toutes les positions possibles et imaginables. Je tentai de m'allonger sur le ventre, transversale au pont, mes cheveux jouant avec l'eau. Je caressai du doigt la surface liquide. Elle était glacée, mon doigt avait viré au bleu. Je le retirai promptement et le portai à ma bouche, la couche glacée qui s'était installée s'en irait alors. Je jetai un ½il dégoûté à mon autre bras, recouvert d'un plâtre immonde.

- Elly !

Ma mère avançait vers moi, un tissu à la main. Ses cheveux ternes lui attribuaient un air taciturne qui s'opposait gracieusement avec son caractère. Je n'avais jamais apprécié sa frange, qui était perpétuellement en bataille. C'était en la regardant que je comprenais ma délicatesse et mon habilité. Elle manquait tous les jours de se faire écraser par un bus, elle aussi. Nous étions des miracles de la nature, rien que d'être encore en vie. J'avais toujours considéré ma mère comme mon enfant. Je me devais de la protéger, et encore plus depuis que nous étions sur l'île. Une guerre allait bientôt éclater, et je ne pouvais pas imaginer ne serait-ce qu'un instant la mêler à cet océan de sang. J'étais anxieuse, anxieuse pour Béa, anxieuse pour Alix, anxieuse pour les plus faibles. Mais aussi anxieuse pour moi. Je me maudissais d'ailleurs d'être aussi égoïste, je ne devrais pas être si protectrice envers moi même, car la mort ne me faisait pas peur. Je savais qu'elle serait paisible, et sans aucun doute mille fois plus douce et sucrée que la vie. Mais ce n'était pas d'elle que j'étais effrayée, je ne pouvais pas concevoir de ne pas être à la hauteur. Car si notre plan échouait et que la guerre avait lieu, ce serait entièrement de ma faute. J'aurais donné de faux espoir à Alix, lui qui haïssait tant la violence. J'aurais donné de faux espoirs à Jude, qui enfin avait montré une sensibilité que personne n'aurait osé soupçonner. J'aurais donné de faux espoir à Robin, et à Alec.

- Regarde, j'ai trouvé cette robe dans un vieux carton, j'ai pris du poids, et je ne rentre plus dedans. Toi par contre elle devrait t'aller comme un gant.

Je jetai un ½il désintéressé sur l'habit. Il était blanc.

- Je pèse deux kilos de plus que toi, elle ne m'ira pas non plus.

- Tu as une taille de guêpe, ce sont tes os qui sont lourds. Essaye-la !

Je fis la moue. Depuis déjà cinq mois je ne portai plus de blanc, mon plâtre était un supplice, il n'était pas question que j'enfile cette robe. Évidemment, Alec avait compris ce changement, et me suppliait de ne pas changer mes habitudes vestimentaires à cause de lui, et que le blanc m'allait à merveille. Je ne lui avais pas accordé sa requête, car même si je l'avais voulu, je ne l'aurais pas pu. C'était psychique, comme une phobie. Un mur invisible me séparait de cette couleur, et dès que je tentai de m'en approcher, une vague haineuse me prenait. Elle reflétait mon amour pour le mal et mon aversion pour le bien.
A mon silence, ma mère soupira. Elle passa une main dans ses cheveux ébène et me prit les mains, posant la robe à ses côtés. Elle s'accroupit.

- Chérie, je ne te comprends plus.

Je grimaçai. Depuis longtemps je redoutai ce jour où ma mère comprendrait quelque chose. Pourtant c'était pour son bien, alors qu'elle feigne ne pas se rendre compte de mes absences répétées « en forêt ». Je n'avais jamais eu l'âme d'une marcheuse, et dans toute randonnée, je ralentissais le mouvement.

- Je ne comprends pas, mentis-je

Elle me lança un regard tendre, comme pour m'inciter à lui parler. Pourquoi le fantastique devait il exclure ma mère ? Pourquoi devais-je sans cesse lui cacher la vérité ? C'était les règles. Idiotes, ces règles.

- Tu pars tout les matins à l'aube. Tes messages ne m'indiquent jamais où tu es.

- Dans la forêt, je te l'ai dit, tentai-je d'expliquer.

- La forêt recouvre plus de quatre-vingt pour cent de l'île. Tu n'as que quinze ans, je n'aime pas te savoir seule dans les bois. Si tu te faisais enlever, je ne m'en remettrai jamais Elly.

Je souris faiblement.

- Je ne rencontre jamais personne. Comment veux tu que je me fasse enlever ? Par un hibou ?

- Les hiboux sont peut être des terroristes important, qui sait.

- Paranoïaque.

Nous rîmes ensemble d'un rire gêné. Un rire que l'on ne peut au final ignorer, car il signifie que le problème n'est pas résolu, que quelque chose viendra encore perturber le lien entre ces deux personnes. Ce rire signifie qu'il est temps d'arrêter, et de régler la gêne. Béa se mordit la lèvre inférieure et plaqua son regard sur le sol. J'entourai mes genoux de mes bras et les frottai nerveusement.

- Tu ne portes que des couleurs sombres.

Je remarquai qu'effectivement, j'étais vêtue d'un haut pourpre et d'un bermuda violet foncé. Mes cheveux détachés cachaient mon visage et je m'étais maquillée de khôl et de mascara noir ébène. J'étais sombre, et n'importe qui me croiserait sans me connaitre me fuirait facilement. Enfin, c'est ce que j'attendais de ce revêtement, que les gens ne m'aiment pas, qu'ils m'évitent. Je voulais être mauvaise. Cependant la nature m'avait donné un caractère fort mais doux, et j'étais plus pure qu'un agneau, en admettant qu'un agneau soit pur.

- Je ... ne peux pas... maman, déclarai-je d'une voix tremblante

- Tu ne peux pas quoi ?

Elle posa tendrement sa main sur mon épaule et me caressa doucement.

- Je ne peux pas t'expliquer. C'est... impossible, c'est ...

- Interdit ? tenta-t-elle

- Oui, en quelque sorte, avouai-je.

Elle eut l'air horrifié par ce que je venais de lui dévoiler. Sa main tomba durement sur le bois du pont. Et, la bouche entrouverte, et la laissa glisser jusqu'à son genoux. Béa mit beaucoup de temps pour reprendre ses esprits, et je n'avais pas compris qu'elle s'imaginait tout autre chose que la vérité.

- Chérie, quelqu'un te fait du mal ? finit-elle par demander

Ses yeux reflétaient une terreur nouvelle. La réponse l'effrayait plus qu'autre chose et des larmes commençaient lentement à rouler sur ses joues.

- Non ! m'exclamai-je, Pas du tout ! Ce n'est pas ça, pas du tout. Personne ne me fait du mal ni me harcèle maman.

Elle n'avait pas l'apparence d'une personne convaincue et continuait à se triturer les doigts violemment.

- Je te le jure, renchéris-je, Et arrête de te scalper les doigts avec tes ongles, je t'en conjure.

Elle sourit, soulagée, et leva les yeux au ciel. Sans doute pour remercier Dieu ou je ne sais quel autre saint de m'avoir épargné. Cependant, elle reprit un air grave, et ses yeux bruns en devinrent presque effrayants.

- Alors pourquoi ?

Je baissai la tête et fixai l'eau qui coulait paisiblement dans la rivière. Les plantes d'eau douces dansaient en rythme avec l'écoulement peut important de liquide.

- C'est au-delà de tout ce que toi, et tous les autres pourriez vous imaginer. Tu ne pourras jamais savoir de quoi il s'agit, mais je resterai toujours la même avec toi, je te le promets.
Béa eut l'air interloqué et partit dans des réflexions interminables sur ce que je venais de lui dire.
- Tu es quelqu'un d'autre ? C'est ça ?

Agacée, je me levai. Elle ne devait pas comprendre et je venais de la mettre sur la voie. Le faire était une erreur monumentale, et poursuivre dans ma lancée était, de plus, impardonnable. Je lançai un dernier regard désolé à Béa et tournai les talons vers la forêt, ma forêt. Je ne me retournai pas, mais il ne me l'était pas nécessaire pour savoir ma mère sanglotant, toujours agenouillée sur le pont. Je secouai mes cheveux épais d'un geste machinal. Leur reflet se faisait sombre et mystérieux à la faible lueur que laissait transparaître les arbres immenses. Dans cette modique lumière, je pouvais déplorablement apercevoir les feuilles grisonnant étrangement et la mousse habituelle qui grimpait aux troncs épais s'affaiblir jusqu'à se craqueler. L'absence de Zhou était pesante, et malgré son caractère de cochon, j'avais besoin d'elle. C'était ma garce à moi, et toutes ses bêtises dues à sa jalousie incontrôlable ou à son obstination me faisait sourire, car elle s'en voulait toujours, et tentait de réparer ses erreurs par la suite. Elle était partie pou quelques semaines à Madagascar, et n'avait pas voulu m'en dévoiler les raisons. Je l'avais taquiné en lui suggérant de ne pas trop faire de zèle et de rester normale, sans faire de coups tordus aux humains, pour son plaisir personnel (et c'était un de ses jeux favoris). Mes béquilles m'empêcher d'adopter une allure moyenne, mais j'accélérais d'avantage, pour repousser mes limites. Etre déficiente allait pour un humain, mais pour une Usuelle, il n'en était pas question. Je me concentrai donc sur le ciel, ou sur le peu de lumière que laissaient transparaitre le feuillage de la forêt.
Je volais, à présent

J'arrivai discrètement sur un toit, encore haletante de ma course, à l'entrée de la ville. Je descendis difficilement du bâtiment qui n'était autre qu'un centre commercial, tentant de ne pas me faire remarquer par des éventuels curieux. Au bout de quelques courtes minutes, j'arrivais dans le c½ur de St Paul. Mes béquilles me ralentissaient considérablement, mais je m'efforçais d'être comme tous les passants, et avançais à un rythme quasi normal. J'empruntai, contrairement à mes habitudes, la rue piétonne qui menait directement au centre ville. Je n'avais jamais beaucoup apprécié toute cette foule qui s'entassait dans des magasins aux présentoirs envahis par des vêtements semblables les uns aux autres. La mode régnait dans cette partie de la ville, et je ne me sentais pas à ma place. L'attitude de la vague ne m'atteignait pas, je portais les vêtements qui se trouvaient dans mon armoire, et que ça plaise aux autres ou non ne m'importait pas. Je marchai sur les dalles usées par le temps, et tentai de deviner leur histoire. Des talons claquaient sur elles à mesure que des femmes aux allures chics ou débraillées avançaient. Des hommes aux mocassins de cuir avançaient élégamment dans les ruelles, un costume assorti à leur montre qu'ils enfilaient tous les matins pour se prouver qu'ils ont une belle vie. « Impressionnant, j'aimerai être riche et important comme cet homme » doivent se dire les passants. « Impressionnant », je me le disais aussi. Impressionnant, la futilité et le superficiel de société. Je passai devant un petit magasin de souvenirs. En effet, l'île est riche majoritairement grâce au tourisme. Des ballons de plage, et des frondes s'incrustaient sur un petit carré de pavés. Un groupe d'allemand entra à l'intérieur, saisissant bibelot sur bibelot. La caisse était bondée et je pouvais percevoir le bruit agaçant de la caisse enregistreuse.

Je continuai mon chemin après quelques soupirs consternés. Je tournai à droite, en chemin vers la cité universitaire. Dans la vitre tintée d'une voiture, j'aperçus le reflet d'une jeune fille, d'une quinzaine d'années peut être. Ses yeux verts luisaient d'un regard vitreux et terne. Des cheveux bouclés lui descendaient sur les épaules, des boucles ondulants jusqu'à sa poitrine. Ces derniers accentuaient les traits fins de son visage expressif. Cette fille m'observait en silence, guettant le moindre de mes gestes. Je la croisai plus tard dans d'autres vitres et voiture. A chaque pare brise elle m'observait, sa moue triste et énigmatique m'interpellant toujours. Je tentai de la fuir, en vain. Car personne ne peut se fuir soit même.
Le lycée était organisé par plusieurs bâtiments. Le premier étant l'accueil, les bureaux du proviseur et des gérants, ainsi que la salle des professeurs et la comptabilité. Il y avait également le compartiment des sciences et des mathématiques, qui était situé à l'opposé du grand campus. Le compartiment des langues de la philosophie et des arts ne faisaient qu'un. Il avait été jugé inutile de les séparer, étant donné que les options prises par les élèves regroupaient ces matières. Enfin, le gymnase, qui était situé derrière le compartiment de l'histoire, de la géographie et des cours de sociologie et de politique. L'immensité du campus ne me frappa pas néanmoins. Les petits villages reclus dans les montagnes ou dans d'autres contrées éloignées avaient besoin d'un lieu pour instruire leurs enfants, et il s'agissait du seul lycée de St Paul. J'entrai timidement, poussant la lourde grille de fer d'un vert bouteille saillant. Je m'emparai d'un des plans du campus entreposés à l'entrée et me dirigeai vers l'accueil. Une femme d'une cinquantaine d'années était assise derrière un bureau, inscrivant au marqueur noir les numéros des classes sur des feuilles de carton épais. Mon arrivée ne freina pas son occupation au mouvement de poignet régulier. Elle leva rapidement la tête dans ma direction et m'adressa un sourire crispé en m'indiquant d'un signe de menton de m'asseoir sur une des nombreuses chaises alignées contre le mur. Des rides étaient marquées sur son visage et sur ses mains, mais elle ne paraissait pas âgée. Elle était coiffée d'une coupe garçonne qui lui attribuait un air un de vieille fille. Lorsqu'elle eut fini son affiche, elle poussa un tas de copies sur le coin de son bureau et me lança un regard neutre.

- Tu viens pour les inscriptions ?

- Oui.

- Viens, je vais te faire remplir un formulaire.

Je changeai alors de support et m'assis sur la chaise placée à l'autre extrémité de la table. Elle me tendit un mince paquet de copies et je les feuilletai distraitement.

- Tu peux le remplir chez toi et nous l'envoyer. Dans la semaine ce serait idéal.

- D'accord, ce sera fait.

- Tu es nouvelle si je ne m'abuse, c'est ta première année dans ce lycée ?

- C'est ma première année au lycée, en fait, avouai-je

- Dieu que tu es grande ! s'exclama-t-elle, J'aurais pourtant juré que tu étais en terminale ou en première.

Je grimaçai, je n'avais jamais aimé que l'on me vieillisse.

- Oui, marmonnai-je, on me le dit souvent.

- Que t'est-il arrivé à la jambe ?

Alors quoi ? Je faisais plus grande que mon âge, ça faisait de moi un personnage de foire, et me rendait donc intéressante ? Cette femme qui ne m'avait adressé la parole que pour me faire remplir un formulaire voudrait me faire croire qu'elle s'intéressait à ma vie ?

