Ma tête penche à droite, ma tête penche à gauche. Je traverse. Machinalement, je regarde une seconde fois lorsque mes pieds ont foulés la première bande blanche. Machinalement, je ne touche pas le goudron gris et sautille sur les pâles rectangles. Un klaxon. Je me retourne. Je pourrais citer aujourd'hui pour décrire cet instant, un de ces films américains, où des effets sont ajoutés pour donner plus d'intensité à la scène. Lorsque j'ai aperçu cette camionnette, parée de milles et uns graffitis, fonçant à toute allure vers moi, le même effet que je trouvais auparavant stupide a eu lieu. Les roues qui brûlaient presque le sol par la vitesse de l'engin ralentirent, et le cri d'une femme s'étouffa en un long grognement sans fin. Je voulu lever mon bras, instinct de survie que j'avais sûrement du adopter lors de ma quasi vie humaine, mais je le sentis lourd, comme s'il était attiré par le sol, par le vide. Mon corps bascula en avant, le cri de la femme redevint aigu et strident, le crissement d'un pneu s'accompagna d'un mouvement du pare brise qui me soutenait.
- Il ne sert à rien de freiner : vous m'avez déjà percuté, murmurai-je douloureusement au conducteur qui se trouvait à présent à quelques centimètres de mon visage, qui avait lui même traversé le pare brise.
Je gémis en tentant d'ouvrir plus amplement mes paupières. Le conducteur, qui était en fait une conductrice, respirait très fort et agitait ses mains autour de moi, comme si elle hésitait à me toucher. Une masse importante de personnes vint s'agglutiner autour du lieu de l'accident. La mort aurait pu avoir lieu, ma mort aurait pu frapper à cause d'une simple fourgonnette. Pourtant elle n'avait pas daigné se présenter à moi aujourd'hui, alors je m'endormais, paisible, car je savais que j'allai me réveiller.
* * *
- ... faute de Phoebus. Je ne crois pas aux coïncidences.
- Penny, arrêtes. Tu le sais tout autant que moi, ne te cache pas derrière ce que tu voudrais qu'il se passe.
- J'étais juste distraite, ce n'est pas comme si elle s'était jeté sur le capot !
Je gardai les yeux fermés. Un « bip » résonnait par intermittences régulières, et la texture sur laquelle j'étais allongée était dure et froide. Silencieusement, je secouai mon poignet. Une perfusion y était placée, elle me confirmait donc que j'étais dans un lit d'hôpital. Je gardai encore les paupières clauses et écoutai la discussion de mes deux visiteurs.
- Evidemment qu'elle n'a pas pu sauter sous tes roues, Phoebus n'aurait jamais prit un tel risque.
- Mais Phoebus n'y est pour rien bon sang ! C'était un ac-ci-dent. This was an accident. Fue un accidente. Et
désolé, je ne maîtrise pas le bulgare !
- Pourquoi t'obstines-tu à nier ?
- Il est inutile qu'on parle, je vais te frapper si tu continus à débiter des fabulations sur Phoebus et sa soit disant emprise sur nous. Nous sommes maîtres de nos actes Tyler enfin !
- Tu continues pourtant à argumenter.
Il n'y eu pas de réponse, juste un long soupir de la part de la fille. Tyler était donc là, avec Penny. Qui était Penny ? Je ne pus m'empêcher de trouver ce prénom ridicule.
Il était temps pour moi de me réveiller.
- Tyler ? demandai-je en tentant une expression surprise
Ma voix sortit dans un grondement rauque et gras. Vive les joies du sommeil. La fille avec qui Tyler débattait quelques secondes plus tôt se tenait adossée au mur situé à ma droite. Des boucles rousses tournoyaient gracieusement sur sa poitrine. Une robe verte lui arrivait aux genoux et redessinait sa taille de guêpe comme l'aurait fait un peintre. Son visage était simple et joyeux, malgré la moue qu'elle arborait à ce moment là. J'enviai jalousement ses tâches de rousseurs et sa beauté naturelle. Ayant suivit silencieusement la conversation, je déduis sans grande difficultés qu'elle était un Ange.
- Elly ! Ca me fait rudement plaisir que tu sois en vie, s'exclama Tyler en m'enlaçant.
- Je t'aurais mis à la porte si c'avait été le contraire, lançai-je hasardeuse, tentant de trouver un point de départ.
Il s'éloigna un peu, tout en me miroitant avec attention. J'étais très gênée de le voir ici après notre dernière altercation. D'autant plus que j'étais clouée sur mon lit, incapable de m'enfuir, et sans doute dans un état affreux.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Oh, excuse-moi, j'ai oublié de te présenter Pénélope, c'est ma petite-amie. C'est elle qui t'as renversé, je suis venu à l'hôpital avec elle lorsqu'elle m'a dit ton nom. Nous sommes ensemble.
- Bonjour Pénélope, tout le plaisir est pour moi, raillai-je.
Il y eut un silence gênant, et je m'en voulu d'avoir touché le point sensible de le leur discussion passée. Elle avait failli me tuer, oui, et alors ? Cela m'arrivait bien souvent, et je n'étais pas à une fois près. De plus, j'avais dépassé le stade de l'étonnement, c'était devenu si banal que je n'y prêtais presque plus attention.
- Ne vous bilez pas, renchéris-je après quelques instants de malaise, je ne vous en veut pas le moins du monde.
Je ne sais pas pourquoi je prenais autant de plaisir à me faire passer pour une mauvaise fille. C'était idiot, mais je jouais souvent à ce jeu avec les gens. J'aimais me montrer telle qu'ils ne voulaient pas que je me montre. Peut être pour voir leur réaction, ou pas. Employer le verbe « biler » ne m'était pas courant, pourtant je sentais qu'avec lui, et ce jour là précisément, j'allais m'amuser.