- Elle s'est faite renversée, répondit une voix derrière moi.

Je me retournai. Pénélope était adossée contre le mur et nous observait un sourire malicieux aux lèvres. Que faisait-elle là ? Elle était au lycée ? Pourquoi n'y avais-je pas songé plus tôt ? Nous sommes tous plus ou moins jeune dans le monde du fantastique, et il n'y avait qu'un lycée à St Paul. Il était évident que j'allais retrouver des miens. Je ne croiserai probablement pas d'Agressifs, eux étudiants à domicile. Cependant les Anges aimaient se mêler de près à la vie humaine, Tyler devait lui aussi être à cet établissement. Pénélope était vêtue d'un jean cigarette et de chaussures ouvertes à lacet en cuir. Sa chemisette verte dévoilait des formes fragiles et enfantines. Son visage souriant contrastait avec ses yeux éteins. De légères cernes aux nuances violacées les rendaient expressifs.

- Oh, Pénélope.

- Bonjour Elly.

La secrétaire fut surprise de constater que je connaissais déjà Pénélope. Elle prit une position décontractée et s'appuya sur la table en nous regardant.

- Je vois que vous vous connaissez. Tu es rapide Elly !

Je me retournai vers la femme. Elle s'adressait à moi comme nous étions amies. Je ne relevai pas. Ces personnes là m'agaçaient. Elles ne supportaient pas de vieillir et essayaient de s'intégrer à la décennie des suivants. J'embrassai Pénélope sur les deux joues.

- C'est drôle que nous soyons dans le même lycée, tentai-je pour démarrer la conversation.

- Il n'y a qu'un campus dans la région, à moins que tu ne veuilles être analphabète, il était probable que nous nous retrouvions ensemble, plaisanta-t-elle.

Nous rîmes sincèrement.

- Je viens renouveler mon inscription, enchaîna-t-elle, je rentre en terminale. Et toi ?

- Juste en seconde.

- Tu vas voir le lycée est super, me rassura-t-elle

- Et les garçons très mignons, rajouta la secrétaire, Une jolie fille comme toi ne devrait pas avoir de problème à en trouver un.

Je feins un sourire crispé, et me retournai en direction de Pénélope. Elle demanda rapidement le bulletin à la femme et nous sortîmes dehors.

- J'ai toujours détesté cette conne, me souffla-t-elle lorsque nous fûmes seules.

- Oh.

Elle balaya les environs des yeux et me lança un regard inquisiteur.

- Tu viens ?

- Où ça ?

- Au terrain de tennis, jamais personne n'y met les pieds.

- D'accord, de toute façon je n'ai rien d'autre à faire, fis-je en haussant les épaules.

- Et si tu avais eus quelque chose à faire, tu ne serais pas venue ?

- Si ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, m'embrouillai-je

- Oui je sais.

Elle rit. Son nez se plissa et les tâches de rousseur qu'elle portait à merveille rayonnèrent. Je la suivis jusqu'à une des salles reliées au gymnase. Nous entrâmes dans un vaste hangar traversé en son milieu par un filet de tennis. Nous montâmes dans les gradins et elle sortit de sa poche du papier cigarette. De l'autre poche, elle saisit un paquet d'où elle prit une sorte d'herbe, avant de l'enrouler à l'intérieur du papier cigarette. Elle alluma le tout à l'aide d'un briquet et observa le produit quelques secondes d'un ½il lassé, puis elle le porta à sa bouche et inhala. Ses joues se creusèrent considérablement et je l'observais, stupidement admirative. Elle parut se souvenir de ma présence et recracha un nuage de fumée avec un telle élégance que j'en fus troublée. Elle se tourna vers moi, et me tendit le joint.

- T'en veux ?

Je regardai le pétard longuement, comme s'il n'existait pas. Je ne tenais pas à essayer, j'allais me ridiculiser en le fumant maladroitement.

- Non, merci. Je ne fume pas.

- Ça va venir, fit elle en inhalant une seconde fois la chose toxique.

- Tes yeux... C'est pour ça qu'ils sont...

- ...Mauves ? Oui. Ce truc me détruit tous les jours, petit à petit. Je ... je ne crois pas que nos pouvoirs ont une quelconque incidence sur la nocivité de cette ... chose. Nos poumons sont formés idem à ceux d'un humain.

Je la regardai toujours aussi fasciné, et ne répondis pas. Elle attendit un long moment avant de poursuivre, miroitant avec attention les mailles du filet de tennis.

- Nous sommes aussi fragiles qu'eux, juste plus exposés à la mort.

- Nous sommes aussi fragiles qu'eux, juste plus exposés à la mort.

Je réfléchis un instant à ce qu'elle venait de dire, et constatais que c'était vrai. Lorsque je tombe, j'ai mal, et j'ai un bleu. L'humain est pareil, mais lui n'est pas confronté à la guerre perpétuellement. Peut être sommes nous comme eux, finalement, dans une situation différente, comme tout à chacun. Seulement, les soldats n'ont pas de pouvoirs magiques, nous si.

- Ton silence est étrange.

- En quoi l'est-il ?

- Tu parles en te taisant.

- Je vois ce que tu veux dire, mais ne vois aucun sous entendu dans mon silence.

- Que représente-t-il alors ?

Je méditai quelques secondes à sa question.

- Je réfléchis.

- A quoi réfléchis-tu ?

- A ta façon de voir la vie.

- Et comment est-ce que je vois la vie ?

- D'une façon finalement banale mais réaliste.

- Ah, fit-elle simplement en inspirant la fumée enivrante

A ce moment là, j'eus la sensation d'un grand vide, immense. Les gradins étaient encore plus figés qu'ils n'étaient immobiles habituellement. L'air ne faisait aucun bruit, et je n'entendais pas le sifflement semblable à un battement frénétique dans mon oreille. La fumée que recrachait Pénélope stagnait, aquatique, brumant ses yeux vert d'un voile trouble.

- Pénélope ?

Elle ferma les yeux un bref instant et observa le sol avec attention, de la même manière qu'avec le filet de tennis.

- Appelle moi Penny, je t'en prie, m'implora-t-elle en me regardant d'un air éc½uré, Je déteste tous ces mythes grecques. Les humains sont obnubilés par ces soit disant personnages fantastiques. Je n'ai jamais connus mes parents, comme nous tous ... avant que tu n'arrives... mais ils avaient un goût incroyablement mauvais pour le choix des prénoms. C'est ... malheureusement la seule chose que je sais d'eux.

J'étais touchée par ce que venait de me dévoiler ma nouvelle amie, et, malgré mon aversion pour ce surnom stupide, j'allais m'y contraindre pour ne pas remuer de douloureux souvenirs.

- Penny, donc, déclarai-je.

- Voilà, c'est ça.

- Je voulais savoir... Quand as tu su que tu étais ... un Ange ?

Elle ricana et se concentra de nouveau sur le sol, avant de me lancer un tendre regard.

- Tu es maladroite et amusante Elly, on ne te l'a jamais dit ?

- Maladroite, souvent.

- Pas amusante ?

- Non, pas vraiment. Je suis plutôt cynique, à ce que disent les gens.

Ses yeux se firent tristes, et elle pinça sa lèvre inférieure.

- J'avais oublié que tu avais vécu dans le monde des humains plus de quatorze ans. Tu as beaucoup de chance tu sais ?

- En fait, j'aurais préféré entrer dans votre monde plus tôt, avouai-je

- L'ignorance et la naïveté ont pourtant énormément de bons côtés. Et tu as gardé pour toi la naïveté de l'humain.

- Ma mère y est pour beaucoup je crois, plaisantai-je

Nous rîmes d'un rire sincère et Pénélope écrasa son joint sur le sol.

- Donc, tu ne m'as toujours pas répondu, repris-je

- Ah oui, quand est-ce que j'ai su que j'étais un Ange ? Tout le monde n'est pas comme toi Elly, débuta-t-elle d'un air grave, dès ma naissance, j'ai été recueilli dans un orphelinat, le même où était Tyler. C'est là que nous nous sommes rencontrés. Phoebus l'a voulu, et ça s'est passé ainsi, évidemment.

- Vous n'aimez pas non plus Phoebus, n'est-ce pas ? demandai-je

Elle écarquilla ses yeux aux délicieuses cernes violettes et me fixa comme si j'étais la messie.

- Comment ça « non plus » ?

- Heu... Les Agressifs le détestent également. Pourquoi ?

- Mais... Je croyais qu'ils l'adulaient, le vénéraient. Je croyais que c'était un Dieu pour eux, le Dieu du mal !

- Chacun de vos clans ont été baignés dans la haine l'un de l'autre, par la faute de Phoebus. Évidemment, vous avez fabulés des choses qui n'avaient pas lieu d'être et sans fondement par simple désir d'avoir une raison de détester votre ennemi. Vous cherchiez pourquoi, pourquoi vous les haïssiez tant. Etant jeunes, il était normal que votre inconscient travaille.

- Elly... tu es si... perspicace. Tu viens juste de découvrir le monde parallèle, et tu gères tout ça si bien. Je dois t'avouer que je suis jalouse de toi.

Autant de compliments par cette personne que j'admirais me faisait amplement plaisir. Mais je ne voulais pas paraître prétentieuse, je niais donc.

- J'ai juste un peu plus de recul. Tu verrais la même chose si tu étais arrivée plus tard.

- J'aurais aimé avoir ta vie, tu sais.

- Elle n'a pourtant rien de palpitant, j'étais détesté des trois quarts des élèves dans mon ancien collège. Et
le quart restant m'ignorait littéralement.

- Tu verras, au lycée tu auras l'occasion de tout recommencer, et puis, comme disait l'autre conne de secrétaire, et elle avait raison, tu auras pas mal de garçons à tes pieds.

- Ah.

- C'est tout ce que ça te fait ?

- En fait je ne cherche pas.

- Je vois, tu es déjà prise, me taquina-t-elle en me faisant un clin d'½il.

- C'est ... compliqué.

- Oh, je vois. Tu ne veux pas en parler.

- Pas vraiment, merci d'avoir compris.

Nous restâmes silencieuse une dizaine de minutes, Penny se roulant un second joint, et moi dessinant des formes abstraites sur mon plâtre avec un stylo trouvé sous le gradin sur lequel j'étais assise. Puis elle se leva.

- Je dois m'en aller. Tyler m'a demandé de le rejoindre à quinze heures chez nous.

Je regardai l'heure sur la grosse horloge de la salle. Elle affichait quatorze heure quarante deux. Le temps avait filé sous mes doigts. Nous étions arrivées plus de deux heures plus tôt.

- Comment est-ce possible ? ! Nous ne sommes pas restées là si longtemps !

- Oh, fit-elle d'un ton nonchalant, j'ai un peu accéléré le temps.

- Je suis complètement stupide, j'avais oublié que tu avais un pouvoir. Le temps alors... ça doit être intéressant à manier..

Elle me sourit et saisit son sac à bandoulière.

- Bon, je dois filer. Salut !

- Salut, soufflai-je.

POINT DE VUE D'ALEC

Jude tournoyait telle une toupie dans le salon, regardant régulièrement la fenêtre. Elle avait parfaitement coiffée ses cheveux blonds d'un chignon, pensant que ça soulignerait son côté Angélique. Je ricanai intérieurement de la naïveté de mes colocataires, l'apparence ne veut rien dire, et nous étions les premiers à le savoir. Tous leurs artifices et fanfreluches n'y changeront rien.

- Mais qu'est-ce qu'elle fiche ? ! s'exaspéra Jude en levant les bras aux ciel.

- Sois bonne et indulgente, raillai-je, elle a sûrement une bonne raison d'être en retard.

Elle plaqua une main sur sa bouche. Elle venait de faillir pour la première fois de la journée à son nouveau choix de vie. Ce n'était qu'une simple critique, mais Jude s'en voulait.

- La voilà ! s'exclama Alix qui épiait le parc par delà la fenêtre, immobile depuis une heure.

Jude se rua aux côté d'Alix et sautilla sur place, nerveuse pour la nouvelle leçon, dont Elly était le professeur. Malgré les cours qu'elle donnait à mon clan, la relation entre ces deux filles ne s'était aucunement améliorée, mais elles tentaient difficilement de se supporter.

- Arrête de t'agiter comme ça, ce n'est pas comme si c'était la première fois.

- Si tu savais la leçon d'aujourd'hui, tu serais aussi anxieux que moi.

- Quelle est la leçon ? demandai-je intrigué par la peur qu'elle aspirait à Jude.

Elle me fixa dans la prunelle des yeux quelques secondes, et un effroi de la froideur de la glace traversa de son esprit au mien.

- Jude ! hurla Robin, La fenêtre !

Jude retira promptement ses mains de la vitre. En effet, sa nervosité était telle qu'elle avait fait fondre le carreau droit. Je ris aux éclats en voyant la tête de mon amie horrifiée.

- Tais toi ou je te brûle également, idiot !

- A ton aise ma chère Jude, la titillai-je, Maintenant, si tu ne contrôle pas ton pouvoir, ce n'est pas mon problème.

- Je contrôle parfaitement mon pouvoir, contrairement à toi. Tu ne l'as pas, d'ailleurs, utilisé depuis des lustres... Pourquoi ?

Je lui lançai un regard furieux.

- Mon pouvoir est mauvais Jude ! Tout ce que j'ai de surnaturel par rapport aux humains consiste à faire du mal aux autres. Tu trouves ça gratifiant ?

- Non, murmura-t-elle en miroitant le sol, Je suis désolée, je ne voulais pas...

- Tu l'as pourtant fait, la coupai-je.

Robin n'intervint pas à notre échange houleux. Il était habitué à nos altercations violentes et désagréables. Paisible, il continuait une esquisse sur laquelle il travaillait depuis des jours. La première fois que je l'avais vu, j'avais été surpris de l'abstrait de son ½uvre. Il s'agissait de cinq cercles alignés, allant du plus grand au plus petit. Le plus grand emboîtait le second et formait une sorte de lune. Tous étaient traversés par une ligne, et certains des cercles avaient un noyau. Je lui avais demandé la signification de son dessin, intrigué. Robin m'avait expliqué qu'il représentait l'univers, tel qu'il se l'imaginait, tel que l'espèce humaine ne pourrait jamais croire. Il m'avait donné le nom de ces planètes, ils avaient une consonance latine et italienne. La plus petite planète représentait la terre. Je l'avais complimenté pour son imagination et n'y avait plus réellement porté attention. Alix se précipita dans le couloir. Nous le vîmes ouvrir la gigantesque porte d'entrée de ses petites mains dodues pour finalement faire apparaître une magnifique petite créature brune aux boucles sauvages. Mon c½ur palpita plus vite que d'habitude, comme à chaque fois que je l'apercevais. Elle entra timidement après avoir accordé un large sourire à Alix, qu'elle appréciait tout particulièrement. Ses béquilles claquèrent sur le parquet, elle se débarrassa de sa légère blouse pourpre. Elle portait un chemisier noir qui lui ceinturait sa taille frêle à merveille. Malheureusement, la couleur me déplut. Le blanc lui allait si bien, et elle s'en privait pour nous. C'était idiot, mais j'avais beau eu lui répéter, elle n'en avait rien fait. Du hall, elle nous salua.

- Bonjour, fit-elle simplement, ses joues se marbrant d'un rose pâle adorable, Excusez moi de mon retard, j'ai été retenue plus longtemps que prévu.

- On avait remarqué, pesta Jude

Elly fronça les sourcils et fixa sévèrement l'Agressive.

- Arrête de me parler comme ça, tu ne connais même pas la raison pour laquelle je suis en retard, tu n'as aucun droit de me juger !

Jude se pinça la lèvre, constatant déplorablement qu'elle avait tort. Pourtant ces deux là avaient le même caractère : « même si j'ai tort, j'ai raison ». Elle poursuivit donc.

- Alors je te demande quelles sont ces raisons. Tu nous as bien appris qu'il est naturel de demander un justificatif à tout retard.

- Oui, dans un collège ou un lycée !

- Tu nous instruis, ça reviens au même.

- On ne demande pas un justificatif à un professeur.

- Et bien là, on va faire exception ! hurla presque l'Agressive

Robin, Alix et moi avions suivit la dispute en remuant la tête à chaque fois qu'une des deux filles argumentait. Je n'avais pas osé intervenir, par peur de me faire griffer ou mordre par ces deux lionnes. Et il n'était pas question que j'utilise mon pouvoir pour me défendre, puisque mon pouvoir consister à attaquer. Finalement, ce fut Robin qui réagit le premier.

- Jude, calme toi ! On s'en fiche de la raison pour laquelle elle est en retard !

- Oh toi, le vieux sage, tu la ferme !

Robin se paralysa et je soupirai en le regardant, compatissant. Nous restâmes alors à les regarder se crêper le chignon.

- Alors, ça vient ? ! s'impatienta Jude

- Et en quel honneur je te servirais la réponse sur un plateau, accompagné d'un muffin peut être ?

- Oui oui, n'oublis pas le muffin.

A notre étonnement à tous, y comprit elle même, Elly grogna. D'un grognement animal, canin et féroce. Elle fit la moue en faisant un léger pas en arrière.

- Désolé sac à puce, on a oublié de t'acheter des croquettes, railla Jude lorsqu'elle fût remise de sa surprise.

Le grognement reprit, plus long et plus fort.

- Mais... ce n'est pas moi qui fait ça, balbutia-t-elle, désemparée.

Une vitre se brisa derrière moi et un homme dont je ne pus pas reconnaître l'identité se jeta sur Robin. Je saisis Alix sous mon bras et courais rapidement en direction de Jude. Je lui tendit l'enfant et plaquais brutalement Elly contre le mur. Malencontreusement, son bras buta dessus. Elle gémit doucement et rouvrit les yeux péniblement. Je la regardais une dernière fois et l'embrassais dans les cheveux. Je la libérai de mon emprise et me retournai, face à une dizaine d'Anges, prêts à déverser du sang.


__________

1.


Voilà voilà :) Alors, bon, tout le blabla habituel : Comment avez vous trouvé ce Quatorzième chapitre ? A-t-il été à la hauteur de cette attente de deux semaines ? De toute manière j'en ai pas d'autres alors vous devrez vous contenter de celui ci :p. Je veux pleins de commentaires constructifs. les questions sont les bienvenues. En tout cas j'ai passé un temps fou sur ce chapitre, donc j'espère qu'il plaira.

2.


Bon bref, la petite demande d'avis dont personne n'e a rien à faire est terminée, maintenant passons aux choses sérieuses. L'aparté de ce chapitre va être spéciale comme vous pouvez le constater. Je connais déjà la fin de l'histoire, et du second tome également, mais je dois vous avouer que je suis un peu à sec pour les événements qui se passent entre le milieu et la fin ^^. So = Je vais vous demander de me donner un peu d'inspiration pour les chapitres suivants. C'est à dire :

Vos livres préférés (svp pas de Martine à la plage ou de Molly Moon et le livre magique de l'hypnose [je l'ai lu Mouahaha], Elly a passé l'âge)
-
Vos chansons/chanteurs/compositeurs préférées (svp pas de Lady Gaga, Helmut Fritz ou autres bouses, je verrais plus du rock ou du classique pour Elly)
-
Vos films préférés (je crois que vous avez compris le principe, pas de Titanic, Oui-Oui, ou Sex and the city).


Ensuite, si vous voudriez de nouveaux personnages ou si vous voudriez creuser déjà sur ceux là. (il y aura quand même des gens au lycée, je vais pas la laisser toute seule dans son coin non plus, mais ces persos seront secondaires).

Évènements qui pourraient se passer dans les chapitres suivants. Genre son père débarque sur l'île en quête de reprendre sa fille (non ça n'arrivera pas), des trucs dans le genre.

Voilà, en gros, je cherche des événement secondaires, à côté du Fantastique.
(Ne vous occupez pas de l'amour, je gère ça :p)


Dernière chose, et à titre exceptionnel, je vais vous demander 100 commentaires pour la suite. Vous savez que j'ai du retard dans ma fiction à cause de mon voyage en Espagne, et le temps que vous mettiez 100 commentaire, j'aurais sûrement réussi à rattraper mon retard.

Ps: Pour ceux qui m'ont demandé comment s'est passé mon séjour : Fort bien ma foi, a part cette ***** de famille d'accueil.

# Posté le vendredi 08 mai 2009 05:22

Modifié le samedi 30 mai 2009 13:38

Chapitre Quinze _ "J'aurai aimé qu'elle me lance un regard désolé, mais j'eus droit à une immense férocité et un étonnement sans égal."

Chapitre Quinze   _   "J’aurai aimé qu’elle me lance un regard désolé, mais j’eus droit à une immense férocité et un étonnement sans égal."
Du sang avait coulé, nous l'avions tous deviné lorsque les créatures Angéliques avaient brisées la fenêtre. Nos vies avaient radicalement changées à partir de cet instant précis, et je crois que tout le monde l'avait compris, sauf moi.

Est-ce mon reflet que j'aperçois dans cette bribe de miroir ? Est-ce bien moi ? Ce visage aux allures sanglantes et douteuses m'appartient donc ? Je n'aurais pu le dire car mon état comateux rendait mes pensées incohérentes et mes paroles insensées. Mon plâtre n'était plus qu'une bien mince couche blanche, et l'on pouvait apercevoir ma peau pâle à certains endroits plus endommagés que d'autres.


CINQ HEURES PLUS TOT

Je serrai les dents en fixant Jude qui me provoquait. Un grognement. Je reculai brusquement, ne m'étant pas attendue à une telle réaction de l'Agressive. Étrangement, ils me regardaient tous. Je fronçai les sourcils, crédule face à la situation. Un second grognement provint, et ils me fixèrent d'avantage. J'avais enfin compris qu'ils se méprenaient. Leur méprise était d'autant plus effrayante que ce n'était ni moi, ni Jude qui avait poussé ce cri étrange, mais quelqu'un d'autre, quelqu'un d'autre qui n'avait pas daigné prévenir de sa présence.

- Mais... ce n'est pas moi qui fait ça, balbutiai-je, désemparée.

Mes yeux emplis de terreur plongèrent dans ceux d'Alec. Derrière la vitre, j'aperçus une ombre, suivie d'une autre, et d'encore une autre. Je n'eus pas la force ni le courage de crier, et la vitre se fendit en deux, pour finir par se briser en mille éclats de verre. L'homme qui avait pénétré dans la pièce était rapide, et je crois que personne n'a pu distinguer son visage, ni même sa corpulence. Il se jeta d'un bond souple et précis sur Robin, qui s'écroula à terre dans un bruit sourd. Dans le même instant, Alec saisit Alix sous son bras et l'éjecta dans les bras de Jude qui ne perdit pas une seconde pour courir dans le corridor sombre qui menait au hall. Je sentis deux bras m'emprisonner entre le mur et le torse d'un homme. Alec m'observait tendrement, comme si c'était la dernière fois qu'il pouvait le faire. Mon bras cogna brutalement contre l'obstacle. Ma respiration était saccadée et je ne parvenais pas à retrouver un rythme normal. J'aperçus Robin qui se battait avec l'Ange, qui n'était autre que Tyler. Je ne fus pas surprise, juste déçue. Des lèvres douces découvrirent lentement mes cheveux et je frissonnai. Était-ce une manière de me dire adieu ? Alors je voulais plus. Mais il se retourna et me laissa recroquevillée derrière son dos massif. Devant lui, une dizaine d'Ange. J'en reconnus certains. Tyler et Pénélope étaient de la partie. Ma respiration se bloqua lorsque j'entrevis, derrière un des ennemis robuste et aux muscles saillants, un Ange qui n'en était pas un. Zhou m'avait vu, et je crois bien que c'était la seule à en avoir été capable. J'aurai aimé qu'elle me lance un regard désolé, mais j'eus droit à une immense férocité et un étonnement sans égal. Ses cheveux étaient attachés, ses yeux plissés et son menton retroussé, je ne la reconnus pas dans cet esprit malveillant.

- Arrêtez, ordonna-t-elle en levant une main pour que les autres l'aperçoivent sous la masse imposante derrière laquelle elle s'était placée.

Une femme d'une quarantaine d'années, et qui donnait l'impression de dominer les autres, se retourna vers Zhou.

- Qu'y a-t-il, fille animale ?

Je fus surprise du nom qu'elle venait de lui donner. Elle ne devait pas encore être intégrée totalement dans le monde angélique et devait probablement devoir faire ses preuves lors de cette bataille.

- L'autre Usuelle est avec eux, annonça-t-elle d'un ton sec.

Les yeux de la femme papillonnèrent dans la salle, tentant de me trouver. Alec était immobile et se grandissait tant qu'il pouvait. J'aurais aimé pouvoir lui dire que c'était inutile, ils savaient que j'étais là, ils allaient me trouver. Pourquoi me voudraient-ils du mal ? Finalement, elle dû apercevoir une de mes jambes tremblantes, dépassant de ma cahette. Elle sourit et s'adressa à Alec.

- Alec, pousses toi.

Il ne réagit pas et serra les poings.

- Oh après tout, c'est pour elle qu'on fait ça. Si je t'attaque et qu'elle est derrière toi, je risque de l'atteindre. Mais fais comme bon te semble, moi je me fiche de la petite.

Dans un soupir imperceptible, il s'écarta de moi, toujours en soutenant le regard face aux Anges. Je pouvais à présent mieux voir la scène violente qui opposait Tyler et Robin. La nuque de Tyler était en sang, pour sa part, Robin n'était pas encore blessé mais il me semblait qu'il avait été touché à l'épaule. L'homme robuste qui cachait les trois quarts du corps de Zhou s'approcha de moi et me prit par le bras.

- Vous m'emmenez où ?! couinai-je

Il ne releva pas, me prenant sans doute pour une gamine futile qui n'aurait jamais dû rentrer dans le second monde.

- Lâchez-moi ! Je resterai ici. Vous voulez m'éloigner pour que je ne nuise pas à vos plans et pour que tout soit plus facile ?! Je ne les laisserai pas mourir ainsi ! Vous n'êtes que des lâches, vous vous sentez forts parce que vous êtes supérieurs en nombre, mais si vous étiez à force égale, ils vous battraient, et d'un seul trait ! Vous seriez déjà tous morts et...

- Tais-toi, s'exaspéra l'homme, qui arborait la trentaine.

Nous entrions dans le couloir qui menait au hall.

- Attends Cédric, fit la femme dominante, la petite a du caractère, laisse la, qu'elle rejoigne son idylle. Et qu'elle vienne se battre aux côtés des Agressifs si elle est si courageuse.

Je rougis au mot "idylle", mais lorsque Cédric me lâcha, j'avais déjà d'autres plans, et je m'enfuis en courant, seule vers le hall. Seule vers la sortie. Je pus entendre un « merde » et un « rusée la petite » avant de m'enfermer dans le néant du silence. En apparence, je fuyais, laissant mon nouveau clan à la merci du bien, ou soit disant. En réalité, je l'aidais, plus qu'il ne pouvait le croire. J'espérai juste qu'Alec comprendrait, et qu'il ne croirait pas que je le laissais mourir. Qu'il me voie en égoïste fusillait mon amour propre.
En priant pour qu'ils n'essaient pas de me rattraper, je continuai de courir. J'atteins enfin la porte d'entrée et l'ouvrai à grande volée. "Courageuse" avaient-ils dit ? Non, je tremblai d'une peur incontrôlable, mes mains ne m'étaient plus d'aucune utilité. Mon c½ur s'était arrêté, enfin, je le croyais. Une fois dehors, je me calai contre la porte pour réfléchir à ma stratégie quelques fractions de secondes. Tout s'affichait clairement dans ma tête, tout se dessinait, et j'étais sûre – ou presque – de moi, ne m'accordant pas pourtant une totale confiance. Retenant ma respiration, je contournai le bâtiment gothique. A chaque tournant, à chaque angle du mur, j'hésitai à continuer, de peur que quelqu'un m'attende derrière. Enfin, je pouvais voir le premier point de mon plan. La véranda. La spacieuse salle de verre était calme et silencieuse. Les plantes qui l'envahissaient harmonieusement semblaient paisibles, comme si elles dormaient. Je les contemplai un instant, m'imprégnant du sang froid qui régnait en ce lieu. Je repris mes esprits et me mis en quête d'une pierre ou d'un autre objet assez puissant pour briser une vitre. L'herbe taillée au millimètre ne me facilita nullement la tâche. Aucune imperfection dans cet immense parc. Je jurai en silence et tapai du pied. Il fallait que je sois rapide, ou tout serait perdu. Je décidai alors de m'utiliser, moi même. N'étais-je pas une Usuelle ? Je devais me servir de mes pouvoirs pour des fins utiles. C'était le cas. Je me rappelai alors des pots cassés dont je m'étais servie pour me défendre de Robin. Cette pensée me fit sourire, j'avais vraiment eu peur d'un ours en peluche. J'en cherchai rapidement un des yeux. Ils n'avaient pas changé de place, la recherche fut donc brève. Avec plus de facilité que les premières fois où je m'entraînais, seule dans ma chambre, je me concentrai alors sur un des pots aux allures vieillies. Mes yeux se fixèrent sur lui, jusqu'à ce que je sente le fil s'installer entre nous. Lorsqu'il eut finit de se tisser, je levai mon regard vers le ciel, sèche et rapide. Le pot suivit mon mouvement et vint briser le plafond de verre.