- Oui, continuai-je, se biler ne résume à rien lorsqu'on voit que je suis toujours vivante. Ces accidents peuvent arriver à tout le monde.
- Si tu le dis, grogna Tyler.
Pénélope m'adressa un grand sourire et vint s'asseoir près de moi.
- Je m'en veux beaucoup tu sais, ta mère est dans un état pas possible.
Sa voix était mûre et posée. Je remarquai sur sa robe des bouts de tissus rajoutés. Du jean s'avoisinait avec de la soie, et du tissu avec du coton. Il était très probable que ce soit elle qui les ait cousus. Cette robe était magnifique, et cette fille avait l'âme d'une artiste.
- Ma mère est là ? m'inquiétai-je
- Elle est allée chercher un café. La pauvre a attendu toute la nuit ici, c'est la seule fois qu'elle s'absente et tu te réveille.
- En effet, acquiesça Tyler, Penny, vas la prévenir.
Je grimaçai. Penny était le surnom le plus laid que je n'avais jamais entendu. Prononcer une syllabe de plus était donc si fatiguant ? Quelques minutes plus tard, ma mère était arrivée. Elle me déclara combien elle s'en voulait de ne pas avoir été là plus tôt. Je lui ai répliqué que personne n'aurait pu prévoir que j'allais me faire renverser par un mini bus ce jour là. Finalement, j'ai décrété avoir besoin de me reposer. Le médecin est venu le soir, dans ma chambre blanchâtre, il m'a annoncé que ma jambe droite était en très mauvais état, et qu'il allait falloir que je suive un cours de rééducation deux fois par semaine.
- Pendant combien de temps ?
- Dans deux mois nous ferons une radio, et si le bilan est bon, ce sera terminé. Sinon nous prolongerons
d'un mois ou plus, si nécessaire.
- Génial, grommelai-je.
- Plutôt pas génial comme perspective hein ?
Je levai les yeux vers l'homme qui m'avait parlé on ne peut plus sérieusement pendant une demi heure. Je sursautai. Alix se tenait devant moi, succédant au médecin naturellement.
- Alix ? Mais...
Je jetai un ½il autour de moi, cherchant le premier homme.
- Il n'est pas là.
Je posai à nouveau le regard sur Alix. Le médecin était revenu, Alix avait disparu. Un étrange vertige s'empara de moi, et je calai violemment ma nuque sur le coussin blanc.
- Monsieur, si vous pouviez me laisser seule, je vous en prie.
- Cela ne va pas être possible, j'en suis désolé, je vais d'abord devoir vous poser un plâtre.
- Sortez, murmurai-je.
- Enfin, mademoiselle, sachez que ce n'est pas moi qui ...
- Sortez !
L'homme m'observa perplexe un long moment. Puis son visage s'aggrava, il était comme vexé ou en colère, je m'en fichais. Décrypter l'expression des personnes de mon entourage m'ennuyait, ce jeu ne m'amusait plus.
- Bien, finit-il enfin par dire.
Il fourra ses mains dans les poches de sa blouse et tourna les talons vers la porte 307, le numéro de ma chambre. J'attendis de ne plus entendre les pas s'éloigner. Enfin, je glissai mes jambes en dehors du lit. J'appuyai, inconsciente, mon bras sur la table où était entreposé l'énorme cardiogramme. Une douleur atroce me lança au poignet et je m'écroulai au sol, roulée en boule. Je plaquai mon bras contre mon ventre et le recouvrais de mes doigts tremblants. Je gémis, crispée sur moi même.
- Alix, soufflai-je.
Je n'obtins pas de réponse.
TROIS JOURS PLUS TARD
Mes jambes balayant le vide, j'observai le cours du ruisseau paisible. Le ponton n'était pas confortable et je m'essayais à toutes les positions possibles et imaginables. Je tentai de m'allonger sur le ventre, transversale au pont, mes cheveux jouant avec l'eau. Je caressai du doigt la surface liquide. Elle était glacée, mon doigt avait viré au bleu. Je le retirai promptement et le portai à ma bouche, la couche glacée qui s'était installée s'en irait alors. Je jetai un ½il dégoûté à mon autre bras, recouvert d'un plâtre immonde.
- Elly !
Ma mère avançait vers moi, un tissu à la main. Ses cheveux ternes lui attribuaient un air taciturne qui s'opposait gracieusement avec son caractère. Je n'avais jamais apprécié sa frange, qui était perpétuellement en bataille. C'était en la regardant que je comprenais ma délicatesse et mon habilité. Elle manquait tous les jours de se faire écraser par un bus, elle aussi. Nous étions des miracles de la nature, rien que d'être encore en vie. J'avais toujours considéré ma mère comme mon enfant. Je me devais de la protéger, et encore plus depuis que nous étions sur l'île. Une guerre allait bientôt éclater, et je ne pouvais pas imaginer ne serait-ce qu'un instant la mêler à cet océan de sang. J'étais anxieuse, anxieuse pour Béa, anxieuse pour Alix, anxieuse pour les plus faibles. Mais aussi anxieuse pour moi. Je me maudissais d'ailleurs d'être aussi égoïste, je ne devrais pas être si protectrice envers moi même, car la mort ne me faisait pas peur. Je savais qu'elle serait paisible, et sans aucun doute mille fois plus douce et sucrée que la vie. Mais ce n'était pas d'elle que j'étais effrayée, je ne pouvais pas concevoir de ne pas être à la hauteur. Car si notre plan échouait et que la guerre avait lieu, ce serait entièrement de ma faute. J'aurais donné de faux espoir à Alix, lui qui haïssait tant la violence. J'aurais donné de faux espoirs à Jude, qui enfin avait montré une sensibilité que personne n'aurait osé soupçonner. J'aurais donné de faux espoir à Robin, et à Alec.