POINT DE VUE D'ALEC

Leurs regards froids et immobiles ne pouvaient manquer d'impressionner. Je l'étais d'ailleurs, mais je ne le montrais pas, car l'avoir fait aurait été une marque de faiblesse de ma part. Elly était partie, et malgré tous les efforts de réflexion que j'avais pu faire, je n'étais pas parvenu à comprendre la raison. Cette fille demeurera éternellement incalculable, elle me torturait. Où était-elle ? Est-ce que Cédric, qui l'avait discrètement suivi, l'avait déjà rattrapé ? Et si c'était le cas, quel sort lui était réservé ? Mes membres glacés se contractèrent.

- Bien, intervint Mona, triomphale, nous pouvons débuter, elle s'adressa à Tyler, Laisse le, qu'il aille rejoindre son ami.

La femme qui arborait la quarantaine trépignait d'excitation. Enfin, elle nous tenait. Robin et moi nous étions déjà battus contre elle bien longtemps auparavant, sept ans plus tôt. Mona était alors bien plus belle, mais mes souvenirs n'étaient que très flous, n'ayant que neuf ans lors de la bataille. Je l'avais aisément paralysé et Robin s'était chargé de la menacer afin qu'elle ne vienne plus sur nos terres. Je n'ai jamais réellement saisi la raison pour laquelle nous ne l'avions pas achevé. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il y en avait une.
Mona frappa frénétiquement dans ses mains, comme une enfant enjouée dans un cirque.

- Mon passage préféré arrive enfin ! jubila-t-elle, Que diriez vous d'une discussion autour d'une tasse de thé les garçons ?

- Faîtes comme chez vous, railla Robin

Une nouvelle Ange dont je ne connaissais pas le nom fit apparaître trois tasses de porcelaine qui se trouvaient quelques secondes plus tôt dans un meuble de la cuisine. Je les observai voltiger jusqu'à moi. Ma gorge me brûlait et j'avais très soif, pourtant je ne fis que miroiter le récipient, sceptique.

- Ne sois pas si méfiant Alec, tu risquerais de m'offenser, me lança Mona, Et puis sérieusement, si je voulais t'empoisonner, crois tu que je sauterais l'épisode des suppliques et des cris de douleurs ?

- Non bien sûr, tu es une grande sadique.

Comme pour confirmer mes propos, je bu d'un trait la totalité du liquide. Robin se rangea à mes côtés. Je remarquai qu'il avait terrassé son adversaire haut la main. Seul son bras était tremblant. Il me lança un regard confiant. Lors de nos précédentes réunions concernant la guerre, il avait assuré que Mona menait son groupe, mais qu'elle ne se battait jamais. C'était donc sur elle qu'il fallait attaquer. Mais le terme était inapproprié, nous n'étions en aucun cas en position de supériorité.

- Il me semble que vous avez été prévenus de notre arrivée, poursuivit la femme.

- Oui, et Tyler nous a informé que notre espion a été tué. Je suis désolé de te retirer le plaisir de nous apprendre la nouvelle.

Tyler s'approcha à grands pas de Robin et l'attrapa par les épaules. L'Ange le dominait d'une tête, Robin et moi faisions la même taille. Violemment il le pressa, déployant ses muscles imposants.

- Maintenant tu vas arrêter de te montrer insolent, ou je te brise la nuque, siffla-t-il.

La mâchoire de mon allié tressaillit. Tyler détourna son regard au bout de quelques instants, puis se retira, sans cesser de le fixer. N'ayant pas prit compte des menaces de Tyler, je poursuivis sur la lancée de Robin.

- Zhou, quel déshonneur de t'avoir dans mon château, tu es pire qu'un Ange. Et puis l'odeur animale est insupportable, tu devrais songer à te laver avant de voir d'autres êtres.

- Si tu crois que ça me fait plaisir de te voir, tu te trompes lourdement.

- Alors c'est officiel ? Tu n'es plus neutre ?

- Et vous le saviez depuis bien longtemps.

- La surprise n'a pas perdu son intensité.

- Taisez vous, rugit presque Mona, tu as terminé ton thé, maintenant, faîtes face à mes nouvelles recrues.

Elle balaya de la main ses nouveaux acolytes. Nous apprîmes que la fille aux mains de fée se nommait Edwige.

- Kamel, il nous vient juste de Swaziland, ainsi que Nelly sa s½ur. Vous avez ici ...

- ...Alicia qui maîtrise le ciel et les nuages, poursuivis-je, Nelson, adepte des croyances, et Ludovic, votre cadet, qui n'a pas de pouvoir particulier, mais qui vous renseigne sur tous les mythes et modes de vie humains.

Mona resta perplexe un moment. Robin feint de ne pas être surprit pour que notre jeu ne soit pas dévoilé aux Anges, mais il me jeta un regard en coin qui voulait tout dire.

- Comment le sais-tu ? demanda Tyler

- Je le sais, c'est tout.

Mona hocha imperceptiblement le menton et Edwige, Kamel et Alicia sortirent par la vitre brisée. Où allaient-ils ? J'espérai pour Elly qu'elle soit partie loin, ainsi que Jude et Alix, car le trio qui venait d'émerger dans le parc étaient rendus en machine, ou presque, par Mona. Un grattement au bruit doux et berçant que personne n'avait encore remarqué se rapprochait. Je ne déclarai pas cette remarque.

- Où vont ils ?

- Tu le sauras bien assez tôt, Robin, à moins que tu ne préfères mourir avant ?

- Non. Je ne compte pas mourir du tout.

- Oui, j'imagine que tu crois que vous allez vous en sortir, et que c'est nous qui allons périr grâce à la stratégie que tu élabore depuis la seconde où tu nous a vu. Je suis désolé de briser tes espoirs, mais je ne quitterai pas Mona, elle n'est jamais seule.

Malgré son indifférence habituelle, la concernée tressaillit à l'idée de mourir, d'être seule. Les Anges avaient des sentiments. Une grande faiblesse dont nous devions profiter. Bang ! Un bruit de métal retentit au dessus de nos têtes, et le grattement régulier s'abolit. Nelson et Ludovic sourirent et s'approchèrent du conduit d'aération qui débouchait un peu plus loin, dans le corridor. Nelson attendit juste en dessous de l'endroit d'où provenait le son, tandis que Nelson se dirigeait dans le jardin. Le grattement reprit, timide et plus lent. Cette fois, les Anges ne purent l'ignorer. Mona nous tourna le dos. Je fus surpris par tant d'imprudence de sa part. Ou pas. Robin ne saisit pas son manège et se prépara à bondir sur elle. Je le retins au dernier moment, avant qu'il ne commette une grave erreur. Mona n'était pas idiote, elle savait qu'elle était vulnérable, pourquoi s'exposerait-elle encore plus au danger ? Une multitude de pièges nous étaient tendus et il fallait différencier une opportunité d'une occasion de se causer la mort. Le mieux était d'attendre, de patienter jusqu'à maîtriser parfaitement la tromperie du bien.

- J'en ai trouvé un, déclara Nelson en revenant vers nous, émergeant du corridor sombre.

Il tenait à la main une fourche aux pointes aiguisées qui m'avait servie la veille et que j'avais oublié de remettre en place. Je maudis mon ivresse constante de pensées et pinçai ma lèvre inférieure. Nelson plaqua un doigt sur sa bouche qui fit sourire Mona. Kamel s'empara de l'arme et longea en pas chassés le conduit tout en réfléchissant à l'endroit propice. Enfin, il s'arrêta en fin de couloir et plissa les yeux, comme pour s'assurer qu'il ne se trompait pas. Là, il descendit vivement la fourche pour la remonter illico et la faire transpercer le métal du conduit. Un cri retentit. Elly.

- Non ! hurlai-je en me précipitant sur Kamel, Lâche ça connard !

D'un simple geste du doigt, mon mouvement fut stoppé. Merde, c'était donc mon homologue Angélique. Un fil rapide et incontrôlable de jurons défilait dans ma tête. Je ne savais pas comment s'était tirée du piège de Kamel l'Usuelle magnifique que j'aimais tant, je ne pouvais même pas la voir, ni même savoir si elle était en vie. J'étais fou, elle m'avait rendu fou d'elle. Je sanglotais, pathétique, paralysé, ma jambe à quelques centimètres du sol, dans une position de mouvement, malgré l'immobilité qui m'assaillait sans que je puisse m'en échapper. Là où les Anges brillaient, je sombrais dans un vide infini et sombre.

- Vas tu donc cesser de te ridiculiser ? railla Tyler, Oh non ! Tu pleures ? J'ai oublié l'appareil photo. Dommage, j'aurais bien donné à l'album le nom de " Estinction des Agressifs, partie 1 ", ou non, j'ai mieux, " Massacre à la fourche ".

- Et " Tyler dans sa plénitude de connerie ", ça le fait non ? le coupa Robin

- Non, fit-il simplement dans un haussement d'épaules.

Le petit grattement reprit, hésitant, ce qui lui valut un second coup de fourche. Cependant, aucun cri cette fois, Elly avait compris. Toujours sans aucun mouvement, je priais pour elle et tentais de me redessiner son visage, pour pouvoir l'aider, à distance. Mon pouvoir violent devait pouvoir servir à autre chose qu'à la souffrance des autres.

POINT DE VUE DE ELLY

Le conduit était à présent constitué de huit trous qui formaient un rectangle parfait. Heu, non, douze à présent. L'homme qui menait cette tâche n'était pas au summum de son intelligence, il effectuait une synchronisation parfaite dans sa dans de la mort. Il me suffisait de compter jusqu'à vingt trois, et il s'essayait à une nouvelle tentative, à environ un mètre d'intervalle avec la dernière rangée. Il me fallait atteindre la grille d'aération, une vingtaine de mètres plus loin, avant que je ne finisse en brochette de poulet mi-cuit. J'avais péniblement entendu Alec pleurer et Tyler l'enfoncer dans son désarroi. ... Six... Cinq... Quatre... Trois... Deux... Un... Je m'arrête et aperçois de nouveau les lames tranchantes de l'outil de jardin. Elles se situaient à quelques centimètres à peine de mon visage, l'homme avait donc compris mon stratagème et décidé de retirer la cadence de ses mouvements. Je sifflais doucement, agacé et surtout atrocement, horriblement, irrévocablement morte de peur. Je percevais, dans le creux de mes oreilles, un chuchotis calme et apaisant. Tiens, ma conscience. Elle arrivais juste au bon moment, en espérant que cette fois au moins, elle m'apporte la bonne solution. " Stupide, stupide, stupide Elly ... J'ai honte d'être ta conscience ! ". Oui et moi j'ai honte d'avoir une conscience pareille ! " Sers toi de tes pouvoirs idiote, une fourche, ce n'est qu'un objet, et tu es une Usuelle bon sang ! Utilise donc ton pouvoir, il est justement destiné à t'être utile ". Qu'elle était pénible avec ses sermons et sa voix traînante ! Je n'étais pas une demeurée, elle pouvait donc s'adresser à moi - et accessoirement à elle - comme à une personne normale. Je devais admettre qu'elle n'avait pas tort, ceci dit. L'idée était même alléchante et à l'évidence, c'était la meilleure. De par les trous que m'avait plaisamment offert l'homme à la fourche, je fixai cette dernière. Les mains de l'assassin était solidement éprises de l'outil, et il me serrait difficile de la lui retirer. Il fallait que je me concentre sur l'élan et la brusquerie. Je réunis alors toute la force magique qui m'habitait en cet instant et la stockait dans une petite partie de mon système oculaire, par delà lesquels j'agissais dans ces man½uvres de vol. Une fois une assez grande force puisée, je l'éjectait sur la fourche et levais vivement les yeux au plafond , puis les stoppai à mi hauteur. Avant que l'assemblée que je dominais ne prenne conscience de ce qui venait de se passer, je balançai mon regard vers le parc, par la fenêtre. Evidemment, la fourche fit de même et je poussai un petit couinement joyeux. C'était une des rares fois où j'avais parfaitement effectué un vol, avec un trajet précis à respecter. Je me ressaisis dans ma gaieté soudaine et fonçai – non sans un bruit atroce de métal piétiné - maladroitement vers la grille d'aération. Le plafond étant trop haut pour l'atteindre, les Anges ne pouvaient que m'injurier, mais je n'y prenais pas garde, trop concentrée sur ma cible. Tout allait se faire très rapidement. Je n'avais que quelques secondes avant que le clan ennemi ne prenne conscience qu'il devait venir m'accueillir lui même à la grille d'aération.

Dix...

Le bruit de mes genoux cognant le métal résonne tel une avancée tonitruante de trois ou quatre troupeaux d'éléphants affamés.

Neuf...

Le chuchotis rapide et cristallin de ma conscience s'apaise jusqu'à s'effacer, enfin.

Huit...

J'entrevois par la grille que j'ai atteint le sourire chaleureux et discret de Robin.

Sept...

Peut être n'est-il pas assez discret pour l'½il affûté des Anges qui monopolisent la tension de la pièce rectangulaire.

Six...

Un cri de guerre retentit, long et crescendo, Mona se rue en hurlant vers moi et Robin. Les veines de son cou vieillies par le temps ressortent et ses lèvres sanglantes se retroussent.

Cinq...

Mes mains tremblantes soulèvent péniblement la grille, je frôle la crise d'épilepsie.

Quatre...

Lentement – relativement en tout cas– je sors de ma poche un bout de verre récolté dans la véranda.

Trois...

Mona m'attrape par le bras et y plante ses longs ongles limés.

Deux...

Mon couteau la devance et pénètre dans son estomac, un cri de douleur, puis plus rien. Son regard est vitreux, l'assemblée a le souffle court.

Un...

Ses doigts, encore dans ma chair, ont un soubresaut, et j'achève le dernier coup dans sa moelle épineuse.


Mon souffle fut court, et prit congé de mon corps un instant. Comment avais-je pus tuer une femme, de sang froid ? Sa main, à présent glacée tenait encore fébrilement la mienne, l'autre me tenait à l'épaule. Peut être allait-elle s'en sortir, peut être était-elle juste blessée, et nous aurions gagné, ils fuiraient, sans aucun mort à supporter dans nos consciences si frêles et finalement naïves. Aussi, probablement que seule moi était naïve, les autres ayant déjà tout compris, et ça depuis le début. Son pouls ralentit, et ses yeux devinrent pâles, jusqu'à être blancs. Son corps effectua une vague lente et souple, pour enfin s'écrouler au sol, sa tête faisant « poc » sur le parquet. Cette onomatopée raisonna dans mon crâne et finit, sadique, dans mes sombres songes. Son dernier souffle fit virevolter la fine couche de poussière présente sur les lattes de bois. Il y avait beaucoup de choses dont les gens ne prenaient pas compte. Pour faute de l'avoir étudié en science, nous savions que le corps de Mona se figeait, rapidement, jusqu'à finir immobilisé pour l'éternité dans sa position de décès. En effet, je sentais ses doigts se refermer, insistants, autour de ma main. Surprise, je la retirai vivement. L'homme à la fourche, qui avait paralysé Alec, oublia de se concentrer plus longtemps sur l'Agressif. Alec se retourna vers moi et essaya de décrypter la situation, qu'il n'avait pas pu suivre, étant orienté du côté opposé. Je n'eus pas le courage de croiser son regard, j'imaginais le sien plein de colère. Pourtant je savais que sa colère ne m'était pas destinée, et c'est pour ça que trois grosses larmes roulaient sur mes joues. Il aurait dû m'en vouloir, il aurait dû ne pas me reconnaître. En effet, j'avais changé du tout au tout. Mes cheveux habituellement sauvagement bouclés étaient attachés, et avaient considérablement perdu de leur volume. Ma peau blême avait littéralement disparue, elle baignait dans le sang. Le mien coulait sur mon visage, entaillé par le verre de la véranda. Les derniers vestiges de Mona également ruisselaient sur ma poitrine et sur mes jambes nues, par cause du bermuda court pour lequel j'avais opté le matin même. Un autre flot de larme vint succéder aux premières. « Ce matin »... J'étais encore prête à m'inscrire à mon lycée, j'avais rencontré Pénélope, m'était fâché avec ma mère, et m'étais rendue chez le mal, pour lui donner des cours. Une journée banale, compte tenu des évènements antérieurs, comment donc avais-je pu l'achever en tuant un Homme ?
Alec lança un regard interrogateur à Robin. Il hocha la tête. Oui, c'était moi qui était la cause de tout ce sang. Tyler, qui avait assisté à la scène dans un silence de mort, tenta de s'approcher doucement, derrière Alec. Peut-être pensait-il l'utiliser comme éventuel otage... Blasée, je soulevai Alec d'un simple regard et le fit voltiger à mes côtés. Nous étions trois contre quatre à présent, et le mentor de l'adversaire était mort au combat. Chacun des clans s'était placé en position de combat.

- Non, murmurai-je, un sanglot étouffant ma voix pour la rendre enfantine.

Il ne me lancèrent aucun regard compassionnel ni tendre. En fait, personne ne me regarda.

- Non, répétai-je, d'un ton plus assuré cette fois.

Lorsque je vis que l'homme à la fourche et son acolyte avaient avancé d'un pas, je pris une inspiration et dégageai mon pieds du corps de Mona. Les yeux fermés, j'avançai au centre de la pièce, entre les deux groupes prêts à s'égorger.

- Zhou... Pourquoi ? couinai-je

- Tu es vraiment stupide Elly, ce n'est pas le moment, grogna-t-elle, les yeux rivés sur Robin, sa première cible.

- Pourquoi ? insistai-je.

Elle soupira, puis secoua la tête.

- J'ai bien essayé de te faire changer d'avis... Mais tu es entêtée, et à cause de l'autre, là, elle désigna Alec du menton, on ne pourra pas être amies.

- Dis plutôt que tu t'es servie de moi pour me soutirer des informations, sifflai-je

Elle changea de comportement, au même moment où j'eus prononcé cette phrase.

- Mais oui, voilà, t'as raison ! T'es contente ? ! Maintenant, arrête de briser toutes les règles et retourne dans ton rang, au lieu de te comporter comme une gamine.

Elle s'était servie de moi ? Ou alors voulait-elle juste que je retourne à ma place ? Non. Elle avait raison, j'étais stupide et je lui avais cédé. Peut-être dans l'espoir de trouver une amie, moi qui n'en avais jamais beaucoup eus. Je l'avais perdu elle, j'avais perdu Pénélope, cette amitié si brève m'avait apporté énormément de ressentiments envers les Anges, et je crois que ma motivation était là, maintenant.
Je portai un coup à la mâchoire de Zhou.

- Merci pour tout ce que tu m'as appris, hurlai-je, aux bords de la crise d'hystérie.

Je fis ensuite une révérence sarcastique, et m'en retournai vers mes amis. Evidemment, elle ne resta pas là, à attendre une suite, et se rua sur moi. Je tombai au sol, son poids m'ayant fait basculer. Son poing cogna ma lèvre, qui cogna sur mes dents. Imperturbable, je lui lançai :

- Il faudrait que tu arrêtes de te transformer en éléphant, tu en deviens si grosse que tu ne sais même plus me foutre une droite correctement.

Je sentis deux mains me saisir par la taille et me soulever. Alec réagissait enfin. J'espérai qu'il ne m'en voulait pas. Lorsqu'il m'eut relevé, il me susurra à l'oreille :

- Elly tu es merveilleuse, tu as été très courageuse, je t'en suis reconnaissant. Maintenant, laisse nous t'aider, ne nous porte pas sur tes épaules, tu es trop fragile pour ça. Le plus dur est fait.

- Oui, oui..., répondis-je bêtement.

J'avais l'impression que je n'avais pas entendu sa voix depuis des siècles. Tout s'arrangeait, petit à petit, il avait raison.
Zhou regagna le rang angélique, consciente qu'elle ne pouvait plus rien faire. Pénélope me fixait depuis quelques minutes, et j'évitai soigneusement son regard. Tyler roula ses épaules, tel un fauve, et se redressa sur lui même, censé nous impressionner par sa taille immense. Soudain, et à notre plus grand étonnement à tous, Robin surgit des ténèbres de son silence pour sauter à la gorge de Pénélope. Dans la fraction de seconde qui suivit, Alec fit de même pour Zhou. Quoi ? ! Ils prétendaient me soulager d'un grand poids sur mes épaules et me laissaient Tyler, l'homme à la fourche et son acolyte ? ! J'étais sciée, mais je faisais mon devoir, moi aussi, et me ruait sur Tyler, l'Ange au charme indéniable. Maladroite, je m'agrippai à lui comme l'aurait fait un primate. Ses mains s'emmêlèrent à mes cheveux et les tirèrent mèches par mèches, rapides, m'infligeant une atroce douleur au crâne. Nous nous retrouvâmes dans une pièce vide, blanche, sans fenêtres. Le cube où je l'avais rencontré la première fois. Des armes et des tableaux sordides apparaissaient comme ils disparaissaient. On aurait pu croire à une toile de cinéma, où le film visionné passe une scène en accéléré, où l'effet clignotant est activé pour feindre la rapidité. Mon crâne souffrant à l'extérieur souffrait à présent à l'intérieur. Un affreux mal de tête suite à ces changements inopinés me fit naviguer entre ma rage et mon besoin – que je ne pouvais ignorer – de fuir ailleurs, et de reprendre ma vie simple et banale de sage métropolitaine. Je ne partageai pas ce sentiment avec qui que ce soit. Je ne voyais que Tyler, de toute manière, pour cause de son pouvoir démoniaque. Je ne pouvais pas me laisser intimider par une illusion, à mon tour, je décidai d'utiliser mes dons contre lui. Les objets furtifs tournoyaient à présent autour de sa tête, et il ne pouvait s'empêcher de tournoyer avec eux. Ses doigts qui parcouraient alors mes cheveux se figèrent et ses bras protégèrent instinctivement sa tête des chaises et des vases qui fonçaient droit sur lui. Des éclats de verre brisés sur ses avants bras. Des cris rauques me suppliant d'arrêter. Un couteau se plantant en un sordide craquement d'os dans sa nuque. Une folie meurtrière s'était emparée de moi et Tyler ne pouvait pas se défendre devant la vague de haine qui s'était accumulée en moi pendant ces derniers mois. Elly Montgomery était partie, l'Usuelle avait prit les voiles. Qui étais-je ? Allai-je donc enfin me trouver ? ! Le fin élastique qui retenait mes cheveux éclata, et l'objet de torture qu'avait prit Tyler quelques instants plus tôt se déploya, revigorant la douleur passée. Le couteau planté dans sa nuque avait fait son effet, il vomit. La matière sanguine qu'il avait craché sur mon décolleté se répandit sur mes mains. Il me fixa une dernière fois, son charme ravageur ayant quitté son corps.

- Tu as tout détruit, souffla-t-il, tu as réussis à détrôner Phoebus dans toute sa splendeur... meurtrière.

Il glissa finalement le long de mes hanches, ses mains tentant désespérément de se raccrocher à mes jambes. La pièce blanche s'effaça lorsque je sentis la même bouffée d'air glaciale que celle qu'avait dégagé Mona lors de sa mort. Le salon prit forme, petit à petit, ainsi que Robin et Alec. Je découvrais alors Zhou, à terre, baignant dans son sang. Avec effroi, je vis deux autres corps gisant au sol, celui de l'homme à la fourche et de son acolyte.

- Où est Pénélope, finis-je par dire, rompant le silence mortelle – et c'était le cas de le dire – qui régnait dans la maison.

- Elle a préféré se rendre, déclara gravement Robin, je ne crois pas qu'elle avait réellement l'intention de nous faire du mal, alors nous l'avons laissé partir.

Etrangement, le fait de savoir qu'elle était encore en vie me fit autant plaisir qu'il me fit peur. Comment allai-je devoir me comporter la prochaine fois que je la verrai ? N'était-elle pas avec Tyler ? N'avais-je pas assassiné Tyler ?...
Alec se précipita sur moi et m'enveloppa de ses bras maléfiques. J'entendis Robin sortir de la pièce, il devait avoir besoin de se retrouver seul.

- Ecoute Elly, débuta Alec en se reculant largement de moi, tu empeste le fer à des kilomètres à la ronde.

- Oh, désolé.

- Non, non, tu n'as pas à t'excuser. Tu as été merveilleuse.

- C'est ça que tu appelle « merveilleux » ? ! hurlai-je, Tu ne crois pas que tout ça a été dur pour moi ? ! Je n'ai jamais tué personne et aujourd'hui, je viens de le faire... à deux reprises..

J'éclatai, c'était plus fort que moi. Les larmes jaillirent de mes yeux et un voile opaque se dressa devant moi. Je n'entendais pas les mots réconfortants d'Alec ni ses mains qui essuyaient mes joues noyées sous des torrents de larmes. Je respirai difficilement et bruyamment, comme si j'étouffai. J'essayai de me calmer et de reprendre un rythme de respiration normal. Je fouillai avec les dernières forces qui me restaient dans la poche de mon pantalon. Mes mains tremblaient, je ne la trouvait pas. Est-ce que Phoebus ou autres saints essayaient de me punir. Oui, je devais mourir. Je devais.. je devais... je...

- Je ... ne la... trouve pas, réussis-je à balbutier entre deux inspirations inutiles.

- Tu ne trouves pas quoi ? paniqua Alec, Tu ne trouves pas quoi Elly ? !

- Ven ...to...line...

Je me tenais à présent la gorge. Ma gorge qui se resserrait de plus en plus. Existait-elle encore ? Alec retira ses mains de mes épaules, un peu trop brusquement peut être. Il retira tous les tiroirs du château dans un bruit épouvantable. Je l'entendais hurler, supplier Phoebus de retrouver cette boîte. Finalement, alors que je me tordais de douleur, il revînt. Ce fut presque s'il me planta le tube dans la bouche.

- Avale ! ordonna-t-il

J'inspirai – encore une fois – et avalai l'air réparateur du remède. Il me porta ensuite pour m'allonger sur le canapé. Mes yeux lourds se refermèrent et je m'assoupis.

* * *

Un rayon de soleil vint chatouiller mon nez, et mes yeux papillonnèrent une seconde avant de s'ouvrir enfin. Je m'étirai doucement, profitant de cet instant de plénitude. J'étais allongée sur le canapé du salon de la demeure du mal. Que m'était-il arrivé ? Je m'appuyai sur l'accoudoir du sofa au style roman et tentai de m'asseoir. Quelque chose tirait sur ma peau, et m'obligea à retomber durement sur le divan. Je parcourai des yeux mon corps, pour comprendre. Du sang séché en arborait une grande partie. Je pris conscience de l'odeur nauséabonde et enivrante du fer et portai vivement ma main à ma bouche, pour me rendre compte que mes lèvres empestaient également. J'eus une sorte de « replay » dans ma tête. Toute la journée de la veille défilait à une vitesse déconcertante. A la fin de cette rediffusion, j'étais vidée de tout espoir. Je redécouvrais cette sensation qui m'avait prise le soir même de cette tragédie, lorsque je m'étais aperçue qu'il n'y avait pas de retour en arrière plausible. J'avais tué, point. Avec un grand effort sur moi même, je me repris. Mes jambes tentèrent un mouvement, et mes pieds nus rencontrèrent le sol froid matinal. J'étais assise à présent.

- Oh ! Elly...

Jude venait d'entrer dans la salle. J'étais soulagée de voir quelqu'un, mais surtout très honteuse de la croiser dans cet état. Pourtant je n'avais qu'une question en tête.

- Alix est vivant ?

- Oui... oui, il va bien.

Il y eut un silence gênant. Puis, elle s'approcha de la table basse et prit place sur le second sofa.

- Je suis désolé pour hier. Je t'ai provoqué pour des histoires vraiment futiles alors qu'il y avait bien plus important à s'occuper.

- Oui. Ce n'est pas grave.

- Tu veux peut-être... te laver ? me proposa-t-elle, hésitante.

- Oui, merci.

- La salle de bain est au premier étage, la deuxième porte à gauche.

- Merci. Jude ?

- Oui ?

- Ma mère doit être morte d'inquiétude, je peux utiliser le téléphone ?

- On a déjà appelé ta mère, me rassura-t-elle, on lui a demandé si tu pouvais rester dormir, et là on s'est aperçu que tu ne lui avait pas parlé de nous... Pourquoi ?

- Je n'allais quand même pas lui dire que je traîne avec une bande d'Agressifs dévergondés qui me ramène dans cet état là, plaisantai-je en me désignant, couverte de sang.

Nous rîmes toutes les deux.

- Peut-être que tu aurais juste pu censurer notre vraie nature, ça nous aurait évité de négocier pendant presque une demie heure. Elle voulait entendre ta voix pour s'assurer que nous n'étions pas des pédophiles dangereux.

- Je ne peux pas nier son angoisse constante, admis-je.

Je me levai, et constatai l'énorme tâche de sang que j'avais déversé sur le canapé.