- Regarde, j'ai trouvé cette robe dans un vieux carton, j'ai pris du poids, et je ne rentre plus dedans. Toi par contre elle devrait t'aller comme un gant.
Je jetai un ½il désintéressé sur l'habit. Il était blanc.
- Je pèse deux kilos de plus que toi, elle ne m'ira pas non plus.
- Tu as une taille de guêpe, ce sont tes os qui sont lourds. Essaye-la !
Je fis la moue. Depuis déjà cinq mois je ne portai plus de blanc, mon plâtre était un supplice, il n'était pas question que j'enfile cette robe. Évidemment, Alec avait compris ce changement, et me suppliait de ne pas changer mes habitudes vestimentaires à cause de lui, et que le blanc m'allait à merveille. Je ne lui avais pas accordé sa requête, car même si je l'avais voulu, je ne l'aurais pas pu. C'était psychique, comme une phobie. Un mur invisible me séparait de cette couleur, et dès que je tentai de m'en approcher, une vague haineuse me prenait. Elle reflétait mon amour pour le mal et mon aversion pour le bien.
A mon silence, ma mère soupira. Elle passa une main dans ses cheveux ébène et me prit les mains, posant la robe à ses côtés. Elle s'accroupit.
- Chérie, je ne te comprends plus.
Je grimaçai. Depuis longtemps je redoutai ce jour où ma mère comprendrait quelque chose. Pourtant c'était pour son bien, alors qu'elle feigne ne pas se rendre compte de mes absences répétées « en forêt ». Je n'avais jamais eu l'âme d'une marcheuse, et dans toute randonnée, je ralentissais le mouvement.
- Je ne comprends pas, mentis-je
Elle me lança un regard tendre, comme pour m'inciter à lui parler. Pourquoi le fantastique devait il exclure ma mère ? Pourquoi devais-je sans cesse lui cacher la vérité ? C'était les règles. Idiotes, ces règles.
- Tu pars tout les matins à l'aube. Tes messages ne m'indiquent jamais où tu es.
- Dans la forêt, je te l'ai dit, tentai-je d'expliquer.
- La forêt recouvre plus de quatre-vingt pour cent de l'île. Tu n'as que quinze ans, je n'aime pas te savoir seule dans les bois. Si tu te faisais enlever, je ne m'en remettrai jamais Elly.
Je souris faiblement.
- Je ne rencontre jamais personne. Comment veux tu que je me fasse enlever ? Par un hibou ?
- Les hiboux sont peut être des terroristes important, qui sait.
- Paranoïaque.
Nous rîmes ensemble d'un rire gêné. Un rire que l'on ne peut au final ignorer, car il signifie que le problème n'est pas résolu, que quelque chose viendra encore perturber le lien entre ces deux personnes. Ce rire signifie qu'il est temps d'arrêter, et de régler la gêne. Béa se mordit la lèvre inférieure et plaqua son regard sur le sol. J'entourai mes genoux de mes bras et les frottai nerveusement.
- Tu ne portes que des couleurs sombres.
Je remarquai qu'effectivement, j'étais vêtue d'un haut pourpre et d'un bermuda violet foncé. Mes cheveux détachés cachaient mon visage et je m'étais maquillée de khôl et de mascara noir ébène. J'étais sombre, et n'importe qui me croiserait sans me connaitre me fuirait facilement. Enfin, c'est ce que j'attendais de ce revêtement, que les gens ne m'aiment pas, qu'ils m'évitent. Je voulais être mauvaise. Cependant la nature m'avait donné un caractère fort mais doux, et j'étais plus pure qu'un agneau, en admettant qu'un agneau soit pur.
- Je ... ne peux pas... maman, déclarai-je d'une voix tremblante
- Tu ne peux pas quoi ?
Elle posa tendrement sa main sur mon épaule et me caressa doucement.
- Je ne peux pas t'expliquer. C'est... impossible, c'est ...
- Interdit ? tenta-t-elle
- Oui, en quelque sorte, avouai-je.
Elle eut l'air horrifié par ce que je venais de lui dévoiler. Sa main tomba durement sur le bois du pont. Et, la bouche entrouverte, et la laissa glisser jusqu'à son genoux. Béa mit beaucoup de temps pour reprendre ses esprits, et je n'avais pas compris qu'elle s'imaginait tout autre chose que la vérité.
- Chérie, quelqu'un te fait du mal ? finit-elle par demander
Ses yeux reflétaient une terreur nouvelle. La réponse l'effrayait plus qu'autre chose et des larmes commençaient lentement à rouler sur ses joues.
- Non ! m'exclamai-je, Pas du tout ! Ce n'est pas ça, pas du tout. Personne ne me fait du mal ni me harcèle maman.
Elle n'avait pas l'apparence d'une personne convaincue et continuait à se triturer les doigts violemment.
- Je te le jure, renchéris-je, Et arrête de te scalper les doigts avec tes ongles, je t'en conjure.
Elle sourit, soulagée, et leva les yeux au ciel. Sans doute pour remercier Dieu ou je ne sais quel autre saint de m'avoir épargné. Cependant, elle reprit un air grave, et ses yeux bruns en devinrent presque effrayants.
- Alors pourquoi ?
Je baissai la tête et fixai l'eau qui coulait paisiblement dans la rivière. Les plantes d'eau douces dansaient en rythme avec l'écoulement peut important de liquide.