- Oh. Qu'est-ce que je peux faire pour...

- Ce n'est pas un problème, déclara-t-elle d'un ton indifférent.

- Bon... alors, je vais me laver.

Je montai l'escalier quatre à quatre, ne souhaitant croiser personne. Je n'étais jamais monté au premier étage, et je découvrais l'étrange contraste entre le style gothique et mûr du rez-de-chaussée avec l'atmosphère décontractée et moderne de l'étage. Chaque portes était peinte et décorée en fonction de son contenu. Je devinai la chambre d'Alix grâce au coup de peinture maladroit et simpliste. Il s'agissait du dessin typique de la maison à cheminée, placée à droite, avec le soleil en coin. Sur le devant, sa famille était dessinée, c'est à dire Alec, Robin, Jude et lui. Et à la gauche de la porte, il y avait un pommier. Je souris à la simplicité de ce garçon à la nature extraordinaire. Juste après sa chambre, il y avait la salle de bain. Le dessin avait été sagement réfléchit, c'était un classique noir et blanc, qui faisait toujours son effet. Il était dessiné les yeux d'une femme qui pleurait. Les traits étaient fins et soignés. Ses pupilles n'étaient pas symétriques mais c'était ce détail qui donnait encore plus de charme à ce dessin. Dans ses larmes, un homme se lavait. La poésie et la morale de cette ½uvre me touchait au plus profond de la folie meurtrière dont j'avais été victime la veille. Je n'entrai pas directement dans la salle d'eau, trop bouleversée par la beauté de ces dessins. Je continuai donc mon avancée dans le couloir et m'extasiai devant le rouge à lèvre pourpre contrastant avec le blanc du bois de la chambre de Jude, la drôlerie qu'avait eut ce mystérieux peintre de dessiner un maître d'école sur la porte de Robin, et enfin, la porte noire, complètement et totalement noire d'Alec. Je m'arrêtai longtemps devant cette dernière pour saisir le message. Alec se jugeait souvent beaucoup trop durement et était persuadé de n'être pas plus qu'un simple Agressif, suivant le cours de ses pulsions maléfiques.
La porte sombre s'ouvrit si vite que je n'eus pas le temps de tourner la tête. Alec était habillé, matinal, et me dévorait des yeux.

- Je parierais que tu étais monté pour te laver et que tu as jugé plus intéressant d'essayer de comprendre pourquoi tant de noir.

- Si la loterie consistait à imaginer des situations, tu serais millionnaire.

- Si tu t'inscrivais au livres des records en envoyant une photo de toi à cet instant, tu gagnerais probablement.

- Ah oui, c'est vrai. Je dois vraiment être hideuse comme ça, il vaudrait mieux que j'aille me laver.

Je m'apprêtai à tourner les talons, mais Alec me retint.

- Non, moi j'aime beaucoup, si seulement il n'y avait pas l'odeur.

- Ce sont les derniers vestiges de mes ... victimes. Tu ne crois pas que je devrais récupérer leur sang et le mettre dans une urne, comme une sorte d'incinération... sanguine ?

Il explosa de rire, jusqu'à s'en tenir les côtes.

- Elly, je ne sais pas comment tes parents t'ont éduqué pour que ton imagination soit aussi débordante !

- Je ne fais pas vraiment exprès, marmonnai-je.

Il s'arrêta de rire et prit soudain un air on ne peut plus sérieux. Ses yeux s'emplirent de feu et sa main caressa doucement ma tempe. Mon c½ur fit un bond dans ma poitrine, je ne m'attendais pas à ça. Je me retenais de lui demander de m'embrasser, là, maintenant, tout de suite. Mais il le fit de lui même, sans réellement m'embrasser d'ailleurs. Je sentis son souffle chaud brûler ma peau, et ses lèvres frôler à peine les miennes. Je fermai les yeux, il en fit de même. Il passa lentement sa langue sur le côté droit de ma lèvre inférieure. Je gémis, car Zhou m'avait frappé à cet endroit, quelques minutes avant sa mort. Il se retira, soucieux de m'avoir réellement fait mal. Je compris son inquiétude et le rassurai d'un sourire.

- Au moins, là, c'est ton sang.

Je fermai les yeux et enfermai cet instant dans ma mémoire, que je fermai ensuite à double tour. En silence, je le regardai une dernière fois, avec un amour impossible à dissimuler. Puis, d'un pas lent, je me dirigeai vers la salle de bain. Peut-être que l'eau chaude et vivifiante m'aiderait à tout oublier.

Enfin, presque tout.





__________

Ce chapitre n'est sûrement pas ce à quoi vous vous attendiez. Je comprends tout à fait, c'était un peu fait exprès aussi. La première véritable guerre Anges/Agressifs. J'espère que vous avez ressenti quelque chose d'oppressant dans ce nouveau venu. J'ai tenté d'intensifier les moments des meurtres, pour percevoir un semblant d'angoisse pour Elly. Bref.

J'ai pris en compte toutes vos idées, en ai gardé certaines qui étaient vraiment géniales. Elles viendront petit à petit, au fil de l'histoire. Merci aux personnes qui me soutiennent.

Tant pis pour les 100 commentaires, de toute façon ils ne servent plus à rien vu que j'ai réussi à ratrapper mon retard.

PS: Maud, Mag et autres sans blogs. Je vous remercie pour vos encouragements, vos idées et tout le reste. Malheureusement, je ne pouvais pas le faire avant de sortir le nouveau chapitre.

Amicalement (M)

# Posté le jeudi 21 mai 2009 05:44

Modifié le samedi 06 juin 2009 03:45

Chapitre Seize

Chapitre Seize
- Robe rouge ou corset vert avec short ?

- Corset vert. Le premier jour, c'est pas bon de dévoiler tout. Il faut laisser du suspens et garder le mystère... Oui c'est ça, le mystère, c'est le majeure atout pour une femme.

- Maman..., soupirai-je, « Corset vert » me suffisait amplement.

- Oui, mais maintenant je t'ai livré la technique pour que tu puisses choisir seule la prochaine fois. Et puis si quand je parle, ça ne t'intéresse pas, autant que je ne parle plus !

- Mais avoue que c'est beaucoup plus cool de s'habiller à deux.

Béa me contemplait en souriant, satisfaite. Elle me demanda de tournoyer sur moi même. J'optai même pour un mini défilé, en faisant la moue, comme les grands mannequins.

- Oh ! Promets moi que tu ne ramène pas plus de quatre garçons à la maison ce soir, plaisanta-t-elle.

- Maman ! grondai-je, J'ai pris trois kilos ces vacances, je n'ai pas le traits fins, mes cheveux sont une horreur capillaire, mes seins sont plats comme des frisbees et...

- Quoi ? ! Ils sont énormes tu veux dire !

- C'est sûr que, comparé à toi..., marmonnai-je.

Elle fit mine d'être vexée et me tourna le dos.

- Oust ! Dehors, vas donc accueillir tes nouveaux amis à bras ouverts.

- Je n'ai pas encore d'amis au lycée.

- Tu t'en feras bien assez vite ! J'espère qu'il y aura au moins une fille...

- Tais toi bon sang ! Est-ce possible d'avoir une mère sans idées perverses ? ! ajoutai-je en levant les bras au ciel.

Elle me prit dans ses bras et m'embrassa dans l'oreille. Je sifflai, je détestai lorsqu'elle osait approcher mon système auditif.

- Aïe ! grognai-je

- Bon vent, amuse toi bien. Ah oui, et aussi, travaille ! C'est pour ça que tu te rends au lycée je crois.

- Ouais, ouais.

J'enfourchai le vélo usé que j'avais rapporté de Toulouse et fis un dernier signe de main à Béa, qui sautillait sur le perron, excitée comme si c'était elle qui rentrait au lycée. Je n'avais pas l'intention de voler aujourd'hui, je désirai une journée simple, enfin, pour une humaine, le programme aurait pu paraître palpitant. Mais ayant vécu des tournants plus qu'importants dans mon existence toute entière ces derniers mois, une banale rentrée des classes ne m'effrayait pas le moins du monde. J'étais anxieuse pour une toute autre raison. Pour deux autres raisons.

POINT DE VUE D'ALEC

- Grouilles ! s'agaça Robin

- C'est mon premier jour, je tiens à être parfait.

- " Etre parfait " s'accorde avec " être à l'heure ". On va déjà nous détester, on a pas besoin de ça...

- Ah oui, c'est vrai... les professeurs.

Une semaine s'était écoulée depuis le drame. Chacun de nous s'en été remis, jour après jours, prenant un peu plus de recul sur la situation. Elly s'était vite en allée – à mon goût, puisque apparemment mes colocataires m'ont soutenu qu'elle avait plus traîné qu'elle ne le faisait d'habitude – et nous avions tous décidé, d'un commun accord, de continuer les cours le week-end. Nous étions le deux septembre, le jour le plus spécial de l'année pour la catégorie adolescente de l'île au campus Jules Vernes. Je n'avais jamais éprouvé une quelconque importance pour ce jour, n'ayant jamais été à l'école. Jamais, jusqu'à ce qu'Elly débute ses cours de bonté. La leçon quatre – celle que Jude, Robin et Alix auraient dû faire le jour où les Anges nous ont assaillis – consistait à les inscrire dans un lieu d'étude de leur choix. Ils auraient pourtant pus postuler pour des cours de danse moderne, de cuisine, et pourquoi pas dans un centre d'alcooliques anonymes pour apprendre à gérer leur dépendance – quoique personne dans la famille n'en ai jamais eu pour l'alcool – mais Jude et Robin avaient préféré opter pour le lycée. « Autant faire les choses en grands » répétaient-ils à longueur de journée pour se rassurer. J'étais bien évidemment à l'encontre de leur décision, et ne manquais jamais de le leur rappeler par quelques imitations sarcastiques de petits écoliers parfaits. J'étais même aller jusqu'à leur acheter un cartable pour enfant à chacun d'eux, pour pousser la moquerie un peu plus loin. Pourtant, lorsque je faisais le pitre à ce sujet, ils ne manquaient pas de s'adresser un clin d'½il ou un coup de coude. J'en avais compris la raison la veille : ils m'avaient également inscrit. J'avais eu beau hurler, taper, grogner, siffler, j'étais impuissant face à cette nouvelle, car une désinscription exigeait un motif valable. Or je n'en avais pas de valable aux yeux des humains. Je me voyais assez mal aller voir le gestionnaire des inscriptions en lui lançant :

- Salut l'ami ! Vous ne voudriez pas retirer mon formulaire d'inscription de la liste des nouveaux élèves ? J'ai des pouvoirs maléfiques assez durs à contenir, et sauf si vous tenez à ce que des individus se tordent de douleur à longueur de journée, je pense que je vais opter pour les cours à domicile.

Et il me lancerait un grand sourire en retirant le formulaire de la pile de papier. Il le déchirerait en quatre et me le tendrait, pour me montrer l'absence de supercherie. Nous allions donc tous – moi, Robin et Jude - assister à nos premiers cours dans un établissement scolaire. Elly s'était chargée de dégoter une charmant école primaire atypique pour Alix. Il y apprendrait à lire et à compter, avec des enfants normaux de son age. Il jouerait à la marelle ou au catch, selon ses amis. Il pleurerait et rirait au gré du temps. J'enviais jalousement son enfance innocente et naïve.
Elly avait tenu à ce que nous nous inscrivions dans le même campus qu'elle, pour qu'elle puisse nous aider en cas de débordement.

- Vous êtes prêts ? demanda Jude qui dévalait les escaliers quatre à quatre.

Robin et moi restâmes scotchés un instant par sa tenue. Elle portait des talons compensés de huit centimètres, surmonté d'une robe bleu nuit en lycra lui arrivant sous les fesses. Ses cheveux détachés lui retombaient comme à son habitude en cascade sur ses seins à demi dévoilés. Elle était également parée de mille et uns bijoux qui laissaient deviner notre situation aisée. Evidemment, l'argent, nous pouvions le dégoter dans le monde entier, et nos alliés nous livraient tous les semestres d'une coquette somme nous permettant de subsister quelques années au moins.
Jude tournoya sur elle même, la fente de sa jupe dévoilant ses formes parfaites et élancées.

- Alors ? Comment vous me trouvez ?

Il y eut un silence. Je n'avais même pas envie de lui répondre, et ce fut Robin qui s'en chargea.

- Tu es complètement conne, souffla-t-il en soulignant chaque syllabe.

L'agressive l'observa avec de grands yeux ronds, prête à lui mettre une gifle s'il ne s'expliquait pas. Je poursuivis alors.

- Jude, on ne va pas à un défilé de mode ni à une soirée mondaine : juste au lycée. Cette fois tu n'auras pas tes atouts superficiels avec toi, crois moi, les professeurs ne vont pas t'aduler parce que tu peux t'offrir un parfum de luxe comme un croissant au beurre. Et tu veux que je te réponde ? Tu veux vraiment savoir comment je te trouve ? Et bien tu me dégoûte, voilà, c'est tout.

- Bien.

A notre grande surprise, Jude ne releva pas et se retira à l'étage, pour se changer une seconde fois. Robin soupira dans un haussement d'épaules. Je fis un détour par la cuisine avant d'aller démarrer la voiture. J'y trouvai Alix qui s'empiffrait de raisin.

- C'est bon pour la santé, se justifia-t-il la bouche pleine avant que je n'ai pu parler.

- Si c'est bon pour la santé, laisse nous en. On ne voudrait pas être malades ? Tu comprends ?

Evidemment j'exagérai, mais si il le fallait pour pouvoir manger nos cinq fruits et légumes quotidiens, le manipuler ne me dérangeait pas.

- Ah non ! Alix il veut pas que vous tombez malades.

- « Que vous tombiez malades », et puis pourquoi tu parles de toi à la troisième personne ? Il n'y a que les personnes âgée qui font ça !

- Je suis pas une personne âgée ?

- A six ans, non, on ne peut pas dire que tu en es une.

- J'ai six ans et demi, rectifia-t-il.

- Oui, c'est vrai, ça change tout, finis-je par admettre.

Finalement, il gambada jusqu'à la voiture, armée d'une grappe de raisin, en claironnant qu'il était une personne âgée. Je pianotai des doigts sur la table et saisis les clefs de la Nissan au vol. Je passai une ultime fois devant mon reflet, avant de me jeter dans l'arène aux fauves. Un simple t-shirt gris au logo représentant un écureuil se shootant à l'héroïne avait beaucoup plu à Alix, qui croyait qu'il mangeait de la farine. « Trouvez le comique entre l'écureuil et la farine » avait pouffé Robin qui nous avait accompagné à notre opération « nouveau jean ». Bien évidemment, Jude avait absolument tenu à nous aider, ainsi que Elly, et nous n'avions pas trouvé qu'un simple jean. Vive l'euphorie féminine.
Jude descendit à nouveau les marches de l'escalier, en tenue cette fois plus appropriée, et ne nous questionna pas sur son jean droit ni sur son t-shirt – un peu trop - large.

- Moins sexy, mais pas non plus nonne, me souffla Robin à son insu.

Je souris, amusé, et nous entrâmes tous dans la voiture. Jude s'installa à l'arrière et prit un air désintéressé.

- Robin, je t'en supplie, prends le volant, Alec est une vraie catastrophe.

Il ne put s'empêcher d'acquiescer en riant. Lui qui était pourtant d'un naturel calme et posé, l'événement avait dû l'emplir d'une joie manifeste. Bougon, je me renfrognai à prendre la place passager.

- Je peux monter devant ? demanda Alix.

Bien tenté, pensai-je. Alix était très intelligent, il avait perçu ma mauvaise humeur et peut être avait pensé que c'était le bon moment pour faire un requête.

- Non, je suis désolé Alix, mais les personnes âgées ont souvent des nausées à la vue de la route qui défile devant eux.

Il m'amusait de le prendre à son jeu. Jude et Robin se tournèrent vers moi, crédules. Je souris, satisfait de leur incompréhension. Alix, qui n'était pas du genre à renoncer très vite, tapa du pied.

- Je me fiche de vomir !

- Alors tu n'es pas une vraie personne âgée. Tu me déçois beaucoup tu sais ?

Il ne répondit pas et baissa la tête, songeur à mes propos. Nous continuâmes la route et changeâmes de sujet. Robin aborda le sujet épineux de Elly.

- Alors ? Tu en es où avec l'Usuelle ?

- Comment ça « où j'en suis » ? hasardai-je

- Oh ! C'est bon ! lança Jude, Depuis le début il y a un truc entre vous. C'est tellement évident qu'on a pas eut besoin d'en parler pour comprendre !

Mon visage, à cet instant, dû passer d'un teint frais à une allure livide.

- Rien, je l'aime beaucoup, c'est tout.

- C'est tout ? ! s'exclama Jude, Et je m'appelle Elton John.

- Je ne préfère rien ajouter, je crois que mes sentiments ne sont pas réciproques. Et puis mêlez vous de vos histoires espèces de groupies. Noyez vous dans votre néant sentimental !

Robin prit la mouche.

- Si je cherchais, je suis sûr que je trouverais, je serais même débordé. Je tiens trop à ma vie paisible de célibataire.

- C'est vrai ça, raillai-je, je suis persuadé que tu as une âme de séducteur.

- J'ai changé d'avis, intervint Alix avant que Robin ne m'assomme avec le levier de vitesse.

Nous nous retournâmes vers la banquette arrière – et je rappelai à Robin qu'il conduisait – où Alix avait daigné relever la tête.

- A propos de quoi ? fit Jude.

- J'ai changé d'avis : je ne veux plus m'asseoir à l'avant.

J'éclatai d'un rire sincère devant le caractère enfantin d'Alix. Il s'était tu plusieurs minutes avant de me répondre, comme s'il croyait qu'il était seul. J'étais émerveillé devant tant d'inexpérience en matière de vécu.

- Et pour poursuivre dans votre élan, continua-t-il, j'ai vu Alec et Elly s'embrasser la semaine dernière.

Ma gorge me brûle. Il fait chaud ou c'est moi ?

Robin et Jude se retournèrent en me fixant avec de grands yeux. Jude replaça une mèche rebelle derrière son oreille.

- Alors vous êtes ensemble ? ! Alors c'est officiel ? ! Alors tu nous as rien dis ? !

- Alors rien du tout, la coupai-je, ce que j'ai dis tout à l'heure tient toujours : je ne crois pas que ses sentiments soient réciproques..

- Tu rigoles ? ! s'étrangla Robin en appuyant accidentellement sur le klaxon, C'est impossible que tu ne l'ais pas remarqué ! Tu n'as pas remarqué son comportement quand tu es là ? Tu...tu es un imbécile.

- Raison de plus pour qu'elle ne m'aime pas.

- J'arrête cette conversation, je n'aime pas les butés.

- Oui moi aussi, poursuivit Jude, de toute manière, tu feras comme si tu n'avais rien remarqué alors que c'est complètement faux.

- Ouais ! assena Alix alors qu'il n'avait rien suivi du tout.

- Et toi, tu as intérêt à avoir un comportement normal avec tes camarades ! grondai-je à son attention.

Il sombra dans un nouveau silence de réflexion, et le restant du trajet se fit sans autre conversation.

POINT DE VUE D'ELLY

Musique d'ambiance

Si les gens étaient du gâteau, j'aurais pu constater que le lycée était gourmand. Seulement les gens n'étaient pas une gourmandise, et en effet, le lycée n'avait rien de gourmand. Le campus avait considérablement changé en une semaine, à présent, il vivait. Ce n'était plus ce grand bâtiment vide aux fantômes apparents, c'était un lieu de guerre perpétuelle, où certains tentaient d'être les plus brillants, d'autres les plus beaux, d'autres sexy, d'autres originaux, et d'autres encore tentaient de survivre. Je m'étais classée dans cette dernière catégorie, car n'étant jamais été la plus douée dans un quelconque domaine, je parvenais tout de même à être transparente. Mon unique bouclier, mon arme, ma lame tranchante qui éloignait quiconque s'essayait à m'approcher. J'étais invincible, mais inintéressante. Les élèves de mon ancienne école s'étaient vite lassés de cette carapace, ils voulaient du croustillant. Ils en demandaient et en redemandaient, encore, encore. Ma vie n'avait rien de palpitant, hormis mon silence. Il s'était envolé, à l'arrivée de mes pouvoirs. Enfin, de ma conscience vis à vis d'eux. J'espérais ne jamais le retrouver, je voulais combler le vide par le vide.
Une cinquantaine de lycéens s'étaient rassemblés autour des affiches indiquant la liste des classes de seconde. Certains hurlaient de joies, d'autres se voyaient déçus, et étreignaient leur amitié qu'ils savaient d'avance perdue. Ils se verraient le premier mois aux interclasses et mangeraient à la même table à la pause déjeuner. Ensuite ils se côtoieraient de temps en temps, histoire de se rappeler les fous rires passés ensembles. Puis ils se diraient bonjour le matin, s'ils se croisent dans un couloir. Enfin, lassés de se voir pour ne plus rien se dire, pour ne plus rien partager, ils s'éviteraient et finiraient par s'oublier. Il m'était donné une chose, en ce nouveau départ : la déception m'était mise à l'écart jusqu'à l'année suivante.

- Eh, Elly ! m'interpella un ténor derrière moi.

- Oh, Robin. Ca me fait plaisir de te voir, lançai-je en le gratifiant d'un grand sourire, Alors ? Vous avez réussi ? ajoutai-je un peu plus bas.

Jude, qui nous avait rejoint, acquiesça, ses yeux bleu emplis d'une malice joueuse. Je la détaillai de la tête aux pieds quant à sa tenue.

- Ce n'est tout de même pas toi qui t'es habillée ? !

- Quoi ? Tu n'aimes pas ? Ce sont les garçons qui me voulaient en parfaite sainte.

- Non, se justifia Robin, Elle voulait venir à poil, on l'en a juste empêché, après pour le reste, c'est elle qui a choisi.

Je pouffai tandis que Jude lançait des éclairs à Robin. Elle retroussa les babines en dévisageant Robin, en quête d'une terrible vengeance. Les relations entre Agressifs m'amusaient, en contraste total avec la guerre, elles n'étaient constitués que de chamailles anodines. Mes pensées s'accompagnèrent de pensées noires, et des souvenirs douloureux refirent surface. Il fallait que j'oublis, que tout le mal que j'avais fait disparaisse. Inconsciente, dans une sorte de transe, je ne voyais plus, je ne sentais plus, et n'éprouvais plus aucune sensation. Juste un sifflement, un défilé de chuchotements qui me murmurait mes actes et pêchés. Je plaquai mes mains sur mes oreilles.

- Tais toi ! sifflai-je. Laisse moi ! Vas t'en !

Le bourdonnement s'atténua peu à peu, et je ne percevais plus qu'un ronflement doux et régulier. Je le comparai alors à des vagues s'écrasant, paisibles, sur une plage de sable humide. Les accusations, le sifflement, je les interprétais comme une tempête, une tempête qu'il fallait à tout prix éviter. Pourtant j'en étais la victime chaque jours, et à plusieurs reprises depuis ... mes crimes odieux. Mes paupières alourdies par l'émotion et par l'humidité que provoquait mes larmes se soulevèrent. Alors un vent froid assaillit l'intégralité de mes membres. Mon visage immergea des ténèbres dans lesquelles il s'était plongé. Ma poitrine vibrait, plus rapide et irrégulière.
Alec nous avait rejoint, plus humain que jamais dans sa tenue anormalement banale. Jude, en toute innocence, proposa à Robin d'aller voir la liste des élèves. Comme s'ils portaient de l'importance à cette fichue liste ! Robin avait d'ailleurs terminé ses études, du haut de sa vingtaine, il en savait plus que tous les professeurs du lycée réunis. Pourtant, il s'était amusé à une seconde identité, et reprenait sa terminale « Il n'est pas juste que seul moi soit privé d'une vie normale » avait-il déclaré lors du projet que j'avais moi même lancé.
Je ne connaissais pas bien les intentions d'Alec par rapport à un « nous » éventuel. Je ne voulais pas être déçue, et remis la question à plus tard.

- Salut, bredouilla-t-il en se passant une main sur la nuque. Tu es prête ?

- Ce serait plus à moi de te poser la question, vu ton inexpérience en matière de scolarité.

Il rit, sûrement de gêne ou de peur car ma réplique n'avait rien d'hilarant. Embarrassée, je lui rendis un sourire crispé, en tentant une mimique médiocre pour exprimer une joie inexistante. Heureuse ? Je l'aurais sans douté été, et ça rien que par sa présence, si seulement je n'avais pas eus un torrent interminable de question qui bataillait dans ma tête. Devais-je crever l'abcès ?

- Tu as l'air en meilleure forme, en tout cas, remarqua-t-il.

- Merci, toi aussi, bien que tu n'ais jamais montré aucun signe de faiblesse, contrairement à moi...

- Tu veux que je te dise ?

- Est-ce que j'ai le choix ?

- Tu as été beaucoup plus courageuse que je ne l'aurais cru.

- J'aurais vraiment préféré l'être un peu moins, crois moi.

Le sifflement refit surface à mes mots déplacés.

Boum Boum. J'ai mal, mon dieu j'ai mal.


Je m'efforçai de ne pas hurler pour faire taire la douleur. Ma gorge brûlait et mon esprit réclamait, il réclamait beaucoup plus que je ne pouvais lui apporter. Je ne pourrai jamais l'apaiser, il fallait qu'il l'accepte, que je l'accepte.

- Elly, s'enquit-il en posant sa main sur mon épaule, Qu'y a t-il ?

Je frissonnai au contact de sa peau brûlante.

- Tu es brûlante Elly ! s'exclama-t-il en la retirant promptement.

Alors ce n'était pas lui. Je gémis, une plainte dont peut-être je n'aurais jamais dû lui faire part, et rester forte, et ressaisit sa main pour la porter à mon visage. Je ne voulais plus voir, juste sentir ses doigts frôler mon front, mes joues et mes lèvres. Des larmes coulèrent à nouveau sur mes joues et vinrent s'écraser sur ses phalanges. Pourquoi avait-il fallu que je reste de marbre et résiste toute une semaine pour enfin ternir un jour important pour eux ? Je n'avais plus qu'une envie, je voulais disparaître, je voulais ne plus jamais leur affliger quoi que ce soit avec mes douleurs superficielles. Je ne pouvais pas le voir, mais je sentais néanmoins sa surprise et son impuissance face à mes pleurs. Finalement il soupira tendrement et encercla mes épaule tremblantes de ses bras, sa main quittant mon visage pour le laisser s'essorer sur son torse dur. Lorsque je fus assez calme pour enfin réussir à respirer, je passai également mes bras autour de ses épaules. Peu importe s'il m'aimait ou pas, j'avais besoin de me reposer sur quelqu'un, lui voler un instant de sa vie.

- Je suis désolée Alec, désolée d'être trop faible, murmurai-je lentement.

- Ne sois pas désolée Elly.

- Désolée d'être désolée.

- Chut, souffla-t-il en accompagnant son étreinte d'un mouvement pendulaire.

Il me berçait doucement, et je me blottis de plus belle au fond de ses bras. Je cherchai, je tentai de trouver le fond, pour ne serait-ce qu'apercevoir son c½ur.

- Je gâche ta journée, je suis égoïste.

- Tu ne gâches rien du tout, pour tout te dire, je n'avais pas vraiment envie de venir.

Je levai les yeux, pour voir son visage maléfique et envoûtant. Il baissa les yeux lui aussi, et je pus admirer un fin double menton qui le rendait adulte et protecteur.

- Pourquoi es tu venu ? Tu aurais pu t'inventer une excuse, et tu sais mentir mieux que tu respires.

Je regrettai alors mes derniers mots. J'étais la pire des catastrophes ambulantes qu'il pouvait exister. Si seulement mes pouvoirs me permettaient également de faire s'envoler les paroles un peu trop irréfléchies ! Je replaçai nerveusement une mèche derrière mon oreille.

- Je..., hésita Alec. Je crois que je suis venu pour quelqu'un, en particulier.

- Mmm ? l'encourageai-je

Avais-je le droit d'espérer ?


Il me fixait intensément, cherchant une issue au plus profond de mes yeux verts olive. Sa lèvre inférieure trembla et il plissa les yeux en secouant la tête.

- Les mots ne suffisent plus, déclara le plus bel Agressif de tous les temps en saisissant mon menton de ses doigts habiles.

Sa tête pencha sur la mienne et il planta un baiser qui se voulait discret. Mes yeux s'arrondirent sans que je ne pusse les en empêcher. « Fermez vous ! » ordonnai-je à ma conscience. Jamais ne n'avais imaginé d'embrasser les yeux ouverts, c'était très gênant. Finalement, j'en profitai pour observer les paupières de mon partenaire. Pour qu'il ne mette pas fin à son baiser, je lui rendis la pareille, en beaucoup plus langoureux. Je parcourai de ma langue chaque recoin de ses lèvres et frottais lentement mon nez contre le sien. Finalement, nos souffles ne nous permettant pas de rallonger l'instant délicieux, nos bouches s'éloignèrent, et je fus heureuse de constater que mes yeux étaient fermés. Je me blottis à nouveau contre lui et soupirai joyeusement. J'étais comme une enfant qui s'inventait une multitude de problèmes, pour enfin prendre conscience qu'elle n'en avait qu'un. Pour ma part, le mien venait de se résoudre. Alec m'aimait et c'était pour moi la plus grande des satisfactions.