- C'est au-delà de tout ce que toi, et tous les autres pourriez vous imaginer. Tu ne pourras jamais savoir de quoi il s'agit, mais je resterai toujours la même avec toi, je te le promets.
Béa eut l'air interloqué et partit dans des réflexions interminables sur ce que je venais de lui dire.
- Tu es quelqu'un d'autre ? C'est ça ?
Agacée, je me levai. Elle ne devait pas comprendre et je venais de la mettre sur la voie. Le faire était une erreur monumentale, et poursuivre dans ma lancée était, de plus, impardonnable. Je lançai un dernier regard désolé à Béa et tournai les talons vers la forêt, ma forêt. Je ne me retournai pas, mais il ne me l'était pas nécessaire pour savoir ma mère sanglotant, toujours agenouillée sur le pont. Je secouai mes cheveux épais d'un geste machinal. Leur reflet se faisait sombre et mystérieux à la faible lueur que laissait transparaître les arbres immenses. Dans cette modique lumière, je pouvais déplorablement apercevoir les feuilles grisonnant étrangement et la mousse habituelle qui grimpait aux troncs épais s'affaiblir jusqu'à se craqueler. L'absence de Zhou était pesante, et malgré son caractère de cochon, j'avais besoin d'elle. C'était ma garce à moi, et toutes ses bêtises dues à sa jalousie incontrôlable ou à son obstination me faisait sourire, car elle s'en voulait toujours, et tentait de réparer ses erreurs par la suite. Elle était partie pou quelques semaines à Madagascar, et n'avait pas voulu m'en dévoiler les raisons. Je l'avais taquiné en lui suggérant de ne pas trop faire de zèle et de rester normale, sans faire de coups tordus aux humains, pour son plaisir personnel (et c'était un de ses jeux favoris). Mes béquilles m'empêcher d'adopter une allure moyenne, mais j'accélérais d'avantage, pour repousser mes limites. Etre déficiente allait pour un humain, mais pour une Usuelle, il n'en était pas question. Je me concentrai donc sur le ciel, ou sur le peu de lumière que laissaient transparaitre le feuillage de la forêt.
Je volais, à présent
J'arrivai discrètement sur un toit, encore haletante de ma course, à l'entrée de la ville. Je descendis difficilement du bâtiment qui n'était autre qu'un centre commercial, tentant de ne pas me faire remarquer par des éventuels curieux. Au bout de quelques courtes minutes, j'arrivais dans le c½ur de St Paul. Mes béquilles me ralentissaient considérablement, mais je m'efforçais d'être comme tous les passants, et avançais à un rythme quasi normal. J'empruntai, contrairement à mes habitudes, la rue piétonne qui menait directement au centre ville. Je n'avais jamais beaucoup apprécié toute cette foule qui s'entassait dans des magasins aux présentoirs envahis par des vêtements semblables les uns aux autres. La mode régnait dans cette partie de la ville, et je ne me sentais pas à ma place. L'attitude de la vague ne m'atteignait pas, je portais les vêtements qui se trouvaient dans mon armoire, et que ça plaise aux autres ou non ne m'importait pas. Je marchai sur les dalles usées par le temps, et tentai de deviner leur histoire. Des talons claquaient sur elles à mesure que des femmes aux allures chics ou débraillées avançaient. Des hommes aux mocassins de cuir avançaient élégamment dans les ruelles, un costume assorti à leur montre qu'ils enfilaient tous les matins pour se prouver qu'ils ont une belle vie. « Impressionnant, j'aimerai être riche et important comme cet homme » doivent se dire les passants. « Impressionnant », je me le disais aussi. Impressionnant, la futilité et le superficiel de société. Je passai devant un petit magasin de souvenirs. En effet, l'île est riche majoritairement grâce au tourisme. Des ballons de plage, et des frondes s'incrustaient sur un petit carré de pavés. Un groupe d'allemand entra à l'intérieur, saisissant bibelot sur bibelot. La caisse était bondée et je pouvais percevoir le bruit agaçant de la caisse enregistreuse.
Je continuai mon chemin après quelques soupirs consternés. Je tournai à droite, en chemin vers la cité universitaire. Dans la vitre tintée d'une voiture, j'aperçus le reflet d'une jeune fille, d'une quinzaine d'années peut être. Ses yeux verts luisaient d'un regard vitreux et terne. Des cheveux bouclés lui descendaient sur les épaules, des boucles ondulants jusqu'à sa poitrine. Ces derniers accentuaient les traits fins de son visage expressif. Cette fille m'observait en silence, guettant le moindre de mes gestes. Je la croisai plus tard dans d'autres vitres et voiture. A chaque pare brise elle m'observait, sa moue triste et énigmatique m'interpellant toujours. Je tentai de la fuir, en vain. Car personne ne peut se fuir soit même.
Le lycée était organisé par plusieurs bâtiments. Le premier étant l'accueil, les bureaux du proviseur et des gérants, ainsi que la salle des professeurs et la comptabilité. Il y avait également le compartiment des sciences et des mathématiques, qui était situé à l'opposé du grand campus. Le compartiment des langues de la philosophie et des arts ne faisaient qu'un. Il avait été jugé inutile de les séparer, étant donné que les options prises par les élèves regroupaient ces matières. Enfin, le gymnase, qui était situé derrière le compartiment de l'histoire, de la géographie et des cours de sociologie et de politique. L'immensité du campus ne me frappa pas néanmoins. Les petits villages reclus dans les montagnes ou dans d'autres contrées éloignées avaient besoin d'un lieu pour instruire leurs enfants, et il s'agissait du seul lycée de St Paul. J'entrai timidement, poussant la lourde grille de fer d'un vert bouteille saillant. Je m'emparai d'un des plans du campus entreposés à l'entrée et me dirigeai vers l'accueil. Une femme d'une cinquantaine d'années était assise derrière un bureau, inscrivant au marqueur noir les numéros des classes sur des feuilles de carton épais. Mon arrivée ne freina pas son occupation au mouvement de poignet régulier. Elle leva rapidement la tête dans ma direction et m'adressa un sourire crispé en m'indiquant d'un signe de menton de m'asseoir sur une des nombreuses chaises alignées contre le mur. Des rides étaient marquées sur son visage et sur ses mains, mais elle ne paraissait pas âgée. Elle était coiffée d'une coupe garçonne qui lui attribuait un air un de vieille fille. Lorsqu'elle eut fini son affiche, elle poussa un tas de copies sur le coin de son bureau et me lança un regard neutre.
- Tu viens pour les inscriptions ?
- Oui.
- Viens, je vais te faire remplir un formulaire.
Je changeai alors de support et m'assis sur la chaise placée à l'autre extrémité de la table. Elle me tendit un mince paquet de copies et je les feuilletai distraitement.
- Tu peux le remplir chez toi et nous l'envoyer. Dans la semaine ce serait idéal.
- D'accord, ce sera fait.
- Tu es nouvelle si je ne m'abuse, c'est ta première année dans ce lycée ?
- C'est ma première année au lycée, en fait, avouai-je
- Dieu que tu es grande ! s'exclama-t-elle, J'aurais pourtant juré que tu étais en terminale ou en première.
Je grimaçai, je n'avais jamais aimé que l'on me vieillisse.
- Oui, marmonnai-je, on me le dit souvent.
- Que t'est-il arrivé à la jambe ?
Alors quoi ? Je faisais plus grande que mon âge, ça faisait de moi un personnage de foire, et me rendait donc intéressante ? Cette femme qui ne m'avait adressé la parole que pour me faire remplir un formulaire voudrait me faire croire qu'elle s'intéressait à ma vie ?
- Elle s'est faite renversée, répondit une voix derrière moi.
Je me retournai. Pénélope était adossée contre le mur et nous observait un sourire malicieux aux lèvres. Que faisait-elle là ? Elle était au lycée ? Pourquoi n'y avais-je pas songé plus tôt ? Nous sommes tous plus ou moins jeune dans le monde du fantastique, et il n'y avait qu'un lycée à St Paul. Il était évident que j'allais retrouver des miens. Je ne croiserai probablement pas d'Agressifs, eux étudiants à domicile. Cependant les Anges aimaient se mêler de près à la vie humaine, Tyler devait lui aussi être à cet établissement. Pénélope était vêtue d'un jean cigarette et de chaussures ouvertes à lacet en cuir. Sa chemisette verte dévoilait des formes fragiles et enfantines. Son visage souriant contrastait avec ses yeux éteins. De légères cernes aux nuances violacées les rendaient expressifs.
- Oh, Pénélope.
- Bonjour Elly.
La secrétaire fut surprise de constater que je connaissais déjà Pénélope. Elle prit une position décontractée et s'appuya sur la table en nous regardant.
- Je vois que vous vous connaissez. Tu es rapide Elly !
Je me retournai vers la femme. Elle s'adressait à moi comme nous étions amies. Je ne relevai pas. Ces personnes là m'agaçaient. Elles ne supportaient pas de vieillir et essayaient de s'intégrer à la décennie des suivants. J'embrassai Pénélope sur les deux joues.
- C'est drôle que nous soyons dans le même lycée, tentai-je pour démarrer la conversation.
- Il n'y a qu'un campus dans la région, à moins que tu ne veuilles être analphabète, il était probable que nous nous retrouvions ensemble, plaisanta-t-elle.
Nous rîmes sincèrement.
- Je viens renouveler mon inscription, enchaîna-t-elle, je rentre en terminale. Et toi ?
- Juste en seconde.
- Tu vas voir le lycée est super, me rassura-t-elle
- Et les garçons très mignons, rajouta la secrétaire, Une jolie fille comme toi ne devrait pas avoir de problème à en trouver un.
Je feins un sourire crispé, et me retournai en direction de Pénélope. Elle demanda rapidement le bulletin à la femme et nous sortîmes dehors.
- J'ai toujours détesté cette conne, me souffla-t-elle lorsque nous fûmes seules.
- Oh.
Elle balaya les environs des yeux et me lança un regard inquisiteur.
- Tu viens ?
- Où ça ?
- Au terrain de tennis, jamais personne n'y met les pieds.
- D'accord, de toute façon je n'ai rien d'autre à faire, fis-je en haussant les épaules.
- Et si tu avais eus quelque chose à faire, tu ne serais pas venue ?
- Si ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, m'embrouillai-je
- Oui je sais.
Elle rit. Son nez se plissa et les tâches de rousseur qu'elle portait à merveille rayonnèrent. Je la suivis jusqu'à une des salles reliées au gymnase. Nous entrâmes dans un vaste hangar traversé en son milieu par un filet de tennis. Nous montâmes dans les gradins et elle sortit de sa poche du papier cigarette. De l'autre poche, elle saisit un paquet d'où elle prit une sorte d'herbe, avant de l'enrouler à l'intérieur du papier cigarette. Elle alluma le tout à l'aide d'un briquet et observa le produit quelques secondes d'un ½il lassé, puis elle le porta à sa bouche et inhala. Ses joues se creusèrent considérablement et je l'observais, stupidement admirative. Elle parut se souvenir de ma présence et recracha un nuage de fumée avec un telle élégance que j'en fus troublée. Elle se tourna vers moi, et me tendit le joint.
- T'en veux ?