- Dis moi, le frottement sur le nez, les humains n'appellent pas ça des « bisous esquimaux » ?

Je portai mon regard de nouveau pétillant sur lui.

- Si, pourquoi ?

- C'est très agréable.

Je grommelai intérieurement. Il avait souligné la partie qui, pour moi, avait été la moins intense. Mais j'encaissai sans broncher, car il en avait l'air heureux, et son bonheur me suffisait.

- Quand j'étais petite, lorsque ma mère venait me dire bonne nuit, elle me faisait un bisou esquimau. Parfois encore, pour se dire bonjour et s'en fait un. C'est devenu comme une sorte de rituel.

Pourquoi est-ce que je lui racontais ma vie ? Je savais bien sûr qu'il allait m'accorder un rictus intéressé, mais ma manie de tout rapporter à moi commençait sérieusement à m'agacer.

- Alors...

- Oui ?

- On est ensemble ? finis-je par demander.

- Je croyais que c'était évident, soupira t-il, Tu penses vraiment que j'embrasse toutes les filles que je croise ?

- Tu croises beaucoup de filles ? ! m'enquis-je

Il éclata de rire avant de me susurrer à l'oreille :

- Mais oui, Elly, on est ensemble.

Puis il recula et m'observa gravement.

- A moins que tu ne le désires pas.

Sa condition sonnait plus comme une question. Je souris, heureuse qu'il doute un peu, juste un peu de moi. Il m'accordait alors plus de mystère. « Mais qu'est-ce que tu racontes ? » railla ma conscience. « Oh vas t-en toi, tu gâches tout ! C'est mon copain, pas le tien » répliquai-je. Je me surpris moi même avec un air concentré, je le balayai vite avant qu'Alec ne trouve ça trop étrange.

- Mon visage n'exprime donc t-il pas de satisfaction ?

- Non pas vraiment.

- Alors mon visage est un énorme et irrévocable menteur. Ne te fis jamais à lui.

Il planta un nouveau baiser sur ma bouche, et l'effet fut le même qu'au précédent baiser. Je me dégageai de ses bras à contre c½ur et revins au monde réel.

- C'est l'heure. On doit se rendre dans nos cours respectifs et on ne connaît même pas nos classes.

- Pourquoi n'as tu que quinze ans ? Je voulais pouvoir t'observer toute la journée.

- Pour rater ton année ? Pas question.

Je m'éloignai alors de lui pour me diriger vers les affiches où la foule s'était peu à peu dissipée. Mes mains filèrent entre ses doigts et je me retrouvai alors face à mon destin. Pouvait-on contrôler le destin ? Je tardai à trouver mon nom dans la jungle des centaines d'autres alignés sur les feuilles. Je repérai d'abord Alec, qui était dans les premiers grâce au « D » qui débutait son nom, « Dust ». Au lieu de parcourir chaque nom de long en large, je sautai quelques pages et arrivai enfin au « M » de Montgomery. J'étais apparemment casée dans la Seconde B. Mon doigt traça une ligne horizontale et m'informai que mon professeur principal était un scientifique. Zut ! Je détestais tout ce qui touchait la science. Il faut dire que j'avais mes raisons à présent : la science ne dévoile que ce qu'elle peut voir. Je saisis alors un plan pour me diriger vers la salle 402, dans laquelle je devais me rendre. Elle ne fut pas difficile à rejoindre, c'était la seconde porte à gauche du bâtiment des sciences.
Une bonne partie des élèves étaient déjà installés dans la pièce, seuls quelques malheureux en retard ou perdus dans ce nouveau lycée n'étaient pas encore installés. La pièce était un simple cube aux couleurs pâles, quoi de plus banal ? Je remarquai par les discussions déjà bien engagées que les adolescents se connaissaient déjà et que des clans étaient formés. Les regards se soulevèrent lorsque j'entrai. Je rougis et baissai la tête, gênée par tous ces regards qui me jugeaient. Voyant que j'hésitai à trouver place, un garçon brun qui était installé auprès de deux amis à lui m'interpella.

- Tu ne connais personne ?

Je levai la tête en direction de mon interlocuteur et fis la moue.

- Non, je suis nouvelle en fait.

Il parut surprit et grimpa sur la table, à mon plus grand étonnement. Il forma de ses mains un porte-voix et à l'intention de toute l'assemblée, il déclara ma présence.

- Eh ! Une métro à bord !

Tous les regards se tournèrent alors vers moi, alors qu'ils n'avaient fait que me constater à mon arrivée. Certains me demandaient poliment de quelle région je venais, d'autres m'informaient qu'un parent à eux vivait là bas, ou y avait vécu. J'étais assaillie de questions auxquelles j'aurais bien voulu répondre, si ils m'en avaient laissé le temps. Ils enchaînaient, me parlaient tous à la fois. Je tentai alors de me faire petite, en vain.

- Foutez lui la paix ! hurla une voix derrière moi.

Tout le monde s'arrêta dans son élan et souffla, en reprenant place, calmement. Je me retournai alors vers ma sauveuse pour la remercier. Ses cheveux étaient longs et lui arrivaient jusqu'aux fesses. Ils étaient noirs ébène, lisses et soyeux. Mon textile capillaire était quant à moi, tout le contraire. Sa peau était hâlée, comme la plupart des habitants de l'île, et son nez était retroussé dans son prolongement. Ses yeux étaient si noirs qu'on ne pouvait apercevoir ses pupilles qu'au microscope binoculaire. Elle était vêtue d'une robe noire à froufrous aux motifs gothiques, ainsi que de mitaines mauves surmontées d'une multitude de bracelets à têtes de morts. Ses chaussures se résumaient à une grosse paire de baskets violettes, aux lacets plats et blancs. Je restai paralysée un instant devant autant de style. Je manquai de lui demander si elle n'avait pas chaud dans cette tenue, à trente-deux degrés. Pourtant elle ne montrait aucun signe de faiblesse face au soleil qui tapait rageusement sur les vitres.

- Merci, bredouillai-je.

- De rien, répondit-elle, nonchalante. Ces vautours sont prêts à tout, si tu les laisse t'approcher de trop près, ils te boufferont.

- C'est toi qu'on va bouffer Dracula ! pouffa un crétin du premier rang.

Elle leva les yeux au ciel et m'invita à sa table d'un geste de main explicite. J'acceptai – surtout parce que ç'aurait fait bizarre si j'avais décliné son invitation – et m'exécutai.


Nous discutâmes d'elle et de sa vie durant le cours, ensuite ce fut à mon tour d'expliquer ma présence sur l'île – en divulguant bien évidemment certains détails qu'elle n'était pas apte à encaisser – durant le déjeuner. Le lendemain, je jonglai passai une journée en amoureux avec Alec, qui avait insisté pour faire connaissance en meilleur termes avec ma génitrice. Une nouvelle fois il avait rencontré ma mère, dans des conditions un peu moins étranges que la première fois.

- Elly, mystère à la porte, il t'attend, m'avait annoncé ma mère alors que j'innovais un nouveau plat sucré.

En effet, ma mère l'avait surnommé ainsi car je n'avais jamais voulu lui dévoiler son prénom ni la raison pour laquelle je le fréquentais. J'avais daigné lui informer que c'était à présent mon petit ami, et elle avait soupiré en riant « Je suis trop bonne avec toi ! Je ne connais rien de lui et je le laisse te voler ton âme d'enfant ! Ca vaut bien quelques tours de vaisselle ça... ». Avant sa venue, je l'avais prévenu de ce surnom stupide que lui avait attribué ma mère, et l'avait consolé que ça valait mieux que « l'autre » ou « l'ami de ma fille ». Finalement, il avait consenti et semblait heureux de sa nouvelle appellation.

* * *


Nous étions le cent quatre-vingt-troisième jour depuis mon arrivée sur l'île de la Réunion, le cent quatre-vingt-deuxième jour depuis que j'avais rencontré Alec et appris ma véritable existence, le vingt-huitième jour depuis le débarquement des Anges et mes meurtres sordides, et le vingt et unième jour depuis la rentrée au lycée Jules Vernes. Je me levai péniblement de mon lit qui m'avait parut si inutile la veille et qui semblait si confortable à présent.

« Bonjour ! Nous sommes le vingt-cinq septembre, il est sept heures. La température extérieure est de vingt-sept degrés Celsius et il y aura une averse cet après midi entre ... »

- Grrr...

J'appuyai en grognant d'un coup franc sur la touche d'arrêt de mon nouveau réveil électronique. Tu parles d'une révolution ! Ces machins sont plus vicieux qu'aucune autre pendule bon marché, à me réveiller un samedi, il allait vite terminer dans la benne à ordure. Je me levai péniblement, sachant pertinemment que je n'allais pas me rendormir, et enfilai un bas de pyjama. Je passai devant le miroir vertical et observai furtivement mon reflet matinal. Mes cheveux, comme toujours, prenaient la vedette et monopolisaient le reste. Mes yeux étaient bouffis et mes lèvres béantes. Je n'avais rien d'un mannequin ce jour là, hormis mes cuisses à peine apparentes. De mon cinquante-six kilos, j'avais fondu jusqu'à atteindre le cinquante-trois. J'étais plutôt satisfaite, malgré que je n'eus rien fait pour. Mais Béa me mirait d'un autre ½il en soupirant à chaque fois que je traversai la cuisine.

- Tu n'as plus que la peau ma pauvre fille ! Maigre comme tu es, ça ne m'étonnerais pas que tu passes bientôt au journal télévisé.

- Arrête de te soucier de mon poids, je suis une obèse qui va encore s'engraisser à cause de sa mère qui la surprotège !

- Mais enfin Elly ! Tu as de la merde dans les yeux ou quoi ? ! Ca vire à l'anorexie là, je te promet que je t'emmène voir un médecin si tu perds encore ne serait-ce qu'un petit gramme.

Je finissais alors la conversation en soupirant et me retirait dehors, en quête d'Alec – qui approuvait malheureusement ma mère sur la question.
Ce jour là, j'avais rendez-vous avec mon ré-éducateur que j'avais rencontré deux semaines plus tôt. M. Niccol était un cinquantenaire qui allait bientôt fêter sa retraite anticipée à cause d'un « putain de patron » qui voulait faire des économies. Je m'étais beaucoup attachée à cet homme plein de bon c½ur et d'humour. Je lui racontais les petites histoires du lycée pendant que lui s'inventait une vie future. Peut être deviendrait-il riche, avec un coup de chance à la loterie. Si ça venait à lui arriver, il partirait en voyage, avec sa femme. Il n'avait jamais pu lui offrir une lune de miel face à son piètre salaire dû à son « putain de patron ».

- Si j' étais votre boss, je vous accorderais une prime pour bon usage des clients, avais-je proclamé lors de notre dernier rendez vous.

- Tu es bien gentille petite, en tout cas, c'est pas mon putain de patron qui dirait ça. Ils pensent qu'au fric ces jeunes commerciaux, je...

Et il reprenait dans d'autres polémiques sur la nouvelle société, les conventions dont seuls les religieux faisaient usage et les Américains. La première fois qu'il m'avait parlé de l'Amérique, j'étais restée immobile, et il avait dû de demander de me détendre pour pouvoir continuer nos exercices de kinésithérapie. Je vivais encore à Toulouse lorsque Théo, l'ami ivrogne de mon père insultait les américains.
Je n'avais pas souligné la ressemblance entre lui et mon ancienne connaissance, ça aurait impliqué l'histoire du bar, la rencontre de Robin, la décision de ma mère, et dérivé sur d'autres choses dont je n'étais pas censée lui parler.

Mes pieds foulaient la terre battue d'un pas lent. Malgré la joie et le rire que me procurait ce drôle d'énergumène, je n'avais pas envie de marcher, et je m'attardai dans la forêt aux allées d'arbres sinueuses. Auparavant, une femme hors du commun régnait sur ces lieux. A présent, la boue des dernières pluies était venue remuer le sol. Les feuilles auparavant vertes et opaques grisonnaient et perdaient de leur ampleur autrefois spectaculaire. Zhou était morte. Non, ce n'était pas l'exacte vérité. J'avais tué Zhou. Indirectement, car ce n'était pas moi qui avait mis fin à ses jours, mais je considérais mon nouveau clan comme un « nous » qui me semblait évident. Perdue dans mes songes, je butai contre une racine qui remontait en surface et mon crâne cogna sur un cailloux. Je perdis conscience pour m'évader dans un monde que je n'avais encore jamais exploré...

L'atmosphère était lourd, le ciel inexistant. Un immense voile noir paraît les lieux, mur, plafond et sol. Etait-ce une pièce ? Ou du moins, un bâtiment ? Etais-je en vie ? Un cri strident. Mona était agenouillée devant moi, ses yeux dénudés d'iris, criant mon nom de ses dernières forces. Hargneuse, elle ne lésinait sur aucun détail morbide. Ses cheveux mi longs étaient gras et filandreux, ils collaient disgracieusement sur des filets de sueur propagés sur sa peau blafarde. Mes mains ensanglantées tâtonnaient le peu de peau qu'il me restait. Mon squelette devenait apparent, comme si j'étais punie, qu'on me retirait une part de moi même. Paniquée, je tentai d'inspirer profondément. Mon souffle n'obéissait pas à ma raison. J'haletais, au centre de ces lieux sombres qui tournoyaient sur eux mêmes. Les mains aux grosses veines de Mona glissèrent le long de mon tibia. Je tombai à nouveau.

- Réveilles toi, maintenant, murmura la voix.

Boum Boum


Ce cri tambourine dans mon crâne, insatiable.

Boum Boum


Une sueur froide remonte brûler mon thorax.

Boum Boum


Mes yeux s'ouvrent brusquement et mes pensées résonnent en écho, laissant derrière elles l'enfer des ténèbres.



__________________


Un peu de fraicheur pour l'après-guerre. J'ai décidé de revenir sur la vie habituelle des adolescents pour sortir un peu du monde oppressant de la guerre. Aussi, j'ai avancé dans le temps, pour poursuivre l'histoire telle que je me l'imagine. Un nouveau personnage est arrivé dans l'histoire, ce sera la gothique que Elly a rencontré dans sa classe. Elle la suivra tout au long de l'année. Et puis, puisuqe je tue pas mal de gens, faut bien que je les remplace un peu, sinon elle se retrouverait seule.

Vos avis sur ce chapitre?

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# Posté le samedi 30 mai 2009 13:57

Modifié le dimanche 28 juin 2009 04:11