Je regardai le pétard longuement, comme s'il n'existait pas. Je ne tenais pas à essayer, j'allais me ridiculiser en le fumant maladroitement.
- Non, merci. Je ne fume pas.
- Ça va venir, fit elle en inhalant une seconde fois la chose toxique.
- Tes yeux... C'est pour ça qu'ils sont...
- ...Mauves ? Oui. Ce truc me détruit tous les jours, petit à petit. Je ... je ne crois pas que nos pouvoirs ont une quelconque incidence sur la nocivité de cette ... chose. Nos poumons sont formés idem à ceux d'un humain.
Je la regardai toujours aussi fasciné, et ne répondis pas. Elle attendit un long moment avant de poursuivre, miroitant avec attention les mailles du filet de tennis.
- Nous sommes aussi fragiles qu'eux, juste plus exposés à la mort.
- Nous sommes aussi fragiles qu'eux, juste plus exposés à la mort.
Je réfléchis un instant à ce qu'elle venait de dire, et constatais que c'était vrai. Lorsque je tombe, j'ai mal, et j'ai un bleu. L'humain est pareil, mais lui n'est pas confronté à la guerre perpétuellement. Peut être sommes nous comme eux, finalement, dans une situation différente, comme tout à chacun. Seulement, les soldats n'ont pas de pouvoirs magiques, nous si.
- Ton silence est étrange.
- En quoi l'est-il ?
- Tu parles en te taisant.
- Je vois ce que tu veux dire, mais ne vois aucun sous entendu dans mon silence.
- Que représente-t-il alors ?
Je méditai quelques secondes à sa question.
- Je réfléchis.
- A quoi réfléchis-tu ?
- A ta façon de voir la vie.
- Et comment est-ce que je vois la vie ?
- D'une façon finalement banale mais réaliste.
- Ah, fit-elle simplement en inspirant la fumée enivrante
A ce moment là, j'eus la sensation d'un grand vide, immense. Les gradins étaient encore plus figés qu'ils n'étaient immobiles habituellement. L'air ne faisait aucun bruit, et je n'entendais pas le sifflement semblable à un battement frénétique dans mon oreille. La fumée que recrachait Pénélope stagnait, aquatique, brumant ses yeux vert d'un voile trouble.
- Pénélope ?
Elle ferma les yeux un bref instant et observa le sol avec attention, de la même manière qu'avec le filet de tennis.
- Appelle moi Penny, je t'en prie, m'implora-t-elle en me regardant d'un air éc½uré, Je déteste tous ces mythes grecques. Les humains sont obnubilés par ces soit disant personnages fantastiques. Je n'ai jamais connus mes parents, comme nous tous ... avant que tu n'arrives... mais ils avaient un goût incroyablement mauvais pour le choix des prénoms. C'est ... malheureusement la seule chose que je sais d'eux.
J'étais touchée par ce que venait de me dévoiler ma nouvelle amie, et, malgré mon aversion pour ce surnom stupide, j'allais m'y contraindre pour ne pas remuer de douloureux souvenirs.
- Penny, donc, déclarai-je.
- Voilà, c'est ça.
- Je voulais savoir... Quand as tu su que tu étais ... un Ange ?
Elle ricana et se concentra de nouveau sur le sol, avant de me lancer un tendre regard.
- Tu es maladroite et amusante Elly, on ne te l'a jamais dit ?
- Maladroite, souvent.
- Pas amusante ?
- Non, pas vraiment. Je suis plutôt cynique, à ce que disent les gens.
Ses yeux se firent tristes, et elle pinça sa lèvre inférieure.
- J'avais oublié que tu avais vécu dans le monde des humains plus de quatorze ans. Tu as beaucoup de chance tu sais ?
- En fait, j'aurais préféré entrer dans votre monde plus tôt, avouai-je
- L'ignorance et la naïveté ont pourtant énormément de bons côtés. Et tu as gardé pour toi la naïveté de l'humain.
- Ma mère y est pour beaucoup je crois, plaisantai-je
Nous rîmes d'un rire sincère et Pénélope écrasa son joint sur le sol.
- Donc, tu ne m'as toujours pas répondu, repris-je
- Ah oui, quand est-ce que j'ai su que j'étais un Ange ? Tout le monde n'est pas comme toi Elly, débuta-t-elle d'un air grave, dès ma naissance, j'ai été recueilli dans un orphelinat, le même où était Tyler. C'est là que nous nous sommes rencontrés. Phoebus l'a voulu, et ça s'est passé ainsi, évidemment.
- Vous n'aimez pas non plus Phoebus, n'est-ce pas ? demandai-je
Elle écarquilla ses yeux aux délicieuses cernes violettes et me fixa comme si j'étais la messie.
- Comment ça « non plus » ?
- Heu... Les Agressifs le détestent également. Pourquoi ?
- Mais... Je croyais qu'ils l'adulaient, le vénéraient. Je croyais que c'était un Dieu pour eux, le Dieu du mal !
- Chacun de vos clans ont été baignés dans la haine l'un de l'autre, par la faute de Phoebus. Évidemment, vous avez fabulés des choses qui n'avaient pas lieu d'être et sans fondement par simple désir d'avoir une raison de détester votre ennemi. Vous cherchiez pourquoi, pourquoi vous les haïssiez tant. Etant jeunes, il était normal que votre inconscient travaille.
- Elly... tu es si... perspicace. Tu viens juste de découvrir le monde parallèle, et tu gères tout ça si bien. Je dois t'avouer que je suis jalouse de toi.
Autant de compliments par cette personne que j'admirais me faisait amplement plaisir. Mais je ne voulais pas paraître prétentieuse, je niais donc.
- J'ai juste un peu plus de recul. Tu verrais la même chose si tu étais arrivée plus tard.
- J'aurais aimé avoir ta vie, tu sais.
- Elle n'a pourtant rien de palpitant, j'étais détesté des trois quarts des élèves dans mon ancien collège. Et
le quart restant m'ignorait littéralement.
- Tu verras, au lycée tu auras l'occasion de tout recommencer, et puis, comme disait l'autre conne de secrétaire, et elle avait raison, tu auras pas mal de garçons à tes pieds.
- Ah.
- C'est tout ce que ça te fait ?
- En fait je ne cherche pas.
- Je vois, tu es déjà prise, me taquina-t-elle en me faisant un clin d'½il.
- C'est ... compliqué.
- Oh, je vois. Tu ne veux pas en parler.
- Pas vraiment, merci d'avoir compris.
Nous restâmes silencieuse une dizaine de minutes, Penny se roulant un second joint, et moi dessinant des formes abstraites sur mon plâtre avec un stylo trouvé sous le gradin sur lequel j'étais assise. Puis elle se leva.
- Je dois m'en aller. Tyler m'a demandé de le rejoindre à quinze heures chez nous.
Je regardai l'heure sur la grosse horloge de la salle. Elle affichait quatorze heure quarante deux. Le temps avait filé sous mes doigts. Nous étions arrivées plus de deux heures plus tôt.
- Comment est-ce possible ? ! Nous ne sommes pas restées là si longtemps !
- Oh, fit-elle d'un ton nonchalant, j'ai un peu accéléré le temps.
- Je suis complètement stupide, j'avais oublié que tu avais un pouvoir. Le temps alors... ça doit être intéressant à manier..
Elle me sourit et saisit son sac à bandoulière.
- Bon, je dois filer. Salut !
- Salut, soufflai-je.
POINT DE VUE D'ALEC
Jude tournoyait telle une toupie dans le salon, regardant régulièrement la fenêtre. Elle avait parfaitement coiffée ses cheveux blonds d'un chignon, pensant que ça soulignerait son côté Angélique. Je ricanai intérieurement de la naïveté de mes colocataires, l'apparence ne veut rien dire, et nous étions les premiers à le savoir. Tous leurs artifices et fanfreluches n'y changeront rien.
- Mais qu'est-ce qu'elle fiche ? ! s'exaspéra Jude en levant les bras aux ciel.
- Sois bonne et indulgente, raillai-je, elle a sûrement une bonne raison d'être en retard.
Elle plaqua une main sur sa bouche. Elle venait de faillir pour la première fois de la journée à son nouveau choix de vie. Ce n'était qu'une simple critique, mais Jude s'en voulait.
- La voilà ! s'exclama Alix qui épiait le parc par delà la fenêtre, immobile depuis une heure.
Jude se rua aux côté d'Alix et sautilla sur place, nerveuse pour la nouvelle leçon, dont Elly était le professeur. Malgré les cours qu'elle donnait à mon clan, la relation entre ces deux filles ne s'était aucunement améliorée, mais elles tentaient difficilement de se supporter.
- Arrête de t'agiter comme ça, ce n'est pas comme si c'était la première fois.
- Si tu savais la leçon d'aujourd'hui, tu serais aussi anxieux que moi.
- Quelle est la leçon ? demandai-je intrigué par la peur qu'elle aspirait à Jude.
Elle me fixa dans la prunelle des yeux quelques secondes, et un effroi de la froideur de la glace traversa de son esprit au mien.
- Jude ! hurla Robin, La fenêtre !
Jude retira promptement ses mains de la vitre. En effet, sa nervosité était telle qu'elle avait fait fondre le carreau droit. Je ris aux éclats en voyant la tête de mon amie horrifiée.
- Tais toi ou je te brûle également, idiot !
- A ton aise ma chère Jude, la titillai-je, Maintenant, si tu ne contrôle pas ton pouvoir, ce n'est pas mon problème.
- Je contrôle parfaitement mon pouvoir, contrairement à toi. Tu ne l'as pas, d'ailleurs, utilisé depuis des lustres... Pourquoi ?
Je lui lançai un regard furieux.
- Mon pouvoir est mauvais Jude ! Tout ce que j'ai de surnaturel par rapport aux humains consiste à faire du mal aux autres. Tu trouves ça gratifiant ?
- Non, murmura-t-elle en miroitant le sol, Je suis désolée, je ne voulais pas...
- Tu l'as pourtant fait, la coupai-je.
Robin n'intervint pas à notre échange houleux. Il était habitué à nos altercations violentes et désagréables. Paisible, il continuait une esquisse sur laquelle il travaillait depuis des jours. La première fois que je l'avais vu, j'avais été surpris de l'abstrait de son ½uvre. Il s'agissait de cinq cercles alignés, allant du plus grand au plus petit. Le plus grand emboîtait le second et formait une sorte de lune. Tous étaient traversés par une ligne, et certains des cercles avaient un noyau. Je lui avais demandé la signification de son dessin, intrigué. Robin m'avait expliqué qu'il représentait l'univers, tel qu'il se l'imaginait, tel que l'espèce humaine ne pourrait jamais croire. Il m'avait donné le nom de ces planètes, ils avaient une consonance latine et italienne. La plus petite planète représentait la terre. Je l'avais complimenté pour son imagination et n'y avait plus réellement porté attention. Alix se précipita dans le couloir. Nous le vîmes ouvrir la gigantesque porte d'entrée de ses petites mains dodues pour finalement faire apparaître une magnifique petite créature brune aux boucles sauvages. Mon c½ur palpita plus vite que d'habitude, comme à chaque fois que je l'apercevais. Elle entra timidement après avoir accordé un large sourire à Alix, qu'elle appréciait tout particulièrement. Ses béquilles claquèrent sur le parquet, elle se débarrassa de sa légère blouse pourpre. Elle portait un chemisier noir qui lui ceinturait sa taille frêle à merveille. Malheureusement, la couleur me déplut. Le blanc lui allait si bien, et elle s'en privait pour nous. C'était idiot, mais j'avais beau eu lui répéter, elle n'en avait rien fait. Du hall, elle nous salua.
- Bonjour, fit-elle simplement, ses joues se marbrant d'un rose pâle adorable, Excusez moi de mon retard, j'ai été retenue plus longtemps que prévu.
- On avait remarqué, pesta Jude
Elly fronça les sourcils et fixa sévèrement l'Agressive.
- Arrête de me parler comme ça, tu ne connais même pas la raison pour laquelle je suis en retard, tu n'as aucun droit de me juger !
Jude se pinça la lèvre, constatant déplorablement qu'elle avait tort. Pourtant ces deux là avaient le même caractère : « même si j'ai tort, j'ai raison ». Elle poursuivit donc.
- Alors je te demande quelles sont ces raisons. Tu nous as bien appris qu'il est naturel de demander un justificatif à tout retard.
- Oui, dans un collège ou un lycée !
- Tu nous instruis, ça reviens au même.
- On ne demande pas un justificatif à un professeur.
- Et bien là, on va faire exception ! hurla presque l'Agressive
Robin, Alix et moi avions suivit la dispute en remuant la tête à chaque fois qu'une des deux filles argumentait. Je n'avais pas osé intervenir, par peur de me faire griffer ou mordre par ces deux lionnes. Et il n'était pas question que j'utilise mon pouvoir pour me défendre, puisque mon pouvoir consister à attaquer. Finalement, ce fut Robin qui réagit le premier.
- Jude, calme toi ! On s'en fiche de la raison pour laquelle elle est en retard !
- Oh toi, le vieux sage, tu la ferme !
Robin se paralysa et je soupirai en le regardant, compatissant. Nous restâmes alors à les regarder se crêper le chignon.
- Alors, ça vient ? ! s'impatienta Jude
- Et en quel honneur je te servirais la réponse sur un plateau, accompagné d'un muffin peut être ?
- Oui oui, n'oublis pas le muffin.
A notre étonnement à tous, y comprit elle même, Elly grogna. D'un grognement animal, canin et féroce. Elle fit la moue en faisant un léger pas en arrière.
- Désolé sac à puce, on a oublié de t'acheter des croquettes, railla Jude lorsqu'elle fût remise de sa surprise.
Le grognement reprit, plus long et plus fort.
- Mais... ce n'est pas moi qui fait ça, balbutia-t-elle, désemparée.
Une vitre se brisa derrière moi et un homme dont je ne pus pas reconnaître l'identité se jeta sur Robin. Je saisis Alix sous mon bras et courais rapidement en direction de Jude. Je lui tendit l'enfant et plaquais brutalement Elly contre le mur. Malencontreusement, son bras buta dessus. Elle gémit doucement et rouvrit les yeux péniblement. Je la regardais une dernière fois et l'embrassais dans les cheveux. Je la libérai de mon emprise et me retournai, face à une dizaine d'Anges, prêts à déverser du sang.__________
1.
Voilà voilà :) Alors, bon, tout le blabla habituel : Comment avez vous trouvé ce Quatorzième chapitre ? A-t-il été à la hauteur de cette attente de deux semaines ? De toute manière j'en ai pas d'autres alors vous devrez vous contenter de celui ci :p. Je veux pleins de commentaires constructifs. les questions sont les bienvenues. En tout cas j'ai passé un temps fou sur ce chapitre, donc j'espère qu'il plaira.
2.
Bon bref, la petite demande d'avis dont personne n'e a rien à faire est terminée, maintenant passons aux choses sérieuses. L'aparté de ce chapitre va être spéciale comme vous pouvez le constater. Je connais déjà la fin de l'histoire, et du second tome également, mais je dois vous avouer que je suis un peu à sec pour les événements qui se passent entre le milieu et la fin ^^. So = Je vais vous demander de me donner un peu d'inspiration pour les chapitres suivants. C'est à dire :
Vos livres préférés (svp pas de Martine à la plage ou de Molly Moon et le livre magique de l'hypnose [je l'ai lu Mouahaha], Elly a passé l'âge)
-
Vos chansons/chanteurs/compositeurs préférées (svp pas de Lady Gaga, Helmut Fritz ou autres bouses, je verrais plus du rock ou du classique pour Elly)
-
Vos films préférés (je crois que vous avez compris le principe, pas de Titanic, Oui-Oui, ou Sex and the city).
Ensuite, si vous voudriez de nouveaux personnages ou si vous voudriez creuser déjà sur ceux là. (il y aura quand même des gens au lycée, je vais pas la laisser toute seule dans son coin non plus, mais ces persos seront secondaires).
Évènements qui pourraient se passer dans les chapitres suivants. Genre son père débarque sur l'île en quête de reprendre sa fille (non ça n'arrivera pas), des trucs dans le genre.
Voilà, en gros, je cherche des événement secondaires, à côté du Fantastique.
(Ne vous occupez pas de l'amour, je gère ça :p)
Dernière chose, et à titre exceptionnel, je vais vous demander 100 commentaires pour la suite. Vous savez que j'ai du retard dans ma fiction à cause de mon voyage en Espagne, et le temps que vous mettiez 100 commentaire, j'aurais sûrement réussi à rattraper mon retard.
Ps: Pour ceux qui m'ont demandé comment s'est passé mon séjour : Fort bien ma foi, a part cette ***** de famille d'accueil.